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« Le mort du Vieux-Chemin » est un roman policier de Jean-Toussaint Samat, un auteur né à Marseille en 1891, mort à Aix-en-Provence en 1944 et qui fut également journaliste.

Si l’homme fut connu pour ses romans policiers et d’aventures dont certains furent primés à leur époque, il le fut aussi pour ses faits d’armes pendant la Première Guerre mondiale, en tant que pilote d’avion, pour lesquels il fut distingué et pour avoir donné sa vie pour la Patrie durant la Seconde Guerre.

Malheureusement, depuis sa mort, même si un prix à son nom a été créé dans les années 2000, l’auteur est tombé dans un anonymat qui ne convient guère à l’écrivain autant qu’à l’homme.

Car si Jean-Toussaint aimait sa Patrie, il chérissait également sa région, qu’il n’hésitait jamais à utiliser comme cadre à ses divers romans.

Ainsi, dans ses faits de plumes, on notera une série d’ouvrages dans lesquels apparaît le personnage du commissaire Levert.

Tour à tour héros ou personnage secondaire, le commissaire Levert commencera sa carrière littéraire à Martigues avant d’être muté à Marseille.

« Le mort du Vieux-Chemin » a été publié en 1934, dans la collection « À ne pas lire la nuit » des Éditions de France et réédité en 1948 dans la collection « La Cagoule » des Éditions La Bruyère.

LE MORT DU VIEUX-CHEMIN

Petit matin, sur le Vieux-Chemin d’Istres, une voiture freine brutalement.

À bord quatre personnes, trois militaires de l’École d’Aviation et la femme de l’un d’entre eux, revenant d’Avignon après une soirée de festivités.

Couché en travers de la route, sur le dos, les bras en croix, le cadavre d’un homme bien habillé.

Les gendarmes, que les jeunes gens ont été chercher, ne tardent pas, sur les conseils d’un médecin les accompagnant, à faire appel au Parquet, l’individu a été assassiné.

L’inspecteur MANICACCI, en arrivant sur les lieux, ne se doute pas que l’affaire en apparence simple qui lui a été confiée va se révéler plus complexe et dangereuse que prévu…

Un homme est retrouvé mort, sur un vieux chemin menant à Istres, au petit matin par un couple et deux amis revenant de faire la fête pour célébrer la promotion au grade d’Adjudant-Chef de l’un d’eux, officiant à l’École d’Aviation d’Istres.

Comme l’un d’eux, militaire également, est sortir sans permission, les autres taisent sa présence aux gendarmes qu’ils ont été prévenir.

Le médecin mandé pour constater le décès, trouvant la posture du mort, allongé sur le dos, les bras en croix, étrange, suggère aux gendarmes de prévenir la Sûreté.

C’est l’inspecteur Manicacci, un Corse, qui est envoyé sur place.

L’enquête démontre rapidement qu’il y a eu meurtre : l’homme a reçu une balle explosive qui lui a arraché une partie du dos ; que le coup de feu a été porté post-mortem ; que toutes les étiquettes ont été arrachées de ses vêtements ; qu’il n’a aucun papier d’identité sur lui.

Mais Manicacci ne tarde pas à découvrir des morceaux de fils dans les poches, comme on en trouve chez les gens transportant des échantillons de tissus. Il fait alors le rapprochement avec la femme d’un des militaires, présente lors de la découverte du corps, et qui tient une boutique de mode…

Si l’enquête se déroule dans la région de Martigues et si le commissaire Levert est bien présent dans ce roman, le lecteur tarde à faire sa connaissance puisque celui-ci n’apparaître qu’à la toute dernière partie de l’histoire.

Effectivement, le véritable héros du roman est l’inspecteur Manicacci et c’est lui qui va mener l’enquête de bout en bout même si Levert aura également son rôle à tenir.

Comme à son habitude, Jean-Toussaint Samat choisit sa belle région comme terrain de jeux de ses personnages.

Autant l’avouer tout de suite, ce roman ne brille pas par son intrigue, somme toute assez simple, même si elle réserve son lot de fausses pistes et de rebondissements.

L’auteur nous convie plutôt à une enquête dirigée vers l’action plus que sur la réflexion et se focalise sur un mal qui gangrène la société de l’époque (et depuis, également)…

Pourtant, si l’histoire est moins mouvementée que celle de « Le mort à la fenêtre », le récit est suffisamment rythmé pour ne pas lasser le lecteur et les péripéties assez nombreuses pour maintenir l’intérêt.

Il est un peu dommage que le personnage de l’inspecteur Manicacci soit moins « complexe », original, que celui du commissaire Levert.

Probablement l’auteur a-t-il pensé qu’un personnage de l’envergure et de l’âge du commissaire n’était pas le plus judicieux pour les frasques de cette enquête...

On regrettera également que le juge d’instruction de Brissac-Bonneuil ne soit pas plus présent tant ses traits de caractère sont propices au sourire. On notera, d’ailleurs, le passage du « Frottadou », assez plaisant à lire.

D’ailleurs l’humour, malgré le sujet et le genre, n’est jamais mis de côté et Jean-Toussaint Samat se réserve quelques scènes pour décompresser, comme celle avec le député Émile André, un personnage que l’on retrouve d’ailleurs dans « Le mort de la Canebière » du même auteur.

Si je n’ai pas lu « Le mort trop tôt » et si je n’arrive pas à trouver une édition antérieure à celle de « Le mort du Vieux-Chemin » il est pourtant à noter que dans le second, il est fait plusieurs références au premier dans lequel doivent également évoluer de Brissac-Bonneuil et Manicacci.

Même si ce roman est moins fluide et moins exaltant (moins exotique, aussi) que « Le mort à la fenêtre », il n’en demeure pas moins très agréable à suivre malgré quelques tournures de phrases manquant de fluidité.

Vous comprendrez donc que le lecteur n’aura pas affaire à un roman à suspens, mais plutôt à un roman policier mêlant action et aventures.

Au final, un bon roman policier ancré dans son époque tant par le sujet que par les différents véhicules utilisés par les divers protagonistes.