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« 20 000 balles pour mourir » est un roman policier humoristique de Jacky Goupil.

Jacky Goupil, bien qu’il propose là son premier roman, n’est pourtant pas un novice de l’écriture puisque, né en 1955, il commence à écrire dans des fanzines dès l’âge de 16 ans.

Sa carrière se poursuivra entre l’écriture de pièces de théâtre, de scénarios de Bandes Dessinées et il fera même l’expérience de passer de l’autre côté de la plume en devenant éditeur de façon éphémère.

Bien que d’un goût éclectique, Jacky Goupil, tout petit, tomba sous le charme de la plume de Frédéric Dard et des aventures de San Antonio et cela se ressent.

20 000 balles pour mourir :

POURQUOI UN SERIAL KILLER MET-IL 20 000 EUROS EN ESPÈCES DANS LES POCHES DE SES VICTIMES ?
C’est bien ce que je me demande…
« Je », c’est moi, le commissaire Stanislas Goupil. Accompagné de l’inspecteur Gédéon, l’homme qui rigole plus vite que son ombre, on enquête.
Mais attention ! Nous, c’est pas le style à la British. Pas de loupe, pas de pipe, pas de bonnes manières.
On serait plutôt du genre à foncer dans le tas avec nos grosses pompes à clous.
À cogner aussi, bah oui, faut ce qu’il faut. Les vilains pas beaux, quand tu les interroges poliment, ils ne comprennent pas. Mais si tu questionnes avec une mandale, ils sont nettement plus bavards.

  • Tu veux savoir pourquoi un taré distribue ses économies à des macchabées ?
  • Pourquoi un mec échappe au cimetière en se cognant un doigt de pied ?
  • Pourquoi j’ai envie de fracasser un chauffeur de taxi avec un parpaing ?
  • Et pourquoi la petite Lorette adore nos parties de culbuto ? (ça c’est de la confidence intime, ne le répète pas.)

Le mieux que t’as à faire, c’est d’entrer avec moi dans l’action. Et si en plus, t’as pas peur de la déconnade, tu ne regretteras pas le voyage !
Alors tu cliques tout de suite sur le bouton pour télécharger ou commander mon bouquin en papier.
Pas de discussion, je t’attends !

Une série de meurtres étranges a lieu dans le XVIIe. Dans les rues, sur quelques pâtés de maisons, la nuit, des hommes sont retrouvés morts d’une balle dans la tête, ils portent sur eux une enveloppe contenant 20 000 euros en billets de banque.

Le commissaire Stanislas Goupil et l’inspecteur Gédéon sont chargés de l’enquête…

« 20 000 balles pour mourir » est typiquement le genre de polar que j’aurais aimé adorer.

En disant cela, vous aurez compris que ce n’est pas le cas et que je vous spolie mon grand « final ».

Qu’importe !

Effectivement, à la lecture de ce roman, je me sens totalement en empathie avec l’auteur et, du coup, comme je n’aime pas ne pas aimer les œuvres des gens que j’aime…

Car, oui, je dois le dire, Goupil et moi avons les mêmes goûts (pas tous), les mêmes influences, les mêmes motivations et, d’après les bonus en fin de livre (j’y reviendrai) la même façon d’appréhender l’écriture.

Du coup, dès les premières lignes, les premiers paragraphes, je me suis senti en terrain connu, me faisant même la réflexion que c’était typiquement le genre de choses que j’aurai pu écrire.

Narrer une histoire à la première personne, je le fis avec ma série « Marc Antoine Decome ».

User d’humour, de références que les moins de 20 ans ne peuvent pas saisir (même parfois leurs parents et grands-parents), c’est une seconde nature chez moi.

Faire vivre des personnages iconoclastes, un besoin irrationnel.

Conter des histoires au présent, mon Dieu, j’ai débuté ainsi et n’ai quasiment fait que cela (il faut dire que la narration à la première personne y aide beaucoup, mais je le fis également à travers des narrations à la troisième personne comme dans la série « Wan & Ted ».

Mes héros, eux aussi, vont généralement par deux et leurs dialogues, entre eux, ne sont pas piqués des canetons [désolé, je n’ai plus de hannetons en stock].

Interpeller le lecteur, c’est une nécessité qui fait loi et, je dois le dire, qui couvait en moi bien avant que je ne lise mon tout premier San Antonio.

En effet, j’ai découvert Frédéric Dard sur le tard et c’est parce que mes premiers lecteurs faisaient un parallèle bien trop flatteur entre ma plume et celle de l’auteur de San Antonio que je me décidais à découvrir ces aventures dont mon père était pourtant friand.

D’ailleurs, petite parenthèse, lâchez-moi le Dard, pour être un peu drôle et grossier [mais jamais vulgaire].

Cessez un peu, dès qu’un auteur utilise trois mots d’argot et un peu d’humour de le comparer à Frédéric Dard. Seuls ceux qui n’ont jamais lu Dard [ou pas aimé] peuvent penser qu’il suffit d’argotiser sa langue et de tremper sa plume dans la gaudriole pour faire du Dard.

Seul Dard pouvait faire du Dard [et encore… fallait-il qu’il se prénomme Frédéric, et non Patrice, bien que je n’ai rien contre le fils, je préfère le père] et c’était bien plus complexe qu’on ne le croit, car Dard n’écrivait pas en argot, mais écrivait en Dard, une langue qu’il a inventée au fur et à mesure et que seul lui savait parler et écrire.

Les autres, de piètres imitateurs, au pire ; des auteurs trop subjugués et hantés par cette prose unique qu’ils ne peuvent faire autrement que de la singer sans jamais l’égaler [dont je fais, je l’avoue, partie], au mieux.

Mais revenons à nos moutons qui, ici, n’est qu’un roman, celui de Jacky Goupil.

Oui, Goupil est tombé dans la marmite San Antonio tout petit et ne peut s’en détacher et cela se sent. Je ne l’accuse pas de vouloir faire du Dard [d’ailleurs, il s’en défend dans les bonus sur lesquels je reviendrais], mais il ne peut faire autrement, c’est ainsi, chacun sa croix.

Certes, on ressent la passion de l’auteur pour son aîné, le respect, également, et on ne pourra l’accuser de vouloir faire du Dard, mais juste de s’être rassuré en développant des personnages et un style avec lesquels il se sentait à l’aise [et je le comprends]. Ce n’est sûrement pas pour rien que, comme il l’avoue dans les bonus [oui, j’ai dit que j’y reviendrais] « 20 000 balles pour mourir » est le premier roman qu’il parvient à terminer alors qu’il en a entamé plein. Pourquoi ? Parce que l’humour rassure, en écriture… et là aussi, je compatis.

Bref, on retrouve donc tout ce qui fait un bon San Antonio, de l’humour, des personnages hauts en couleur, de l’argot, des invectives au lecteur, des notes de bas de page, des réflexions, des jeux de mots, des assonances, des dialogues juteux, de la bouffe, de l’alcool et des petites pépées [bien qu’elles soient ici veuves]…

Oui, mais voilà, il ne suffit pas d’intégrer tout ça dans un texte pour faire un bon Dard, car un bon Dard, c’était bien plus… et je ne parle même pas de l’histoire [pas encore].

Car là, Goupil met tout ce qu’il a aimé chez Dard dans son texte.

Son héros Stanislas Goupil n’est qu’un ersatz du commissaire San Antonio et Gédéon, bien que moins craignos que Bérurier n’est pas sans rappeler pourtant celui-ci.

Tout y est, mais trop. Trop, tout le temps, sans qu’il n’y ait de respiration, au point que cela en devient redondant à l’image de la tournure de phrase genre « je te parie une partie de ping-pong contre les parties de King Kong », qu’affectionnait Dard et que l’on retrouve ici à outrance. D’ailleurs, dans les bonus du roman [oui, oui, je sais, plus tard], l’auteur lance un jeu-concours pour savoir combien de fois il utilise la lettre « e », il aurait dû le faire avec le nombre de fois où il a repris ladite structure [la réponse est : trop !].

Du coup, sans respiration, la lecture devient vite un peu indigeste. Plaisante, mais indigeste, un peu comme si tu manges un gâteau au chocolat sur lequel tu as rajouté du miel [parce que tu adores], du caramel [parce que tu aimes ça], de la chantilly [parce que c’est bon], de la crème anglaise [parce que ce n’est pas mauvais], des chamalows [parce que tu ne sais pas l’écrire, mais que tu sais le manger] et du sirop d’érable [pour la touche exotique]. Au final, tu frises la crise de foie.

Bin, là aussi, tu frises deux fois la crise de foi. La foi dans l’auteur, mais, surtout, dans le roman [et, dans ce cas, je n’utilise pas le « e »].

Dommage, encore, car, on ne peut, quand on aime les romans humoristiques et Frédéric Dard, qu’avoir envie d’aimer ce roman.

Enfin, avant d’en venir aux bonus [on y arrive, ne vous inquiétez pas], parlons un peu de l’histoire.

Car on a souvent réduit Frédéric Dard à un style [le sien]. Mais c’est un peu vite oublier que la plupart des San Antonio [pas tous, mais une bonne partie] s’appuyaient également sur une bonne histoire [toute proportion gardée avec le genre et le format et, surtout, la rapidité d’écriture].

Et, du coup, c’est là que le bât blesse [je n’ai jamais su quel « bas » utiliser, mais ma correctrice rectifiera pour moi, ne vous inquiétez pas].

En effet, l’histoire ! Ce meurtrier qui abat des inconnus d’une balle dans la tête et abandonne sur eux une enveloppe contenant 20 000 euros [cela coûte cher une passion comme celle-ci]. Le fait peut être mystérieux et l’est réellement. Malheureusement, la raison elle, est finalement peu crédible. Et c’est dommage. Car si l’auteur s’était appuyé sur un bon scénario [pourtant sa spécialité] peut-être qu’il se serait plus concentré sur celui-ci, du coup aurait-il un peu délaissé sa plume pour faire avancer l’histoire et cela aurait aménagé des pauses au lecteur. Tout le monde aurait été gagnant.

Alors que là ! Tout ça pour ça est la réflexion qui peut venir au lecteur à la fin du roman.

Car si la raison des assassinats est déjà un peu tirée par les cheveux [bien que déjà usitée plusieurs fois par le passé], la raison des billets, elle, l’est encore plus [ce qui n’était pas facile à faire].

Ah, oui, j’oubliais ! Le commissaire Stanislas Goupil, tu l’auras compris, est une façon, pour l’auteur, de mélanger le personnage fictif et le personnage réel [l’auteur]. Cette schizophrénie littéraire n’est pas nouvelle, bien évidemment, et probablement inspirée par Dard lui-même, mais on la retrouve, par exemple, plus récemment, dans les excellentes aventures de Thomas Fiera de Jean-Baptiste Ferrero ou encore dans la série « C.Q.F.D. » avec le détective CHYUFA [mais là, tu es pardonné si tu ne connais pas, les romans ne sont pas encore publiés].

Et pour finir, oui, j’en arrive aux bonus [tu vois, j’y suis, j’y reste].

Oui, car l’auteur a la bonne idée de proposer des bonus en fin de livre.

Bonne idée, car cela fait un peu original [c’est du moins ce que je m’étais dit, il y a dix ans, en en ajoutant à la fin des romans de la série « Wan et Ted »].

Bonne idée, car cela permet de rallonger un livre qui, sans cela, semblerait un peu court [jeune homme, pour faire une référence cyranesque qu’appréciera Goupil], c’est là aussi ce que je m’étais dit il y a dix ans quand j’ajoutais ces bonus en fin de livre.

Bonne idée, car cela conserve le côté iconoclaste à l’ensemble [c’est également ce que je m’étais dit… enfin, tu auras compris].

Bon, c’est con, car, à l’époque, ces bonus, c’est ce que des lecteurs avaient préféré dans le livre [pas certain que ce soit un compliment, du coup]. Heureusement pour Goupil, il y a peu de chances que ses lecteurs en pensent autant, car les bonus sont d’un intérêt parfois discutable et, surtout, constamment autocentré sur l’auteur. Dommage. D’ailleurs, le coup des questions-réponses, utilisées dans ces bonus, n’est pas forcément une très bonne idée, ou alors il ne faut pas en abuser [c’est que je m’étais dit il y a dix ans…].

Certes, je semble un peu sévère si je résume ma critique, mais, pourtant, j’avais vraiment envie d’aimer ce livre et, je l’ai aimé, mais par morceaux. En fait, il aurait fallu le lire à la façon des « Brèves de comptoir » qu’affectionne l’auteur et non comme un roman, d’un trait ou, du moins, de plusieurs gros traits.

Effectivement [oui, j’aime ce mot], en lisant ce livre par petites tranches, sans se soucier de l’histoire, cela aurait été un peu moins indigeste et bien plus plaisant. Seulement, c’est un roman, n’est-il pas ?

Par contre, j’espère pour l’auteur qu’il possède une plus grande communauté que la mienne [qui se réduit à… moi et mon amour] et qu’il saura mieux faire la promotion de ses romans et mieux les vendre, sinon je lui conseillerais d’avoir énormément de détachement, de passion et de n’être pas ambitieux pour continuer à écrire ce genre de bouquins.

Au final, si j’apprécie le travail de l’auteur, ses inspirations, ses références, son humour et même sa plume, difficile pour moi d’aimer réellement ce roman la faute à un mauvais dosage et une histoire pas très emballante. Tant pis. Ce sera mieux pour le prochain, j’en suis certain.