Arsène_Lupin_-_813_-_affiche_de_Poulbot

« 813 » est une aventure, double aventure, rocambolesque et passionnante d’Arsène Lupin, le gentleman cambrioleur né de la plume de Maurice Leblanc.

Est-il encore besoin de présenter et le personnage et l’auteur ? Je serai tenté de dire « Oui » puisque, moi-même, bien qu’étant un passionné de littérature populaire du début du XXe siècle, j’avais une idée erronée de l’un et de l’autre.

Car, Maurice Leblanc (1864 - 1941), n’était pas un simple auteur de littérature populaire, mais un romancier ambitieux dépassé par le succès de son personnage comme l’a pu être, avant lui, Conan Doyle face à son Sherlock Holmes.

Est-ce la raison pour laquelle, l’un comme l’autre, a tenté de détruire sa création, la plongeant dans une mort certaine ? Très probablement.

Mais le succès et la liesse populaire est autant une malédiction qu’une bénédiction pour certains auteurs et quand tout le monde vous réclame de nouvelles aventures de votre personnage, il est difficile de refuser et impossible de proposer autre chose.

Quant à Arsène Lupin, j’en avais l’image d’un cambrioleur mondain certes un peu fantasque, mais relativement simple à cerner. Il n’en est rien ! Arsène Lupin est un personnage fort et complexe, sensible et ambitieux, courageux et présomptueux…

« 813 » marque un tournant dans la carrière d’Arsène Lupin.

Déjà parce qu’il fut publié en feuilleton dans le Journal en 1910 là où les précédentes aventures étaient parues dans le magazine « Je sais tout ». C’est dire la promotion pour le personnage et son auteur d’être propulsé au-devant d’un des quotidiens les plus lus de son époque.

Ensuite parce que le roman est plus grand, plus dense, plus ambitieux que le précédent ou les nouvelles d’avant.

Aussi parce que, au lieu de se pencher sur le passé comme c’était le cas dans « L’aiguille creuse », le roman s’intéresse au présent et, surtout, à l’avenir puisqu’il est question du conflit avec l’Empire allemand et la restitution de l’Alsace et la Lorraine qui interviendra près de dix ans après la parution du roman.

Enfin, par l’ambition ! Ambition de l’auteur, de l’intrigue et du héros.

Ambitieux, Maurice Leblanc, de vouloir traiter, dans un feuilleton populaire, de ces sujets complexes !

Ambitieuse, l’intrigue qui navigue depuis un simple crime jusqu’à un possible bouleversement géopolitique !

Ambitieux, surtout, Arsène Lupin, qui ne se contente plus de voler les riches, mais veut, désormais, être le Maître de l’Europe, diriger dans l’ombre, obtenir le pouvoir.

813 :

Rudolf Kesselbach est assassiné dans son bureau, on retrouve sur son corps une carte de visite d’Arsène Lupin !

Comment, Arsène Lupin serait encore vivant ? Voilà quatre ans qu’il ne donnait plus signe de vie, tout le monde le pensait mort !

Devant l’évidence, le chef de la sûreté Lenormand ne croit pas en la culpabilité d’Arsène Lupin. Ce dernier n’a jamais versé le sang.

Et pourtant, l’ombre d’Arsène Lupin plane bien sur cette affaire, le gentleman cambrioleur cherche à s’approprier le secret de Kesselbach dans le but de devenir Maître de l’Europe et de la diriger dans l’ombre…

Mais pour cela, il devra contrecarrer les plans d’ennemis ayant le même but et, surtout, d’un terrible assassin invisible qui n’hésite pas à se débarrasser de ses alliés quand ils deviennent trop gênants.

Arsène Lupin, malgré sa force, son intelligence et son courage, pour la première fois, connaîtra la peur et l’angoisse face à ce monstre sanguinaire et insaisissable ! De quoi devenir fou !... Plus encore qu’il ne le croit…

L’assassinat de Kesselbach est retentissant. Déjà parce qu’Arsène Lupin, que l’on croyait mort, revient sur le devant de la scène. Ensuite parce qu’il sera suivi d’autres exécutions sanglantes et mystérieuses. Enfin, parce que le but du génial cambrioleur, ainsi que de ses ennemis, est ni plus ni moins de tenir le destin de l’Europe entre leurs mains…

On retrouve donc un personnage toujours aussi fantasque, ambitieux, cabotin, vantard, généreux, passionné, mais qui montre aussi d’autres facettes de lui : la soif du pouvoir, l’obsession, la peur, l’angoisse, le renoncement…

On le quittait désespéré après le décès de la femme qu’il aimait, on le retrouve encore plus flamboyant, plus ambitieux, plus taquin, plus cabotin, plus volontaire… mais cela va-t-il durer face au pire ennemi qu’il a jamais eu à combattre.

Car, si la grandeur d’un héros se mesure à celle de son ennemi, Arsène Lupin pouvait entrer au panthéon des grands personnages après ses luttes avec Herlock Sholmes ou le jeune Isidore Beautrelet.

Pourtant, cette adversité n’était rien comparée au monstre sanguinaire et invisible qu’il va devoir combattre. Car, en plus de rivaliser d’intelligence et de moyens avec lui, celui-ci a un avantage sur Arsène Lupin, il n’hésite pas à tuer ceux qui le gênent et il ne s’en privera pas.

Ambitieux, donc, que ce récit, cette intrigue qui démarre par un simple meurtre, la quête d’un secret, puis d’un homme, puis de lettres dans le seul but de conquérir l’Europe toute entière.

Pour ce faire Arsène Lupin montrera donc d’autres facettes de sa personnalité et pas forcément les plus sympathiques. Manipulation, mépris de l’autre, il n’hésitera pas à traumatiser celui dont il veut se servir et à manipuler l’être le plus cher à son cœur pour obtenir ce qu’il désire.

Parfois drôle, parfois exaltant, toujours ambitieux, ce récit rocambolesque, tout comme le précédent, s’inscrit dans l’Histoire avec un grand H. L’histoire passée, comme dans « L’aiguille creuse », mais également dans l’histoire présente (à l’époque de l’écriture du récit) à travers la rivalité des royaumes qui a bouleversé la géopolitique européenne, mais surtout la future avec la recherche du moyen de reconquérir l’Alsace et la Lorraine qui redeviendront françaises en 1919, soit 9 ans après la publication du récit.

Sans temps mort, s’appuyant sur une intrigue mouvementée et complexe, Maurice Leblanc ne se contente pas de s’amuser avec son personnage fantasque, il lui offre encore une fois une véritable histoire pour s’épanouir, chose pas si fréquente que cela dans la littérature populaire qui se doit d’aller au plus vite, dans l’écriture, dans la publication et, par ce fait, ne s’embarrasse pas souvent de complexité.

Paradoxalement, les faiblesses affichées par Arsène Lupin finissent par le rendre encore plus fort, ses défauts par le rendre plus attachant et le final donne envie de découvrir sa prochaine aventure.

Au final, un récit prenant, enthousiasmant, virevoltant et, surtout, ambitieux pour un récit de littérature populaire. À redécouvrir d’urgence.