LACACH

« L’aventure commence à cinq heures » est un fascicule de 16 pages, double colonne, publié dans la collection « Murmure d’Amour » des Éditions du Moulin Vert, en 1947.

Il contient un récit indépendant de 11 500 mots, signé J.A Flanigham et met en scène Dick et Betty Reutel un couple glamour de détectives anglais.

Derrière le pseudonyme de J.A. Flanigham, nul ne sait, désormais quel écrivain se cachait.

Certains prétendent qu’il s’agirait d’un pseudonyme commun à plusieurs auteurs (ce dont je doute), la BNF le rapproche d’un certain Raymond Gauthier (les deux noms se côtoient dans diverses collections).

Toujours est-il que ce nom apparaît en 1945, disparaît en 1958 et, qu’entre, on peut lui accorder une centaine de récits de 10 à 30 0000 mots (je ne compte pas les rééditions).

J.A. Flanigham a œuvré uniquement dans le récit policier, développant, notamment, plusieurs personnages récurrents dont le principal est le journaliste anglais Bill Disley (presque la moitié de la production de l’auteur) accompagné de son ami Jeff, ancien boxeur et pickpocket. Mais on trouve également 6 enquêtes de l’Agence Garnier et quelques-unes de Dick et Betty Reutel.

L’auteur brillera principalement par la qualité de ses incises et indications scéniques qui, dans un format court, lui permettait d’insuffler rapidement une certaine ambiance et d’étoffer ses personnages à peu de renfort de mots.

L’AVENTURE COMMENCE À CINQ HEURES

Betty, l’épouse du célèbre détective Dick REUTEL, assiste à un défilé de haute couture quand une femme à ses côtés hurle, s’effondre, et, dans un dernier râle, gémit : « À cinq heures, en bas, le taxi vert et jaune… ».

Après les premières constatations, Betty décide d’attendre l’instant fatidique dans la rue, poussée par la curiosité et l’esprit d’aventure.

À la minute pile, un véhicule correspondant à la description s’arrête devant elle. Une porte s’ouvre. Elle prend place à l’intérieur…

Lors d’un défilé de haute couture auquel elle assiste, Betty, la charmante épouse du célèbre détective Dick Reutel, est témoin d’une scène étrange. Une jeune femme, près d’elle, s’écroule dans un râle et a juste le temps de lui dire « À cinq heures, en bas, le taxi vert et jaune » avant de mourir visiblement empoisonnée. De plus, le sac à main de la morte est introuvable.

Poussé par la curiosité, Betty décide d’attendre dans la rue voir si un taxi arrive à cinq heures. À l’heure dite, un taxi vert et jaune s’arrête devant elle, elle décide de monter dedans et, alors qu’elle n’a rien dit, le véhicule démarre et traverse la ville.

Quelques heures plus tard, Dick Reutel s’inquiète de l’absence de sa femme auprès de son ami l’inspecteur Brenny…

C’est un plaisir de retrouver Dick et Betty Reutel (c’est surtout un plaisir de retrouver la plume de J.A. Flanigham), car leurs aventures sont assez peu nombreuses et les fascicules d’origine rares à trouver.

La lecture de ces récits policiers fait l’effet de bonbons acidulés où le piquant du mystère laisse souvent place à la relation très fleur bleue et désuète des deux personnages. Le vouvoiement, les mots d’amour, dans ce couple qualifié, à l’époque, de « aventuriers modernes » instille un charme suranné à l’ensemble qui contraste plaisamment avec le genre dans lequel ils se meuvent.

Sur 11 500 mots, on sait l’avance que l’intrigue ne sera pas le point fort du récit. D’ailleurs, celle-ci est relativement simple, et quelques points manquent un peu de crédibilité, mais, qu’importe, le principal réside, comme toujours chez Flanigham, dans sa plume.

Sa plume, raison principale qui m’empêche de croire au pseudonyme commun à plusieurs auteurs, est facilement reconnaissable dans l’utilisation permanente et judicieuse des incises lors des dialogues et des indications scéniques qui permettent à l’auteur, en quelques mots, de préciser l’état d’esprit des protagonistes, permettant ainsi de donner l’impression d’un récit plus fourni qu’il ne l’est réellement.

Cette qualité, effectivement, se retrouve chez peu d’auteurs de l’époque (un peu chez Boris Vian quand il se cache derrière Vernon Sullivan) et est très identifiable et, surtout, très agréable.

Ici, ce ne sont pas tant les personnages qui prévalent que cette relation de couple très marquée dans son temps, mais qui nous change de celles des séries actuelles tant littéraires que télévisuelles.

Certes, l’humour est du coup moins présent que dans les aventures de Bill Disley où, là également, le point fort réside dans les relations, mais entre Bill Disley et ses amis Jeff et Martin, mais cela se déguste comme une guimauve fondante et sucrée à souhait.

Au final, J. A. Flanigham s’avère être une valeur sûre, d’autant plus quand le charme suranné du couple de détectives Reutel est de la partie.