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L’inspecteur Grey, surnommé le sorcier pour ses dons à débrouiller les plus tortueuses énigmes, est un personnage né de la plume d’Alfred Gragnon à l’occasion de la pièce en trois actes : « Inspecteur Grey » en 1932.

Il faut croire que la pièce eut un grand succès puisqu’elle fut adaptée au cinéma en 1936 sous le même titre, par Maurice de Canonge.

Il est à noter que l’acteur interprétant le rôle de l’inspecteur Grey dans le film est Maurice Lagrenée, ayant déjà joué le personnage pour la pièce lors de la représentation aux Capucines en 1935.

Alfred Gragnon, né en 1882, fils de préfet de Police, avocat à la cour, était également auteur de pièces de théâtre, donc, mais aussi scénariste et co-réalisateur au cinéma (pour les adaptations des aventures du fameux inspecteur).

Mais il écrivit également de petites enquêtes mettant en scène l’inspecteur Grey pour le magazine Ric et Rac entre 1937 et 1940.

« L’affaire Casalta » est une enquête de quasiment 9 900 mots publiée en 1940.

L’AFFAIRE CASALTA

L’inspecteur principal POUSSIN a pris sa retraite de la Police Judiciaire et coule des jours calmes et heureux dans une petite ville basco-béarnaise où il remplit les fonctions de commissaire de police municipale.

Aussi, quand on lui signale la découverte d’un corps dans un fossé, POUSSIN s’empresse-t-il d’espérer, de croire, de crier au suicide, malgré les dénégations du médecin légiste.

Mais la surprise et la contrariété ne sont rien comparées à celles qu’il ressent en apercevant l’inspecteur GREY, son ancien collègue parisien, celui que tout le monde surnomme « le sorcier » du fait de ses capacités à débrouiller les crimes les plus obscurs.

Ce dernier, appartenant désormais à un service de contre-espionnage, se trouve dans la région pour surveiller les agissements de la victime, un dénommé Casalta, qui navigue dans la sphère privée d’un scientifique dont les inventions sont convoitées par l’ennemi…

L’inspecteur Poussin est à la retraite. Il est désormais commissaire de police municipale dans un petit village basco-béarnais sensément tranquille. Sensément, car un corps vient d’être découvert dans un fossé, tué d’une balle dans la bouche. Un suicide, affirme Poussin, mais non, dit le médecin légiste. Et il est confirmé par un homme qui apparaît brusquement : l’inspecteur Grey, venu dans le coin pour surveiller les agissements d’un homme, pas de bol, il s’agit de la victime qu’il soupçonne d’espionnage pour l’ennemi. Il se naviguait dans la sphère privée d’un scientifique dont les inventions font des envieux…

On retrouve donc Grey et Poussin réunis alors que chacun a changé de service pour une double enquête, une enquête criminelle pour Poussin et une enquête sur des faits d’espionnage pour Grey.

De nouveau Grey se montre perspicace et son instinct lui permet de reconstituer un peu les contours du meurtre. Poussin est là en faire valoir et participe très peu à sa propre enquête, se contentant de foncer tête baissée vers des suspects évidents, trop, probablement.

Une enquête plaisante à lire et dans l’ambiance de son époque à base d’espionnage à propos d’inventions guerrières, mais qui s’appuie aussi sur d’autres éléments dramatico-sentimentaux.

L’auteur dépeint une galerie de personnages hauts en couleur et, notamment, plusieurs portraits de femmes (rapidement dépeints, format court oblige) plaisamment esquissés.

Le mélange des genres, bien que l’auteur n’ait pas l’espace de développer réellement aucun d’eux, donne à ce court récit un intérêt réel d’autant que le lecteur, à l’instar de Poussin, pourra tenter de deviner vers qui la suspicion de Grey va se diriger.

Au final une enquête agréable à lire bien qu’elle aurait mérité un peu plus d’espace pour s’épanouir réellement.