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La littérature policière fasciculaire est un monde exaltant… mais pas toujours ou pas seulement pour les récits qui la composent.

Effectivement, parfois, souvent, presque toujours, l’enquête la plus longue et la plus enthousiasmante à laquelle on est confronté n’est pas celle qu’on lit, mais celle que l’on doit faire pour tenter d’en identifier l’auteur.

C’est une nouvelle fois le cas aujourd’hui avec le titre « Un drame dans le monde » et, surtout, son auteur, Marcellus.

Car Marcellus est une énigme… une double énigme… une double énigme troublante.

Parfois, si l’on ne découvre jamais la véritable identité d’un auteur on parvient à en identifier avec certitude les différents pseudonymes, souvent à travers des rééditions sous différents titres, chez différents éditeurs, avec des changements de noms de personnages.

Ainsi, si l’on découvre la même histoire, dans deux titres différents, chez deux éditeurs, signés de deux noms, alors, il y a fort à parier que l’un est un pseudonyme de l’autre et inversement.

D’autres fois, l’identification se fait à travers un personnage que l’on découvre dans des histoires signées par des plumes différentes. Alors, soit plusieurs auteurs se sont partagé ce héros (cela arrive), soit il s’agit d’un seul et même auteur sous deux noms différents (c’est généralement le cas).

Et, quand on ne parvient pas à identifier le pseudonyme, alors, il y aura toujours quelqu’un pour l’accorder à Frédéric Dard. J’ai d’ailleurs lu cette assertion à propos de Marcellus quelque part, mais la personne qui osa l’avancer n’a probablement jamais lu du Marcellus ou alors du Frédéric Dard (ou les deux).

En ce qui concerne Marcellus, la chose est encore plus complexe parce qu’il faut œuvrer par ricochets (et avec les ricochets, on le sait, la pierre atteint rarement la cible).

On annonce ici et là que Charles Marcellus serait l’auteur-compositeur Marcel Deville.

Je ne contredirais pas cette information, je n’ai aucun élément pour.

Par ricochet, des informations tendraient à lier Charles Marcellus avec Désiré Charlus.

Là encore, pourquoi pas.

Sauf qu’à la lecture des enquêtes d’Odilon Quentin par Charles Richebourg et, notamment celle de « Messieurs… la cour ! », puisque le fascicule est signé Désiré Charlus et qu’une note de bas de page dans un épisode suivant l’accorde à Charles Richebourg (d’autant que le style est à la fois semblable et particulier).

Si l’on accepte alors le cas Désiré Charlus = Charles Richebourg, j’en viens alors à douter fortement que Désiré Charles puisse être Charles Marcellus tant le style et la maîtrise du format fasciculaire diffèrent entre les deux auteurs…

Bref, revenons au texte, « Un drame dans le monde » est un récit paru sous la forme d’un fascicule de 32 pages en 1939 dans la collection « Le petit roman policier complet » des éditions Ferenczi et réédité en 1948 dans la collection « Mon roman policier illustré » des mêmes éditions.

Ce récit d’un peu plus de 9 000 mots met en scène l’inspecteur Paul Méral, un personnage récurrent de Marcellus.

UN DRAME DANS LE MONDE

L’inspecteur Paul MÉRAL cherche, dans le cadre d’une affaire d’escroquerie, à se familiariser au grand monde.

Pour ce faire, il accompagne un commissaire de la Brigade des Jeux au French Country Club.

Là, il y fait la rencontre du duc de Merlefort, un riche membre misant de fortes sommes et le jeune habitué, Georges Verly, dont la tête ne lui est pas inconnue.

MÉRAL ne se doute pas, alors, que les deux personnages qu’il vient de croiser vont être les protagonistes d’un drame à venir…

L’inspecteur Méral tente de se familiariser avec la Haute Société en traînant ses guêtres dans un club mondain afin de mieux saisir l’ambiance dans l’espoir de résoudre une affaire d’escroquerie.

Dans ce club, il y fait connaissance du duc de Merlefort, un riche joueur revenu depuis peu d’un long voyage d’un an et du jeune Georges Verly, dont il a déjà vu la tête quelque part…

Après réflexion, il se souvient de Verly, qui ne s’appelle pas Verly et qui fut un indic de la police.

Il retrouve les deux personnages, le soir, à la réception de Mrs Percival qui, pour protéger ses bijoux, a demandé l’aide de la police.

Mais, durant la soirée, les bijoux disparaissent, ainsi que de Merlefort et Verly qui étaient tous deux invités…

C’est en pratiquant assidûment la littérature fasciculaire que je me rends compte qu’il est plus facile de l’apprécier quand on en connaît les codes et les contraintes.

Habitués que nous sommes aux formats longs du roman et au Thriller, sous-genre du polar à la mode, il est plus difficile d’apprécier les qualités du récit fasciculaire et, surtout, d’en accepter les défauts.

Ainsi, quand je redécouvre un auteur de récits fasciculaires que j’ai égratigné à mes premières lectures, il n’est pas rare que je change, désormais, un peu d’avis à son sujet.

Ce fut le cas, par exemple, avec Claude Ascain, c’est le cas, ici, avec Marcellus.

N’attendez pas que je vous dise maintenant que Marcellus est le plus grand auteur de récits fasciculaires de sa génération. Non, loin de là. Mais, quand on connaît les possibilités de ce format particulier, on est plus à même d’apprécier les textes de ceux qui les pratiquaient, car on en attend plus la même chose.

En ce qui concerne « Un drame dans le monde », il faut bien évidemment prendre conscience des défauts inhérents à la fois au genre et au format pour l’apprécier au mieux.

Dans un récit de moins de 10 000 mots, il faut se douter que les personnages ne seront qu’esquissés, que l’intrigue sera légère, et le crime vite résolu.

À partir de là, avec ces bases bien en tête, on peut apprécier à sa juste valeur le texte du jour.

Un texte qui ne surfe pas avec l’excellence comme ceux d’autres auteurs ont pu y parvenir (et, notamment, le fameux Charles Richebourg), mais un texte plaisant à lire malgré une certaine banalité généralisée.

Rien d’indigent ni d’indigeste, mais rien de flamboyant, juste un petit récit qui remplit correctement une petite envie de lecture et c’est déjà pas si mal et bien mieux que certains.

Pourra-t-on dire que l’inspecteur Méral est un personnage attachant, non pas. Pas assez dépeint, pas assez original, pas mené d’une plume altière. On ne le différenciera pas de la multitude d’autres enquêteurs de cette littérature. Mais qu’importe ?

Au final, un petit récit qui se lit vite et bien même s’il n’a rien de marquant.