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Revenons à la saga de la lutte entre Daniel Marsant, agent du Deuxième Bureau et le Grand Maître, génie du crime aux cent visages et aux mille noms.

Cette série, à la base, n’en était pas une, puisque les 17 épisodes ont été publiés, sans autre distinction que le nom de l’auteur, dans la collection « Police et Mystère » au milieu de plusieurs centaines de fascicules de 64 pages contenant des récits d’environ 18 000 mots de divers auteurs, vers la fin des années 1930.

Ces 17 morceaux de bravoure durant lesquels un agent secret poursuit un génie du crime se cachant derrière des masques, des identités, capable de se grimer en n’importe qui, et nommant ses affidés par des numéros n’est pas sans rappeler, évidemment, les aventures de Fantomas, de Pierre Souvestre et Marcel Allain.

Mais l’on sait que derrière Claude Ascain, l’auteur des épisodes, se cache l’auteur Henry Musnik né au Chili en 1895. Et Henry Musnik, sous de nombreux pseudonymes (Jean Daye, Pierre Dennys, Pierre Olasso, Alain Martial, Gérard Dixe…) eut une production impressionnante même si, pour cela, il usa de certaines astuces et de certains artifices. D’une part, pour écrire plus vite, dans un format court, il n’hésitait pas à proposer des personnages déjà ancrés dans l’imaginaire des lecteurs, car inspirés de héros de la littérature populaire comme Arsène Lupin, les détectives du roman noir à l’américaine, etc. De l’autre, des rumeurs l’accusent d’avoir fait des traductions pirates d’épisodes de séries anglo-saxonnes comme « Sexton Blake ».

Mais ce qui est certain, c’est qu’il n’hésita pas à réutiliser certains de ses textes en changeant les titres, les noms des personnages, de pseudonyme pour les proposer à différents éditeurs.

Malgré cela il reste un auteur très prolifique entre 1930 et la fin des années 1950.

L’ÉTRANGE DOCTEUR NATTLIFE

L’agent américain Dillwood, sous sa couverture d’avocat, débarque dans le village de Spotstown, non loin de New York, où demeurait Bill Gibson, un inconnu l’ayant contacté à plusieurs reprises pour lui faire part de sa crainte d’être assassiné. Celui-ci, mystérieusement disparu pendant une semaine, vient d’être retrouvé mort, la tête explosée par une balle de revolver…

Le docteur Nattlife, dont le défunt était un patient, est enlevé avec fracas quelques heures après avoir discuté avec Dillwood.

Alors que Spencer Dillwood n’imagine pas que l’affaire puisse encore être plus surprenante, il reçoit la visite de son ami Daniel MARSANT, du Deuxième Bureau, qui lui demande son aide pour mettre la main sur le Grand Maître, ce génie du mal aux cent visages et aux mille noms.

Car Daniel MARSANT, en France, a intercepté un message de son ennemi destiné à un comparse et le prévenant qu’il réside à… Spotstown…

Spencer Dillwood, agent américain ami de Daniel Marsant, s’occupe d’une bien étrange affaire. Bill Gibson, un homme qui l’avait contacté en tant qu’avocat (sa couverture) en lui clamant qu’il craignait d’être assassiné, vient d’être retrouvé, la tête explosée, après avoir disparu pendant une semaine. Il se rend avec l’agent Todd à Spotstown, village où résidait son client.

Alors qu’il est au téléphone avec la préposée du central téléphonique pour entrer en contact avec le Docteur Nattlife, médecin de la victime et aussi son légataire universel, il entend un bruit sourd et la conversation est coupée.

Peu importe, il s’en va tout de même rencontrer le docteur Nattlife, un étrange bonhomme qui répond à toutes ses questions.

Désireux de savoir si la standardiste n’a pas fait un malaise, il se rend au central téléphonique du village voisin et la découvre morte, d’un coup de couteau dans le dos. En revenant, sa voiture est accrochée par une autre qui prend la fuite. À Spotstown, il apprend qu’une fusillade a éclaté et que le docteur Nattlife a été enlevé dans une voiture dont la description correspond à celle qui l’a accidenté.

Pensant que l’affaire ne peut être plus compliquée, il déchante quand Daniel Marsant débarque pour lui annoncer qu’il a besoin de lui pour arrêter son ennemi juré le Grand Maître qui se trouver à… Spotstown.

On retrouve donc Daniel Marsant dans une nouvelle aventure le confrontant au Génie du Mal, le Grand Maître.

Pour autant, c’est Spencer Dillwood qui ouvre le bal et devient le personnage central de la première partie de l’histoire.

Rien de bien nouveau dans ce récit de 18 000 mots dans lequel l’auteur reprend toutes les recettes des précédents épisodes.

Effectivement, l’histoire débute comme un roman policier classique avec un crime, crime qui, le lecteur s’en rend compte en cours de lecture (même s’il s’en doutait au départ), le Grand Maître est mêlé. Poursuites, attentats, re poursuites, actions, violences… et le Grand Maître fini par s’échapper grâce à son intelligence et un tour de passe-passe. Puis scène finale dans laquelle Daniel Marsant raconte à un personnage tiers (ici, Dillwood) tout ce qu’il a compris de l’affaire et que l’autre n’avait pas saisi.

Certes, l’ensemble est suffisamment enlevé et dénué de temps mort pour remplir son office de proposer un moment de lecture agréable, mais comme on commence à connaître les ficelles, on aimerait que l’auteur change un peu de recette pour nous surprendre.

Car, effectivement, le lecteur saisit bien plus rapidement que Dillwood et que Marsant les tenants et les aboutissants de chaque scène, ce qui est un peu dommage, car, ne pas savoir où l’on va peut faire du bien parfois.

Malheureusement, vu le format et les conditions d’écriture, on se doute que l’auteur n’avait pas les moyens d’innover, pas le temps, et sûrement pas l’envie.

D’autant qu’il faut se rappeler qu’à l’époque, les épisodes de cette lutte entre Daniel Marsant et le Grand Maître étaient disséminés parmi des centaines de fascicules de la collection « Police et Mystère » ce qui fait que les lecteurs assidus, entre deux confrontations, avaient d’autres aventures avec d’autres héros à dévorer.

Au final, rien de révolutionnaire dans l’épisode ni dans la série, on peut s’en plaindre ou apprécier de retrouver les mêmes recettes.