CouvIM00

On a l’habitude, dans la littérature populaire fasciculaire, que des auteurs clonent des héros célèbres de leurs prédécesseurs pour développer des personnages. Ainsi, des contrefaçons d’Arsène Lupin, de Sherlock Holmes, du commissaire Maigret… sont nombreuses.

Il est plus rare qu’un auteur s’appuie sur un de ses propres personnages pour un créer un autre

C’est pourtant probablement ce que fit Charles Marcellus pour créer le personnage de l’inspecteur Méral que l’on retrouve dans au moins 8 fascicules à partir de la toute fin des années 1930.

Effectivement, lorsque l’on fouille un peu la production de l’auteur, on découvre, à partir de 1936, dans le magazine « À la Page » au moins deux enquêtes de l’inspecteur Barral.

Barral, Méral, vous me direz que la ressemblance n’est pas frappante et, à la lecture, vous constaterez que, les personnages étant à peine esquissés, format court oblige, il n’y a rien d’étonnant à ce que les deux policiers se grattent la tête en réfléchissant et fument des cigares.

De plus, vous me direz que les cigares préférés de Méral sont des Voltigeurs, alors que ceux de Barral, des Manille.

Mais, quand on lit « L’affaire du sac postal », on découvre que le supérieur de Barral est le commissaire Mauger, le même Mauger qui est le supérieur de Méral dans les premiers fascicules, avant que l’auteur ne s’emmêle les plumes avec le commissaire de la Brigade des Jeux Payen (aperçu dans « Un drame dans le monde ») et que celui-ci prenne la place de Mauger sans autre raison que l’étourderie.

Mais alors, pourquoi ce passage de Barral à Méral ? Autre étourderie de l’auteur ?

Je pencherai plus sur le fait que, la première enquête de Barral, « Le bloc de platine », publié dans juin 1936 dans le même magazine « À la Page » fut écrit à quatre mains avec un dénommé Marcel Baudouin, et que pour éviter toute réclamation, lors du passage en fascicule, Marcellus a préféré changer le nom de son personnage et, pourquoi pas, la marque de ses cigares.

Toujours est-il que « L’affaire du sac postal » est dans la droite lignée des enquêtes de l’inspecteur Méral, dans un format à peine plus long (pas tout à fait 12 000 mots) et qu’il me semble évident de l’hérédité entre l’inspecteur Barral et l’inspecteur Méral.

L’AFFAIRE DU SAC POSTAL

C’est un accident de voiture dramatique qui relança l’affaire du vol du sac postal dans laquelle l’inspecteur Paul MÉRAL avait fait boucler le coupable.

Pourtant, l’arrestation du chauffard, un dénommé René Ricou, suspecté à l’époque puis relaxé, et la découverte dans le véhicule de reçus de diverses banques européennes pour un montant d’un million sèment le doute dans l’esprit du policier.

Mais l’homme s’est montré très malin pour justifier d’une telle somme et éviter d’être inquiété à nouveau par la justice.

Cependant, face à la détermination de MÉRAL, Ricou va commettre trois erreurs qui lui seront fatales…

Un sac postal rempli de valeur fut volé l’année précédente lors du chargement du paquebot Le Paris à destination de New York.

L’inspecteur Méral était persuadé, à la condamnation de Dorel, d’avoir arrêté le vrai coupable.

Cependant, le collègue de Dorel, un dénommé Ricou, qui avait été relaxé, vient d’être arrêté après avoir renversé une fillette au bord d’une belle voiture neuve. À l’intérieur du véhicule, la gendarmerie a trouvé de nombreux reçus de diverses banques dans différents pays pour un montant de un million.

Ricou a beau prétexté qu’il a gagné à la Loterie, Méral n’est pas dupe et va se lancer sur sa piste afin de démontrer sa culpabilité et faire relâcher un innocent.

Ainsi, Barral ou Méral, on constate que le style de l’auteur ni celui des enquêtes ne diffèrent.

L’intrigue est assez simple et l’auteur ne prend d’ailleurs pas la peine de répondre à certaines questions, notamment à propos des aveux de Dorel…

Les rebondissements manquent de crédibilité et l’on sent que ce n’est pas trop le souci de l’auteur.

Pour le reste, cela se lit sans trop de déplaisir, mais ne laissera pas un souvenir immuable, loin de là.

Au final, Méral ou Barral, Barral ou Méral, pas de la grande littérature, juste des récits dont le but est d’occuper un petit moment de lecture.