IG03

Nouvelle enquête pour le jeune inspecteur Grey et pour son auteur, Alfred Gragnon.

Alfred Gragnon est un auteur polymorphe (oui, je le dis à chaque fois), né en 1882, mort, on ne sait quand, mais après 1940, fils de préfet de police, qui entama une carrière d’avocat tout en écrivant des pièces de théâtre en parallèle.

Par la suite, il écrivit des scénarios pour le cinéma et réalisa même des films.

Tout le long de sa carrière, son personnage de l’inspecteur Grey le suivit puisqu’il fût le héros d’au moins une pièce de théâtre, de deux de ses films et, également, de courts récits (au moins 10) publiés entre 1937 et 1940 dans le magazine Ric et Rac.

Ce sont ces petites enquêtes que je découvre.

« Grey contre N 93 », publié en 1938, est une enquête d’un peu plus de 8 600 mots.

« Le pendu par les pieds » est une enquête de 4 000 mots, publiée en 1940.

GREY CONTRE N 93

L’inspecteur GREY est contacté par le chef du 2e Bureau qui réclame sa collaboration afin d’identifier l’agent ennemi N 93 qui agit en France incognito.

Le seul élément pouvant mener à celui-ci est la découverte, sur une espionne bulgare, de la photo de la baronne Spitzau, fille d’un riche marchand d’armes.

Comme, justement, la baronne Spitzau vient de déclarer le vol de ses bijoux dans son hôtel du parc Monceau, l’occasion est toute trouvée pour l’inspecteur GREY, d’infiltrer la demeure sous le prétexte d’aider son collègue l’inspecteur principal POUSSIN chargé de l’enquête et de fouiner à la recherche d’indices conduisant au fameux N 93…

L’inspecteur Grey va aider le 2e Bureau à identifier le terrible espion N 93 dont on ne sait rien sauf qu’il agit en France et qu’il navigue, peut-être, dans l’entourage de la baronne Spitzau, fille de Zana Croff, le richissime marchand d’armes. C’est du moins ce que laisse entendre la découverte, sur une espionne bulgare, d’une photo d’identité de ladite baronne.

Comme un vol vient d’avoir lieu chez la baronne et que l’inspecteur principal Poussin est déjà sur place pour enquêter, l’arrivé de l’inspecteur Grey ne paraîtra pas suspecte et, sous couvert de chercher le voleur, Grey se concentrera plutôt à chercher l’espion…

Après avoir mené une enquête plutôt classique, « Grey devant l’énigme », Grey et son auteur se sont amusés à se confronter aux sous-genres du récit policier sous la forme de petite parodie plutôt sympathique.

Confrontation au crime en chambre close avec « Le gardien de nuit » puis au « Whodunit » agathachristien avec « Le crime au cinéma ».

C’est désormais au récit policier d’espionnage que le duo va s’attaquer.

Il n’est pas rare, dans les récits policiers, notamment de l’époque (années 1930), que les policiers soient également confrontés à des intrigues d’espionnage. Le fait est même plutôt récurrent et durera des décennies (voir les premiers San-Antonio, par exemple).

Ici, bien évidemment, en 8 600 mots, l’auteur n’aura pas le temps de proposer une intrigue haletante d’autant qu’il s’agit d’une double intrigue : qui a volé les bijoux ? et qui est l’espion N 93 ?

Aussi, les choses vont se dérouler rapidement et la double enquête bénéficier du 6e sens et de l’intuition de Grey, mais aussi de sa chance de capter les faits et les discussions intéressantes.

On pardonnera cette facilité qui, de toute façon, ne pouvait être contournée pour respecter le format du récit, récit qui, dans le magazine Ric et Rac, ne pouvait s’étaler que sur une à deux pages de 6 colonnes et donc, ne pas faire plus de 9 000 à 10 000 mots.

On retrouve une nouvelle fois l’inspecteur principal Poussin, aussi paradoxalement lourd et butor que son nom ne le laisse présager. Toujours autant imbu de lui et envieux de son jeune collègue, il est sans cesse le dindon de la farce de son auteur. Heureusement que le ridicule, même en littérature, ne tue pas.

Rien d’exceptionnel dans ce récit dans l’air du temps, qui n’a de toute façon pas trop le temps de proposer autre chose qu’une histoire directe et une narration linéaire.

Pourtant, l’épisode n’est pas désagréable à lire, même s’il manque d’un petit quelque chose par rapport aux précédents, probablement parce que le sous-genre parodié est moins codifié que les précédents et, de ce fait, la parodie moins marquée et remarquable.

Cependant, la lecture de ces premiers épisodes donne envie de découvrir l’inspecteur Grey dans des formats plus longs. La pièce de théâtre, peut-être, ou bien les films. Si la première est encore accessible et, pour preuve, j’en possède un exemplaire, il sera probablement plus difficile de trouver les films, mais, qui sait ???

Au final, une petite enquête mêlant genre policier et espionnage qui, sans être extraordinaire, est agréable à lire.

 

LE PENDU PAR LES PIEDS

Rue Cardinet, le docteur Berodet est retrouvé, chez lui, au matin, empoisonné et suspendu par les pieds.

Si ce que la presse appela « L’énigme de la rue Cardinet » eut un immense retentissement dans le public et intrigua la France entière, c’est surtout la manière dont, sans même quitter son bureau du Quai des Orfèvres, GREY résolut le mystère, fit avouer et arrêter le coupable, justifiant ainsi son surnom de « sorcier », qui marqua les esprits…

Un bien curieux meurtre a eu lieu Rue Cardinet. Au petit matin, la bonne du docteur Berodet découvre celui-ci, dans sa chambre, mort, pendu par les pieds.

L’enquête est confiée aux inspecteurs Poussin et Laurent.

Le médecin légiste détermine que le défunt a été empoisonné avant d’être pendu.

Chacun des deux policiers va mener son enquête de son côté. L’un se concentre sur les gens de l’immeuble, l’autre, sur les proches de la victime n’habitant pas le bâtiment.

Mais comme aucun des deux ne trouve de piste, Poussin décide de faire appel à l’inspecteur Grey.

Quand Poussin et Laurent ont fini de raconter le résultat de leur enquête respective, Grey leur demande se rendre chez lui le lendemain matin, leur assurant que le meurtrier y sera…

On retrouve donc l’inspecteur Grey, alias le Sorcier, dans une nouvelle enquête… très courte enquête de seulement 4 000 mots.

L’auteur use de court espace pour se confronter à nouveau à un sous-genre du roman policier, à vrai dire rarement abordé si ce n’est par Rex Stout à travers les enquêtes de son personnage Nero Wolfe ou dans certaines enquêtes de Sherlock Holmes, Maurice Parent de Jules Lermina, ou encore du génial « Thinking Machine », l’enquêteur de Jacques Futrelle (l’auteur qui aurait probablement concurrencé Conan Doyle s’il n’était pas mort si tôt sur le Titanic) : la résolution d’enquête sans se déplacer à partir d’éléments narrés par autrui.

Car l’inspecteur Grey, dans le cas présent, n’a pas besoin de visiter la scène de crime, d’inspecter le cadavre, d’interroger les témoins ou les suspects, il parvient, en quelques minutes, à découvrir l’identité de l’assassin à partir, seulement, des rapports de l’inspecteur principal Poussin et de l’inspecteur Laurent.

Si sa résolution est, somme toute, un tout petit peu tirée par les cheveux, elle n’en est pas moins assez logique.

Pour une si courte enquête, difficile d’en demander plus.

Au final, l’inspecteur Grey mérite vraiment son surnom de Sorcier dans cette petite enquête.