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Il est étonnant, de nos jours, de constater que des personnages qui ont eu un certain succès il y a moins de 100 ans ont désormais totalement sombré dans l’oubli.

Le fait est fréquent, bien trop, et ce n’est pas l’inspecteur Grey qui vous dira le contraire.

Né de la plume d’Alfred Gragnon, né en 1882, fils de préfet de police, lui-même avocat à la cour, auteur de pièces de théâtre, scénariste et réalisateur de cinéma, ce policier eut, apparemment, un certain succès au théâtre au début des années 1930, du moins suffisamment pour que ses aventures soient adaptées au cinéma à partir de 1936 dans au moins trois films dont un qui serait adapté d’un récit d’un autre auteur que Gragnon.

Et, pourtant, plus personne ne connaît ce personnage qui eut également l’honneur de quelques enquêtes publiées entre 1937 et 1940 dans le magazine Ric et Rac.

« Le meurtre de la rue Halévy » est une enquête de 9 600 mots parue en 1939.

LE MEURTRE DE LA RUE HALÉVY

Tout avait pourtant été organisé à la perfection pour commettre le crime parfait !

Abandonner le corps de sa victime dans sa voiture, devant l’Opéra.

Se faire remarquer par un chauffeur qui attendait là ses maîtres.

Entrer, grimé, dans le bâtiment, puis en ressortir par une seconde issue.

Tout cela pour diriger les suspicions sur une autre personne.

Et dire que ce plan aurait pu fonctionner si, seul, l’inspecteur principal POUSSIN s’était occupé de l’enquête !

Oui, mais voilà, le grand GREY, ancien inspecteur promu commissaire, n’est pas le genre de policier à se laisser berner par les évidences…

Le jeune, perspicace et célèbre inspecteur Grey est récemment devenu commissaire. C’est dire si l’inspecteur principal Poussin, qui le détestait déjà de sans cesse le contredire et avoir raison, le maudit, désormais. Pourtant les deux hommes vont encore « collaborer » pour résoudre un étrange meurtre. Collaborer, pour les deux hommes, cela veut dire que Poussin va émettre des hypothèses fausses et Grey, d’autres, opposées, qui vont se révéler exactes.

Mais là, Mme de Champdieu est retrouvée assassinée dans sa voiture, devant l’Opéra. Chose étrange, son compagnon, meurtrier présumé, semble avoir tout fait pour se faire remarquer par un chauffeur de maître en se garant tout à côté et en parlant fort, mais aussi par le personnel de l’Opéra.

La description du suspect, notamment la moustache noire, laisse penser à Poussin qu’il s’agit du cousin de la victime. Quant à Grey, lui, il est persuadé que la moustache est postiche et que le meurtrier est blond, comme un ami proche de la victime…

On retrouve donc Grey, commissaire, maintenant, dans une enquête de près de 10 000 mots dont le format est donc proche de celui d’un fascicule de 32 pages.

L’auteur nous propose ici une enquête classique, plutôt réussie, dans un format qui lui permet de développer un peu plus les qualités de son personnage sans pouvoir en donner la pleine mesure pour autant.

Cependant on y trouve avec plaisir le détestable Poussin (qui devrait, depuis le temps, se méfier de ses certitudes), toujours aussi bête et méchant, ainsi que Grey, toujours aussi réfléchi et perspicace.

Certes, l’intrigue ne vole pas très haute, du fait du format court, car elle aurait bien pu donner, sur un format plus long, une histoire intéressante et Grey résout l’affaire quasiment depuis son bureau, du moins, principalement par son esprit de déduction.

Évidemment, cette intrigue ne tiendrait plus de nos jours, mais elle n’est pourtant pas loin de celles que l’on retrouve dans la série télévisée française « Crime Parfait » dans laquelle les crimes ne sont jamais parfaits puisque déjoués sans cesse par l’enquêteur ou l’enquêtrice.

Il est fort dommage que l’auteur ne se soit pas plus penché sur la carrière littéraire de son personnage qu’à travers ces 9 courtes enquêtes… à moins qu’il existe d’autres textes, parus ailleurs et que je ne connaisse pas.

Au final, une bonne petite enquête dans laquelle le commissaire Grey montre l’étendue de ses qualités.