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On ne présente plus Pierre Siniac ! Bon, si, on doit tout de même le présenter à la plupart des lecteurs, car, bien qu’il écrivît beaucoup et qu’il soit encore beaucoup lu, il demeure dans une solitude et un certain anonymat qui résonne avec sa vie et sa mort…

Pierre Siniac (1928 - 2002), de son vrai nom, Pierre-Mitso Zakariadis, aurait pu être un personnage de ses propres romans.

Solitaire, taiseux, moitié sourd, il vécut avec sa mère jusqu’à la mort de celle-ci, puis seul jusqu’à la sienne.

Ne voyant personne, ne recevant personne, il vivait avec et pour les livres, passant ses journées à taper sur sa machine à écrire.

Seul, il le fut jusqu’à son décès et même bien des jours après puisqu’il ne fut découvert qu’un mois après sa mort quand l’odeur s’échappant de son appartement fut trop forte pour ne pas être remarquée.

Alors qu’il dynamita la « Série Noire » de Gallimard, avec les aventures de Luj Inferman ' et La Cloduque, qu’il fut publié dans la collection « Le Masque », qu’il fut adapté à la télévision, et au cinéma, de façon posthume, en 2015, par Jean-Pierre Mocky, mais, surtout, en 1984, par Henry Vernueil, avec « Les Morfalous » mettant en scène Jean-Paul Belmondo, Jacques Villeret, Michel Constantin, Marie Laforêt (avec sa réplique culte quand François Perrot meurt électrocuté en pissant sur un câble électrique dénudé et que Marie Laforêt, dit « C’est bien la première fois qu’il fait des étincelles avec sa bite ! »), Pierre Siniac mourut dans un certain anonymat, même du brocanteur qui acheta une bouchée de pain le contenu de son appartement, dont certains manuscrits.

Bref.

« Des amis dans la police » est un court roman publié en 1989 dans la collection « Le Masque ».

Des amis dans la police :

Certains jouent aux boules ou tapent la belote. Pas lui. Depuis qu’il est à la retraite, l’Albinos dévore des livres, achetés d’occasion chez le bouquiniste du coin : romans policiers, d’espionnage et de temps en temps un ouvrage sérieux, saisi au hasard dans l’étalage. Au hasard ? N’est-ce pas à son intention qu’on a glissé dans un volume ce petit rectangle de carton très menaçant : Je sais que vous avez tué une femme. Ce crime parfait est resté impuni, mais ça pourrait changer ?
Après tout, ils ne doivent pas être si nombreux les clients du bouquiniste qui, comme l’Albinos, ont tué une femme…

L’Albinos, un ancien flic à la retraite travaillant comme gardien de nuit, passionné par la lecture passe régulièrement chez les bouquinistes pour faire le plein. Dans le lot, il prend toujours un roman roman (en opposition aux romans de genre). Ce jour-là, c’est un roman de Françoise Sagan. Quand il l’ouvre, pour le feuilleter un peu plus loin, il découvre entre les pages un carton sur lequel est inscrit « Je sais que vous avez tué une femme. Ce crime parfait est resté impuni, mais ça pourrait changer ».

Le soir, en rentrant, il s’écroule dans sa salle de bain. Mort ! Crise cardiaque. Sa compagne, alors, découvre le mot et imagine que c’est à cause de ce message que son homme est mort. Il portait un terrible secret. Elle a désormais peur pour elle et demande de l’aide à un ami d’enfance de l’Albinos, lui aussi ancien policier, d’enquêter pour savoir qui a mis ce carton dans ce livre…

Bon, je vais probablement faire plus court pour donner mon avis sur ce livre que pour ma présentation liminaire.

J’ai peu lu Siniac, pas assez, sûrement, et j’ai rarement été convaincu par la plume de l’auteur. La première aventure de Luj Inferman ' et La Cloduque était trop farfelue (ou pas assez) pour moi, du moins, n’étais-je pas entré dans le délire de l’auteur. « La câline inspirée » ne m’avait inspiré qu’un ennui poli, n’étant pas subjugué, loin de là, par l’intrigue.

Ici, c’est un peu des deux. Je trouve, contrairement à d’autres lecteurs, que l’intrigue est d’une grande faiblesse et est le principal défaut du roman.

L’histoire débute par un évènement (que l’on découvre plus tard), difficilement crédible, pour se poursuivre par une succession d’actes tout aussi peu plausibles.

Certes, l’auteur nous livre un rebondissement final qui jette une lumière différente sur toute l’histoire, mais cette révélation (dans laquelle sont compris les fameux évènements) est faite à travers une confession qui, elle aussi, ne semble pas vraisemblable de la part du confesseur.

Et cette histoire, au final assez simple, a été faussement complexifiée grâce à ces artifices qui, selon moi, ne tiennent pas la route.

Pourtant, l’idée de base pouvait donner une belle intrigue avec cette accusation par livre interposé. Savoir qui avait placé ce message-là, comme l’auteur dudit message pouvait deviner quel livre achèterait celui qu’il visait…

Mais non, tout n’est que faux semblant… jusqu’au roman, qui devient faussement intéressant.

Heureusement, celui-ci est suffisamment court pour que la farce ne soit pas trop indigeste. Siniac savait que les plaisanteries les plus courtes…

Alors, suis-je Siniaco sceptique ou bien n’ai-je pas encore trouvé le roman qui me réconciliera avec l’auteur ???

Au final, court, à l’intrigue faussement complexe et difficilement crédible, une lecture qui n’a pas le temps d’être indigeste, mais qui ne laissera pas de trace indélébile de l’auteur dans ma mémoire.