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J’en ai déjà beaucoup parlé donc je vais tenter de faire court :

Marcel Priollet, entre 1910 et la fin des années 1950, fut un des principaux piliers de la littérature populaire fasciculaire tant dans les genres fantastique, qu’aventure, dramatico-sentimental, que policier.

Sa production fut immense. Il la signa de son nom ou de divers pseudonymes : René Valbreuse, Henry de Trémière, R. M. de Nizerolles, Marcelle-Renée Noll…

S’il est surtout connu pour ses séries autour des drames de la vie de jeunes femmes, il a également écrit de nombreux récits policiers, dont, notamment, deux séries pour les éditions Tallandier au milieu des années 1940 : « Old Jeep et Marcassin » et « Monseigneur et son clebs ».

Mais quand on épluche ses fascicules, on trouve d’autres enquêteurs récurrents, notamment au sein de la collection « Les Grands Détectives » des Éditions Modernes, vers la fin des années 1930. Une collection dont il signa, sous le pseudonyme de Marcelle-Renée Noll, la grande majorité des 96 titres.

Effectivement, parmi tous ces récits, on retrouve régulièrement le détective radiesthésiste Claude Prince, l’inspecteur principal François Pessart, le détective Sébastien Renard ou encore l’inspecteur de la Brigade Mondaine, Bob Rex.

« Le secret d’un prêtre » est le n° 89 de la collection. L’auteur y met en scène l’inspecteur François Pessart ainsi que le détective Claude Prince.

LE SECRET D’UN PRÊTRE

L’abbé Gerfeuil est poignardé dans le dos, un soir de brouillard, sur le pont d’un paquebot en escale à Marseille.

L’ecclésiastique a tout juste le temps d’accuser une jeune femme avant de mourir : celle que son frère cadet prévoit d’épouser et qu’il venait, à l’instant, de lui présenter.

L’inspecteur François PESSART est dépêché de Paris pour mener l’enquête. Avant même d’arriver sur place, il a déjà tous les éléments liant la suspecte au défunt, ainsi que le mobile du crime.

Il est confiant, l’affaire ne lui réservera aucune surprise !

À moins que Claude PRINCE, le célèbre détective radiesthésiste, voyageant avec lui et également intéressé par cette histoire ne le fasse changer d’avis…

L’abbé Gerfeuil attend l’arrivée du « Champollion » au port de Marseille. Son frère se trouve à bord du paquebot qui va faire une escale de quatre heures. Quelques heures, donc, pour revoir son jeune frère qui s’est engagé dans la Coloniale. L’homme veut en profiter pour lui présenter sa future femme.

Mais, quand Gerfeuil fait la connaissance de la promise, il reconnaît en elle une jeune femme qu’il a croisée cinq ans auparavant dans des conditions dramatiques. Il profite alors d’une tête à tête avec elle pour lui ordonner de disparaître et laisser son frère tranquille.

Quelques minutes plus tard, l’abbé est retrouvé sur le pont du bateau, un couteau entre les deux omoplates. Il a juste le temps, avant de mourir, d’accuser la future épouse de son frère…

L’inspecteur Pessart, dans le train le menant à Marseille pour mener l’enquête, croise le détective Claude Prince qui, lui aussi, s’intéresse à l’histoire, sauf que ce dernier est persuadé de l’innocence de la suspecte.

Raaa, Marcel Priollet savait y faire pour produire un récit policier en moins de 7 000 mots. Pour cela, quelques recettes pratiques : beaucoup de hasards et de coïncidences ; un policier capable de se rappeler une personne aperçue cinq ans auparavant durant quelques secondes ; et, surtout, un détective radiesthésiste dont le pendule peut indiquer, sur le coup, sans perdre de temps en enquête oiseuse, l’identité du coupable ; on peut même rajouter un coupable qui avoue immédiatement sans rechigner son crime.

Avec ces quatre éléments, il est aisé de résoudre un crime en 6 900 mots à peine !

C’est magique ! Pas fantastique ! Mais magique !

Soyons un petit peu plus sérieux. Puis-je reprocher à l’auteur d’user de tels artifices étant donné l’espace qui lui est accordé dans ce fascicule de 24 pages ?

Évidemment non, même si cela reste quand même frustrant et décevant.

Décevant, car Marcel Priollet était capable de mieux !

Frustrant, car il y avait matière à une intrigue plus intéressante.

Aussi, la seule chose que l’on pourra louer, c’est, de la part de Marcel Priollet, d’avoir créé ce Claude Prince, un détective qui permet à la fois de débusquer les meurtriers à coup sûr et de clore rapidement ses enquêtes. Pas besoin de palabrer, de courir les pistes, chercher les indices, un coup de pendule et l’affaire est résolue… enfin, si l’auteur le désire.

Au final, pas grand-chose à attendre d’un récit si court, surtout quand le détective Claude Prince y participe. Juste un petit moment de lecture, pas désagréable, mais frustrant dans sa résolution et aussi dans son semblant d’intrigue.