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Marcel Priollet, est-il utile de le rappeler, fut un pilier de la littérature populaire fasciculaire.

Entre 1910 et la fin des années 50 il écrivit un nombre incalculable de fascicules de tous genres (sentimentaux, fantastiques, policiers, aventures, dramatiques…) pour de nombreux éditeurs et sous divers pseudonymes (R.M. De Nizerolles, Henry de Trémières, René Valbreuse, Marcelle-Renée Noll…)

Si ces personnages récurrents sont principalement à compter dans le domaine sentimental, on notera qu’il écrivit deux séries policières pour les éditions Tallandier au milieu des années 1940 : « Old Jeep et Marcassin » et « Monseigneur et son clebs ».

Mais en épluchant sa production, on peut découvrir d’autres enquêteurs récurrents, notamment dans la collection « Les Grands Détectives » des Éditions Modernes, vers la fin des années 30. Une collection de près d’une centaine de petits fascicules, dont la grande majorité est signée Marcelle-Renée Noll, un pseudonyme de l’auteur.

Dans les textes de cette collection, on y retrouve plusieurs fois le détective radiesthésiste Claude Prince, l’inspecteur François Pessart, le détective Sébastien Renard ou encore l’inspecteur de la Brigade Mondaine Bob Rex, voire le détective Starry Hamilton, par deux fois, dans un tout petit rôle.

« Un cas d’hérédité », n° 88 de la collection, est un fascicule de 24 pages contenant un récit indépendant d’à peine plus de 7 000 mots et mettant en scène l’inspecteur Pessart.

UN CAS D’HÉRÉDITÉ

Le comte André de Soigne a tout pour être heureux. Jeune, beau, sportif, riche, il est fiancé à une jolie demoiselle de bonne famille et fortement dotée.

Alors, quelle est la raison de sa rupture avec la femme qu’il aimait à l’approche du mariage ?

Et pourquoi s’est-il assis devant son bureau pour se tirer une balle dans la tempe ?

Se suicide-t-on quand l’existence vous sourit ?

D’ailleurs, André de Soigne s’est-il ôté la vie ?

L’inspecteur PESSART, chargé de l’enquête, en doute très rapidement…

Le comte de Soigne s’est suicidé, d’une balle dans la tête, dans son bureau, après avoir rompu avec sa fiancée qu’il s’apprêtait à épouser.

Mais l’inspecteur François Pessart, contrairement au juge d’instruction, ne penche pas pour la thèse du suicide. Pour démêler l’affaire, il va lui falloir comprendre les raisons de cette étrange rupture…

On retrouve donc l’inspecteur Pessart dans un petit récit et une petite enquête qui, avouons-le tout de suite, ne tient pas trop la route. Du moins, pour un lecteur d’aujourd’hui (quid de celui d’hier ?).

Effectivement, un seul indice, immédiatement repéré par Pessart, démonte totalement la thèse du suicide, mais ne semble pourtant gêner ni le médecin légiste ni le juge d’instruction.

De plus, les circonstances, expliquées plus tard, du crime et de la mise en scène, auraient dû sauter aux yeux de n’importe quel enquêteur ou médecin.

Bref, passons sur le sujet, de toute façon, les textes de cette collection sont traités un peu par-dessus la jambe par l’auteur et, surtout, par l’éditeur qui a souvent fait un très mauvais travail sur les textes, laissant d’innombrables fautes, de coquilles, de bouts de phrases déplacées, voire imprimées à l’envers ou manquantes.

Si l’éditeur, sur ce coup-là, n’est pas trop fautif, l’auteur, lui, se contente du minimum syndical, en proposant cette intrigue bancale contenant deux ou trois fausses pistes et un rebondissement final.

Ce qui est le plus intéressant, parfois, dans cette littérature d’hier, c’est le reflet de la société de l’époque qu’elle offre au lecteur d’aujourd’hui.

On se plaint souvent du racisme ou de la misogynie ambiants, mais force est de constater que l’on a quand même bien progressé par rapport à l’époque. L’image de la femme est rarement bien glorieuse dans ces récits. Souvent femme soumise qui attend son mari et lui pardonne ses infidélités, voire, les trouvent normales, ou bien femme vénale et vénéneuse par qui tous les malheurs arrivent…

Ici, le sentiment n’est pas exacerbé, mais, pourtant, plus que sous-jacent.

Pour le reste, pas grand-chose à dire, juste un petit texte dans la lignée de ceux de la collection.

Au final, petit récit policier à l’intrigue plus que bancale, mais qui remplit tout de même un tout petit moment de lecture.