Je_sais_tout_n°47_-_15_décembre_1908

Après tant d’années à lire les aventures des ersatz d’Arsène Lupin peuplant la littérature populaire depuis le succès du héros de Maurice Leblanc, ces derniers jours, je me suis décidé à découvrir le gentleman cambrioleur original et, le moins que je puisse dire, c’est que je ne m’attendais pas du tout à cela.

« L’aiguille creuse » est le troisième opus de la série. Publié sous forme de livre en 1909, le texte, tout comme les précédents, a d’abord été publié en feuilleton pour le magazine « Je sais tout ».

Si le premier opus « Arsène Lupin, gentleman cambrioleur », était composé de 9 nouvelles, le second, « Arsène Lupin contre Herlock Sholmes » lui, ne comportait que 2 nouvelles.

« L’aiguille creuse », bien que composé de plusieurs parties, ne propose qu’une seule histoire, celle de la lutte entre Arsène Lupin et un tout jeune homme, Isidore Beautrelet, étudiant en rhétorique, passionné d’énigmes, qui va se lancer sur la piste du génial cambrioleur.

Pour rappel, Maurice Leblanc est né à Rouen en 1864 et mort en 1941 à Perpignan.

Tout comme pour son homologue anglais à qui il fut comparé, Conan Doyle, l’auteur a été dépassé par son personnage et ce dernier a occulté le reste de la production de son géniteur.

L’aiguille creuse :

Arsène Lupin serait-il mort ? C’est en tout cas ce que tout le monde s’accorde à dire. Sauf Isodore Beautrelet, lycéen surdoué et détective amateur, qui n’y croit pas une seconde. Coïncidence étrange, le document de l’Aiguille creuse disparaît également. Quel mystère ces disparitions cachent-elles ? Arsène aurait-il enfin trouvé un adversaire à sa taille en la personne d’Isodore Beautrelet ?

On retrouve Arsène Lupin dans une périlleuse position. Grièvement blessé lors du cambriolage du château du comte de Gesvres, à Ambrumésy il n’a pu s’échapper du parc, toutes les issues ayant été surveillées.

Aussi, les autorités fouillent le parc à la recherche du cadavre du génial cambrioleur, mais ne trouvent rien.

Où est passé Arsène Lupin ?

Mais un étrange personnage ne va pas tarder à apporter des réponses. Effectivement, sous les traits d’un journaliste dépêché sur place, le jeune Isidore Beautrelet, élève en rhétorique et détective amateur, se fait fort de retrouver Arsène Lupin.

Après avoir lutté contre le policier Ganimard, puis contre le détective anglais Herlock Sholmes, voici Arsène Lupin confronté à un adversaire encore plus terrible que les deux précédents… et ce n’est pourtant qu’un gamin, trop jeune, trop émotif et, pourtant, si perspicace et intelligent qu’il va finir par s’attirer la sympathie de son ennemi.

Que dire sur ce roman qui n’a encore pas été dit depuis plus d’un siècle ?

Que je suis surpris par la personnalité d’Arsène Lupin que je ne voyais pas aussi fantasque, gouailleur, joueur, espiègle et organisé. Dans mon esprit, peut-être à cause de vieux souvenirs de la série télévisée avec Georges Descrière, peut-être même des souvenirs déformés, je voyais plus Arsène Lupin comme un cambrioleur solitaire alors qu’il est en fait à la tête de moyens incroyables, tant en termes d’hommes que financiers, mobiliers…

La surprise passée, je n’ai pu qu’apprécier cette confrontation rocambolesque entre les deux grands esprits que sont Arsène Lupin et Isidore Beautrelet. Confrontation comportant de multiples rebondissements dans lesquels, chaque fois, Arsène Lupin, semblant acculé et battu, reprend la main et démontre qu’il mène la danse depuis le tout début.

Quant à l’intrigue, rien de simpliste dans celle-ci contrairement à ce à quoi l’on pourrait s’attendre d’un feuilleton populaire. Effectivement, le fil conducteur de l’histoire, le secret de l’Aiguille Creuse, prend sa source à la fois dans l’Histoire et dans la Géographie. Dans l’Histoire, car l’Aiguille Creuse est censée être un secret partagé depuis Jules César jusqu’à Arsène Lupin en passant par Louis XIV. Dans la géographie, car, désormais, on sait ce qu’est l’Aiguille Creuse, mais à l’époque, ce n’était pas le cas et c’était l’occasion de la découvrir.

Avec cette histoire complexe, rocambolesque, exaltante, Maurice Leblanc propose un récit bien ambitieux pour ce qui n’était à l’époque que littérature de magazine.

Un siècle après, je serais tenté de dire que le texte n’a pas pris une ride. Mais qui me croirait ? En tout cas, ces quelques rides du temps qui a passé renforcent le charme d’une histoire qui a toutes les qualités pour séduire encore les lecteurs d’aujourd’hui.

Au final, un excellent roman, trépidant, mystérieux, parfois drôle qui met en scène un personnage bien plus fouillé, complexe, protéiforme que l’on ne pourrait l’imaginer si l’on n’a pas lu ses aventures.