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Le 25 septembre 1895, à Punta Arenas, au chili, naissait Henry Musnik.

Peut-être ce nom ne vous dit-il rien ? Et si je vous annonce quelques-uns de ses pseudonymes ? Claude Ascain, Pierre Olasso, Alain Martial, Jean Daye, Pierre Dennys, Gérard Dixe… ceux-ci vous évoquent-ils quelque chose ?

Probablement non ! Et pourtant, combien de ses lecteurs sont à compter parmi vos parents, vos grands-parents et vos arrières grands-parents ?

Car, ce journaliste sportif fut également l’un des grands pourvoyeurs de la littérature populaire fasciculaire française entre le début des années 1930 et la fin des années 1950.

S’il œuvra dans différents genres, c’est avant tout et surtout vers le genre policier que se dirigea son immense production.

Durant deux siècles, on retrouve ses récits un peu partout, chez divers éditeurs, dans de multiples collections fasciculaires et si on peut lui accorder quelques séries avérées (« Les enquêtes du commissaire Benoit », à ne pas confondre avec une autre série éponyme, « Les enquêtes du commissaire Lenormand » dont il ne fut pas le seul auteur, « Mandragore », une courte série de longs romans…) il est pourtant difficile de dénombrer ses personnages récurrents tant on en retrouve disséminés dans différentes collections plus généralistes comme « Police et Mystère » des éditions Ferenczi, vers la fin des années 1930.

C’est dans cette collection de plusieurs centaines de titres dont une bonne part est signée de différents pseudonymes de l’auteur, que l’on retrouve le personnage de Jack Desly, un gentleman-cambrioleur inspiré par Arsène Lupin, mais en beaucoup plus sobre. Sobriété de format (fascicules de 64 pages contenant des récits de 18 000 mots), de moyens (Jack Desly n’a pour seul collaborateur son domestique annamite, Nan-Dhuoc), d’ambition, d’orgueil, de folie, de démesure et d’ennemis (le seul inspecteur Arthème Ladon).

Les aventures de Jack Desly s’étalent sur 25 épisodes.

« L’énigme du portrait », publié en 1937, n° 289 de la collection « Police et Mystère », est la douzième aventure du cambrioleur.

L’ÉNIGME DU PORTRAIT

Quand Jack DESLY, gentleman-cambrioleur de son état, aperçoit Yabok, un receleur avec qui il a déjà travaillé, descendre d’un taxi et demander au chauffeur de rester à sa disposition, il est persuadé que le vieil homme s’attelle à une magouille rémunératrice.

En effet, au vu de la pingrerie légendaire du gredin, la course devait être réglée par un émissaire peu regardant.

Curieux, Jack DESLY décide d’attendre au bas du bâtiment dans lequel le fourgue est entré.

Il le voit sortir au bout de quelques minutes, un tableau sous le bras, et s’engouffrer dans le véhicule.

Une jeune femme émerge alors de l’immeuble, affolée, visiblement à la recherche de quelqu’un.

Poussé par son esprit chevaleresque et le charme de la demoiselle, il s’approche d’elle pour la réconforter et ne tarde pas à apprendre qu’on vient de lui voler un portrait de fillette, sans valeur autre que sentimentale.

Mais Jack DESLY sait que Yabok n’est pas du genre à se déplacer pour rien…

Jack Desly croise le père Yabok, un vieux receleur avec lequel il travaille parfois. Celui-ci descend d’un taxi et demande au chauffeur de l’attendre un long moment. Étonné d’une telle dépense de la part d’un tel pingre, Jack se dit qu’il doit y avoir une bonne affaire là-dessous et il décide d’attendre. Il voit le père Yabok ressortir rapidement d’un bâtiment, un tableau sous le bras, s’engouffrer dans le véhicule et donner une adresse qu’il connaît. Puis une jeune femme sort du même bâtiment, affolée, à la recherche de quelqu’un. Jack Desly lui propose alors son aide, et finit par apprendre qu’on vient de lui voler un portrait de jeune fille qui était dans sa famille depuis des générations. Chose incompréhensible, le tableau n’a aucune valeur marchande, juste sentimentale.

Autant pour aider la jeune femme que parce qu’il se doute que si Yabok a agi ainsi, c’est qu’il y a de l’argent à se faire, Jack décide de lui apporter son aide…

On retrouve donc Jack Desly dans une aventure dans la lignée des précédentes.

L’histoire, assez simple, format court oblige, est développée à partir du même moule que les autres aventures.

Effectivement, chaque épisode propose une affaire à laquelle Jack Desly va participer, soit qu’il avait prévu d’accaparer un bien, soit mû par l’esprit chevaleresque, celui de justice ou celui d’aventures. L’inspecteur Arthème Ladon, son ennemi juré, va entrer dans la danse à un moment ou à un autre, les péripéties et les dangers vont s’enchaîner, Nan-Dhuoc, l’Annamite, sauvera son Maître d’un quelconque danger, Jack Desly livrera un méchant à Ladon et lui s’en sortira les poches pleines et, parfois, aux bras de la belle de l’histoire.

Certes, ne cherchons pas d’originalité dans ces histoires à la narration linéaire, juste, apprécions ces aventures pour ce qu’elles sont, d’agréables divertissements, qui peuvent être également lus comme des témoignages sur la vie d’une époque.

Effectivement, on découvre que tout le monde fume, et que, même quand les auteurs se veulent xénophiles et ouverts d’esprits, leurs propos, aujourd’hui, sembleraient insupportables à tout un chacun.

Ainsi, l’auteur appelle l’Annamite, « Jaune », que Desly le surnomme « Nez-Court », qu’il soit dit que, comme tous les gens de sa race, Nan-Dhuoc est impassible, qu’il ait une souplesse simiesque…

Et pourtant, il est évident que le personnage de Nan-Dhuoc est mis en valeur, pour l’époque, que l’homme est plus qu’un domestique pour Desly, presque un ami et que l’auteur se veut ouvertement ouvert et tolérant.

Malgré cela, le personnage de Nan-Dhuoc est un atout pour l’épisode, pour Jack Desly, mais également pour la série, du moins est-il un personnage un peu plus intéressant bien qu’en retrait.

Pour le reste, pas de temps mort, un épisode rythmé, de l’action, des déguisements, des dangers, des pièges, un peu de sentiment et une fin heureuse. Que demander de plus pour un tel format ?

Au final, un épisode aussi plaisant que les précédents.