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Je poursuis donc ma découverte de la plume de l’auteur Jean-Toussaint Samat à travers les aventures de l’un de ses personnages récurrents, le commissaire Levert.

Après avoir lu et apprécié « L’horrible mort de Miss Gildchrist », j’avais pourtant mis plusieurs années avant de replonger dans une des enquêtes du commissaire Levert.

Mais, à la lecture de « Le mort à la fenêtre », et face aux indéniables qualités du roman, j’en concluais que je ne devais plus attendre aussi longtemps avant de retrouver le policier.

Jean-Toussaint Samat est un écrivain et journaliste né en 1891 et mort en 1944.

Très attaché à la Provence et, surtout, à Martigues et ses alentours, Jean-Toussains Samat a très souvent fait de sa région le terrain de jeu de ses personnages.

L’auteur a principalement œuvré dans les genres policiers, aventures et espionnage et a été primé, notamment, du « Prix du roman d’aventures » en 1932.

Mais il a également été fait Chevalier de la Légion d’honneur et il obtint la Croix de Guerre 14-18.

Il a servi dans l’aviation durant la Première Guerre et est mort pour la France durant la seconde.

« Le mort de la Canebière » est la troisième enquête à laquelle participe le commissaire Levert et a été initialement publié en 1934 dans la collection « À ne pas dormir la nuit » aux Éditions de la France, puis réédité en 1946 dans la collection « La Cagoule » des Éditions de la Bruyère.

LE MORT DE LA CANEBIÈRE

Midi !... C’est l’heure où la Canebière grouille plus qu’à n’importe quel moment de la journée.

Sur la terrasse du Café Glacier, le colossal Marius Césari, maître-portefaix connu et craint de tous, gère ses affaires, attablé devant un Pernod, grignotant, comme à son habitude, quelques fruits secs. Soudain, le gros homme se lève, le visage affreusement rouge, presque violet, portant ses mains à son cou avant de s’écrouler.

Les serveurs, le patron du bar, des clients, se précipitent… en vain ; Marius Césari est mort.

« Une crise d’apoplexie ! Cela devait lui arriver », crient les uns. « Faut voir ? » dit un autre.

Le commissaire LEVERT, récemment venu de Martigues, est chargé de cette enquête a priori simple…

A priori, car les résultats de l’autopsie ne tardent pas à tomber : Marius Césari a ingéré des amandes à la strychnine, mais il est décédé d’une injection d’acide cyanhydrique, un produit à effet quasi immédiat.

Problème : personne n’a approché la victime dans les minutes précédant le drame et aucune trace de piqûre n’est visible sur le corps…

Et puis, comment expliquer ce double empoisonnement ?...

Marius Césari est mort ! Le maître-portefaix de la firme Mitanga a été empoisonné, à la terrasse du café auquel il se rend tous les midis pour gérer ses affaires… légales et illégales, car Marius Césari trempe dans tous les trafics de la ville.

L’homme a été doublement empoisonné. À la strychnine, via des amandes, son péché mignon, et par de l’acide cyanhydrique. Le second a annihilé le premier, car son effet est immédiat, mais il doit être injecté à la victime. Pourtant, personne ne s’est approché de Césari dans les minutes précédant sa mort…

Qui l’a tué ? Qui a tenté de l’assassiner ? Pour quelles raisons ? Voilà ce que devra découvrir le commissaire Levert, tout juste muté à Marseille depuis les Martigues.

Ne connaissant pas les protagonistes de l’affaire, le commissaire Levert va trouver un « mentor » tout à fait particulier pour l’aider à naviguer dans les eaux troubles de la ville et parvenir à éclairer cette sombre affaire.

Surprenant ! Voilà l’adjectif qui me vient après la lecture de ce roman.

Surprenant, car il ne correspond pas du tout au style et au genre du précédent. Ceci dit, le précédent ne correspondait déjà pas au style de son prédécesseur.

Effectivement, « L’horrible mort de miss Gildchrist » s’il débutait comme un excellent roman policier, virait, en cours de route, vers le récit d’espionnage.

« Le mort à sa fenêtre », quant à lui, commençait en roman policier encore plus mystérieux et intrigant pour se muer en très bon roman d’aventures.

« Le mort de la Canebière », s’il ne déroge pas à la règle en trempant ses racines dans le roman policier, ne dévie pas, lui, de sa route jusqu’à la fin. Du moins, pas tout à fait.

Pas d’espionnage, pas réellement d’aventures, en tout cas, pas d’aventures exotiques, puisque l’ensemble du récit se déroule à Marseille…

Malgré tout, on pourrait assimiler une partie du récit à du roman d’aventures… puisque le commissaire Levert fait la découverte des bas-fonds de la ville et fait connaissance avec les hommes du milieu, n’hésitant pas à s’infiltrer à visage découvert (ce qui n’est pas simple pour passer incognito.

Ne lisant pas ce que je m’attendais à lire, c’est-à-dire, un mélange semblable au précédent roman, je ne sus pas réellement quoi en penser.

D’autant que, si le genre variait quelque peu, la narration, elle, était aux antipodes. Fini la narration à la première personne, l’auteur choisissait un narrateur omniscient pour conter cette enquête.

Mais ce qui a parasité le plus ma lecture, je pense, c’est l’impression que Jean-Toussaint Samat avait pour volonté première, dans ce roman, de dénoncer les magouilles financières, politiques et les trafics gangrenant la ville.

Car tout y passe, depuis les fraudes électorales en faisant voter les morts en passant par le trafic de drogue [toutes les drogues], la traite des blanches, les magouilles politiques…

Aussi, j’ai eu l’impression qu’il y avait beaucoup de passages qui n’étaient pas nécessaires et n’avaient d’autre but que d’alimenter un travail plus de journaliste que d’écrivain.

D’autant que l’intrigue est au final assez simple, malgré la multiplicité des causes qui ont amené à ce double empoisonnement et le nombre de suspects plausibles puisque la victime était détestée de tous, ce qui arrive souvent quand on trempe dans tous les trafics et que l’on double un peu tout le monde.

Pourtant, difficile de dire que je n’ai pas aimé ma lecture et, même, je suis bien obligé de constater que je l’ai plutôt appréciée malgré tout.

La raison principale ou secondaire est indéniablement la plume de l’auteur bien qu’elle ne soit pas là à la hauteur de ses romans précédents.

La raison secondaire ou principale est assurément le personnage central, le commissaire Maurice Levert, policier droit, honnête et loyal, mais qui sait également, parfois, faire passer la morale avant la justice.

Au final, un roman qui surprend quand on le lit à la suite du précédent mettant en scène le commissaire Levert et qui, bien que moins exaltant n’en demeure pas moins agréable à lire.