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S’il n’est pas rare que d’anciens policiers finissent par écrire des romans policiers, on pourrait se poser la question de savoir si d’anciens espions se reconvertissent souvent, par la suite, en auteurs de romans d’espionnage.

En la matière, je pourrais nommer Charles Robert-Dumas, un professeur d’allemand, décoré de la croix de Guerre en 1918, et fait chevalier de la Légion d’honneur en 1919. Il poursuivra alors sa carrière aux Renseignements et, lui qui écrivait depuis longtemps des contes pour enfants, se lancera dans l’écriture de romans d’espionnage, notamment pour la collection « Ceux du S. R. ».

On notera également Georges Ladoux, qui dirigera en tant que capitaine le Deuxième Bureau pendant 8 mois en 1917.

Mais ses écrits sont, pour la plupart, des mémoires et non des romans, consacrés à ses souvenirs ou à des espionnes : Mata Hari pour l’ennemi, Marthe Richard, pour la France.

On constatera également que Pierre Yrondy, pour sa série « Thérèse Arnaud, espionne Française » s’est beaucoup inspiré de Marthe Richard et qu’il pose en capitaine du Deuxième Bureau, Georges Ladoux.

Certes, l’on n’oubliera pas, en dehors de l’hexagone, des auteurs tels Ian Fleming ou John Le Carré ou, encore, William Le Queux.

Mais comme auteur français, je peux désormais rajouter Charles Lucieto, un homme qui fut blessé deux fois au front durant la Première Guerre mondiale et qui fut reversé dans le service des Renseignements.

Charles Lucieto écrira de nombreux romans qui seront à classer principalement dans deux séries : « La guerre des cerveaux » et « Les merveilleux exploits de James Nobody ».

Il semble d’ailleurs que James Nobody soit également le héros de la première série.

« Le drame au War-Office » est un épisode de la seconde série et est paru sous la forme d'un fascicule de 48 pages double-colonne. Il est également paru dans le magazine à la page, en 1932, sous la forme de feuilleton :

Le drame au War-Office :

Le War-Office est le théâtre d’un double drame. Le collaborateur du ministre de la Défense a été assassiné et le coffre-fort de ce dernier, fracturé.

Le détective James Nobody est mandé par le ministre lui-même afin de trouver le coupable et de remettre la main sur les documents qui ont été volés.

Mais James Nobody va avoir affaire à un ennemi à la fois intelligent, rusé et provocateur…

Un meurtre suivi d’un vol de documents a eu lieu au War-Office. Le détective James Nobody, spécialiste de l’espionnage, est mandé pour enquêter par le ministre de la Défense.

Sur place, James Nobody constate que l’effraction du coffre-fort est une mise en scène et que le secrétaire du ministre menait une vie bien étrange…

Dans ce petit roman d’une trentaine de milliers de mots, Charles Lucieto nous pose un héros, James Nobody, comme un Maître détective à la Nick Carter ou à la Marc Jordan, mais spécialisé dans le monde de l’espionnage.

Le rapprochement avec ces deux détectives est d’autant plus flagrant que Nobody, aussi, travaille avec de proches collaborateurs et si ce n’était le milieu de l’espionnage, on ne trouve pas grande différence entre les aventures du second et celles des premiers.

Si les personnages sont proches, le style et le genre le sont tout autant.

D’ailleurs, James Nobody agit comme un pur détective et n’hésite pas à faire preuve de perspicacité et d’observation.

L’auteur, de son propre aveu dans l’avant-propos accompagnant le récit, voulait que les aventures de James Nobody soient accessibles à tous les publics et il y parvient puisque les jeunes lecteurs et les moins jeunes trouveront du plaisir à lire cette aventure rythmée qui offre plusieurs rebondissements et n’est pas avare en action.

Le style de l’auteur, sans volonté de rivaliser avec les grands écrivains, est plutôt alerte et en adéquation avec le genre abordé.

Au final, les aventures de James Nobody s’avèrent agréables à lire et évitent l’aspect parfois un peu rébarbatif que peuvent revêtir certains récits d’espionnages moins dirigés vers l’investigation.