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« Meurtre boulevard Victor » est un fascicule de 32 pages publié en 1952 dans la collection « Mon roman policier » des éditions Ferenczi.

Il est signé Marcellus.

Marcellus est un auteur énigmatique dont on ne sait rien. Et ce que l’on croit savoir sur lui n’est pas bien important également et, surtout, pas totalement avéré.

Marcellus est un pseudonyme publié quasi exclusivement par les éditions Ferenczi entre le milieu des années 1930 et le milieu des années 1950.

Cependant, dans les années 50, sa participation à la collection « Mon roman policier » des éditions Ferenczi, est en partie due à des rééditions de titres de la collection « Le roman policier complet » chez le même éditeur. Possible que les autres titres soient également des rééditions non éponymes, ce qui, au final, ne nous renseigne pas sur la date de sa fin d’activité.

On notera qu’il a également écrit au moins deux enquêtes de l’inspecteur Barral pour le magazine « À la page » en 1936 et 1939.

« Meurtre boulevard Victor » met en scène l’inspecteur Paul Méral, un personnage récurrent de l’auteur. Le texte fait 8 800 mots environ.

MEURTRE BOULEVARD VICTOR

M. Grimard, ancien colonial, est retrouvé mort, dans son fauteuil, par la concierge de son immeuble chargée de faire le ménage.

La police de quartier appelée sur place conclut rapidement à un décès de cause naturelle.

L’inspecteur Paul MÉRAL venu en curieux alors qu’il passait dans le secteur ne tarde pas à repérer des éléments discordants qui le poussent à envisager la piste criminelle.

Aussi, quand l’affaire lui échoit, se voit-il contraint d’étayer son pressentiment…

En passant boulevard Victor, l’inspecteur Méral, apercevant des voitures de police devant un immeuble, y pénètre pour voir ce qu’il s’y passe et il tombe sur le commissaire du quartier occupé affairé autour du corps de M. Grimard, un ancien colonial retrouvé mort dans son fauteuil par la concierge venue faire son ménage.

Le magistrat, ne voyant rien de suspect, suppose une mort naturelle alors que l’inspecteur Méral, lui, note plusieurs éléments ne concordant pas avec la vie que le défunt est supposé mener.

Bien vite, il hérite de l’affaire et un passage à la morgue lui confirme qu’il s’agit bien d’un meurtre, M. Grimard a été tué par une fine aiguille enfoncée derrière l’oreille et qui lui a transpercé le cerveau, provoquant une hémorragie interne.

Maintenant qu’il se sait face à un crime, il va devoir trouver l’assassin…

Marcellus, Charles, de son prénom, nous livre là une petite enquête (8 700 mots) de son inspecteur Méral qui est édifiante à plus d’un titre.

Édifiante, déjà, car elle est typique des récits policiers fasciculaires de l’époque.

Édifiante, ensuite car, comparée avec celles écrites par des auteurs maîtrisant parfaitement le genre et le format, le lecteur peut constater les petits manques qui font toute la différence.

Effectivement, ce récit n’a pas à rougir face à la plupart des fascicules policiers de 32 pages dont la littérature populaire du second tiers du XXe siècle pullule.

Par contre, si on le confronte aux meilleurs, ceux qu’ont pu écrire, par exemple, Charles Richebourg (une piste laisse pourtant entendre que Charles Richebourg et Marcellus ne sont qu’une seule et même personne, mais j’en doute fort) ou, plus encore, Maurice Lambert, alors, il fait bien pâle figure.

Et cette défaillance tient pourtant à peu de choses, mais ce sont pourtant des détails primordiaux.

Le premier réside dans l’intrigue.

Ici, elle est linéaire, sans fausse piste, sans rebondissement. On se dit que, vu la concision du texte, cela est normal. Oui, mais d’autres auteurs, dans le même cadre, sont parvenus à fournir tous les passages obligés d’un roman policier en condensé.

Le second tient, également dans l’intrigue, mais plus dans la narration et dans la maîtrise du format court.

Chez Maurice Lambert, par exemple, le lecteur part de A, arrive à Z, sans avoir l’impression qu’on l’a privé des autres lettres de l’alphabet (métaphore pour évoquer les phases de l’enquête). Marcellus, lui (et la plupart de ses confrères), semble nous dispenser de certains passages, de certaines informations, notamment celles permettant d’identifier le coupable.

Le lecteur n’a plus alors la sensation de lire un roman condensé, mais plus une nouvelle, ce qui change pas mal la donne.

Tout cela pour dire qu’à la maîtrise du genre, l’auteur, pour exceller, devait également posséder celle du format et travailler son intrigue dans ce sens, ce que peu d’auteurs parvenaient à faire naturellement (sachant qu’ils n’avaient pas le temps d’aller contre nature).

Malgré tout, cette enquête n’est pas déplaisante à lire. Juste, elle ne supporte pas la comparaison avec certains textes dans le même format.

Au final, un récit sympathique, agréable à lire, mais à qui il manque des détails cruciaux pour devenir incontournable.