CouvJD09

Claude Ascain, je vous en ai déjà parlé énormément, que ce soit sous ce pseudonyme, sous son vrai nom, Henry Musnik, ou sous d’autres alias : Pierre Olasso, Alain Martial, Gérard Dixe, Jean Daye, Florent Manuel, Pierre Dennys et bien d’autres et sûrement des encore inconnus.

Né en 1895 au Chili, il fut un des grands piliers, par son immense production, de la littérature populaire fasciculaire, à partir du début des années 1930 jusqu’à la fin des années 1960.

Difficile d’établir une liste exhaustive de ses récits, du fait de ses nombreux pseudonymes, des diverses réécritures, rééditions assumées ou non et des petites astuces qui lui permettaient de multiplier les contrats en reprenant certains de ses textes, en en changeant les noms de personnages, en les signant d’un autre pseudonyme et en les proposant à un autre auteur.

Malgré cela, sa production réelle demeure impressionnante, sans compter les contes, les articles, pour divers journaux, dont certains sportifs.

S’il exerça dans divers genres littéraires, c’est dans le domaine du policier qu’il fut le plus prolifique.

Si on ne peut lui attribuer que très peu de séries avérées (« Mandragore », « Les enquêtes du commissaire Lenormand » ou « Les enquêtes du commissaire Benoit », même s’il partage les deux dernières avec d’autres auteurs), en épluchant sa production on constate qu’il a développé plusieurs personnages récurrents.

Certains, du fait de sa roublardise, se partagent les mêmes aventures (mêmes textes, noms de personnages différents) d’autres semblent avoir eu la chance de vivre leurs propres aventures.

On en trouve plusieurs dans la simple collection « Police et Mystère » des éditions Ferenczi à la fin des années 1930 dont le cambrioleur Jack Desly qui vécut 25 aventures dans cette collection sous la forme de fascicules de 64 pages contenant des récits indépendants d’un peu moins de 20 000 mots.

On notera que Henry Musnik appréciait les personnages de cambrioleurs. Effectivement, Arsène Lupin lui inspira Robert Lacelles, Mandragore et Jack Desly.

« Le pendentif de l’Américaine » fut publié en 1937 sous le n° 278 de la collection.

Certaines des aventures de Jack Desly furent rééditées dans la 2e série de la collection « Police et Mystère » dans le courant des années 1950.

LE PENDENTIF DE L’AMÉRICAINE

Le cambrioleur Jack DESLY a jeté son dévolu sur un palace de Biarritz dans lequel il compte prochainement exercer ses talents.

Aussi est-il surpris quand il croise l’inspecteur Arthème Ladon, son ennemi juré, descendu de la capitale pour investiguer sur une série de vols dans l’établissement.

Ainsi, quelqu’un lui aurait coupé l’herbe sous le pied !

Jack DESLY décide alors de revenir incognito dans l’hôtel afin de mener sa propre enquête, d’identifier son « confrère » et le livrer à la justice tout en s’appropriant son butin…

Jack Desly est descendu au palace Rexis de Biarritz dans le but d’y faire une petite razzia chez les riches clientes.

Mais, malheureusement, un confrère pratique déjà dans l’établissement. De plus, l’inspecteur Arthème Ladon, son adversaire de toujours, est dépêché sur place pour enquêter.

Quand Ladon rencontre Desly, ce dernier comprend qu’il n’a plus rien à faire sur place et disparaît, pour bientôt réapparaître sous une autre identité et un autre costume. Après tout, il peut très bien rendre justice en faisant pincer un confrère et faire d’une pierre deux coups en conservant le butin…

Jack Desly est de retour dans une petite aventure de presque 19 000 mots dans laquelle il va devoir s’opposer, comme toujours, à son ennemi l’inspecteur Arthème Ladon, mais également à un « confrère » qui sévit parmi les locataires d’un palace qu’il comptait dépouiller…

Certes, l’intrigue n’est pas originale, mais la lutte entre le gendarme et le voleur est vieille comme le monde ou presque et Jack Desly s’oppose également souvent à d’autres cambrioleurs moins scrupuleux que lui.

On retrouve donc le trium vira de la série : Jack Desly, le voleur ; Arthème Ladon, le gendarme (policier de la Sûreté, plutôt) ; et Nan-Dhuoc, le serviteur annamite de Jack Desly qui joue quasiment toujours un petit rôle dans les aventures (trop petit, souvent).

L’auteur nous propose une aventure sympathique qui se lit agréablement, mais qui, bien évidemment, du fait de sa concision, manque un peu d’action, de rebondissements, et de moments d’humour. Ceux qui préfèrent des textes plus longs pourront toujours se plonger dans les aventures de Mandragore, du même auteur, mettant également en scène un cambrioleur, aidé par son ami serviteur, en lutte avec un policier, mais dont les récits s’étalent sur 80 000 mots.

Mais, ne boudons pas notre plaisir, une petite aventure de Jack Desly, de temps en temps, ne fait pas de mal, bien au contraire.

Car, l’auteur n’oublie pas de saupoudrer son texte de quelques traits d’humour, toujours au détriment de ce pauvre Arthème Ladon, un policier pourtant pas si ridicule que cela, comme ne l’était pas Ganimard, pourtant toujours ridiculisé par Arsène Lupin.

C’est d’ailleurs inévitablement du côté de ce mythique personnage de la littérature populaire qu’il faut chercher l’inspiration de l’auteur bien que, n’ayant pas la même latitude que son confrère, en confère, du coup, également moins à son héros.

Car la différence entre les deux personnages réside principalement dans l’ampleur. Ampleur des textes ; ampleur des moyens d’Arsène Lupin (moyens en homme, moyens financiers, moyens intellectuels) ; ampleur de l’ego ; ampleur de cabotinage…

Aussi, le plaisir de lecture sera également moindre, sans pour autant être indigent ou indigeste.

Au final, une aventure de Jack Desly dans la lignée des précédentes. Pas inoubliable, mais sympathique à lire.