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Marcel Priollet, je vous en ai tant parlé que vous ne pouvez ignorer que cet homme fut un auteur de littérature populaire fasciculaire qui œuvra entre 1910 et 1960 et dont l’immense production s’étale dans des genres aussi variés que les récits d’aventures, jeunesse, fantastiques, dramatico-sentimentaux ou policiers.

Sous son nom ou sous divers pseudonymes (René Valbreuse, Henry de Trémière, R. M. de Nizerolle, Marcelle-Renée Noll), il alimenta de nombreuses séries fasciculaires contant les malheurs de jeunes femmes (« Trompée au seuil de la chambre nuptiale », « la mariée aveugle », « Mère à quinze ans »…) ou des enquêtes policières (« Old Jeep et Marcassin », « Monseigneur et son clebs »…).

Mais ses personnages récurrents n’ont pas été cantonnés qu’aux séries dédiées, ils se retrouvent aussi au milieu d’autres titres de collection plus généraliste comme c’est surtout le cas, vers 1936, dans la collection « Les Grands Détectives » des Éditions Modernes où sur les 71 titres signés Marcelle-Renée Noll sur les 96 de la collection, on retrouve plusieurs fois certains personnages dont le détective radiesthésiste Claude Prince, l’inspecteur principal François Pessart, l’inspecteur de la Brigade Mondaine Bob Rex ou encore le détective Sébastien Renard.

C’est ce dernier que l’on croise dans « La maison des suicidés », n° 65 de la collection « Les Grands Détectives », un fascicule de 22 pages contenant un récit indépendant de 7 400 mots.

LA MAISON DES SUICIDÉS

Edwige Masson a trouvé une place d’institutrice auprès de la fille du célèbre romancier Martial Serjac.

Arrivée à la gare de Douarnenez, un fermier accepte de l’amener en carriole au domaine de Loc-Kern, propriété perdue sur la lande et louée par l’écrivain.

En route, le vieil homme la met en garde contre l’ambiance de la demeure, assurant que celle-ci est hantée. Il en veut pour preuve que les trois derniers locataires se sont tous suicidés entre ses murs.

Durant sa première nuit à Loc-Kern, Edwige est brutalement réveillée par un coup de feu !...

Edwige s’est fait embaucher chez le romancier Serjac pour servir d’institutrice à sa jeune fille Hubert.

Mais comme cette dernière a une santé fragile depuis la mort de sa mère, les Serjac se sont installés dans une maison isolée sur la Lande, près de Douarnenez.

À la descente du train, Edwige ne trouver qu’un fermier pour l’amener au domaine de Serjac. Pendant le trajet, le vieil homme lui conte que la demeure où elle se rend est hantée, que les derniers locataires se sont tous suicidés dans les murs sans raison particulière.

Mais Edwige ne croit pas en ses légendes.

Pourtant, le soir même, alors qu’elle dort, elle est réveillée par une détonation !

On ne dira jamais combien le format fasciculaire était un format où les auteurs s’épanouissaient difficilement. Dans la plupart des fascicules de 32 pages, l’auteur avait environ 10 000 mots pour tenter de livrer un récit complet avec plusieurs personnages, une petite intrigue, si possible une ou deux fausses pistes, un suspect finalement innocent et un rebondissement final.

Parvenir à ce résultat en si peu de mots n’était pas une sinécure. Seuls quelques rares écrivains sont parvenus à s’en sortir avec les honneurs (Charles Richebourg, Maurice Lambert, René Byzance, J. A. Flanigham…).

Alors, quand, au lieu de 32 pages, vous n’en avez plus que 22 et que de 10 000 mots, vous devez vous restreindre à 7 500… (en sachant que dans la collection « Les Grands Détectives » même les fascicules de 32 pages contenaient guère plus de 7 500 mots) c’est vous dire la gageure.

Si on ajoute à cela que Marcel Priollet signa 71 titres sur 96, on se doute de la cadence d’écriture qu’il devait soutenir (d’autant que ce n’était pas la seule collection ni le seul éditeur à attendre ses productions).

Aussi, on pardonnera à l’auteur d’user de trop d’artifices pour faire avancer ses intrigues et de souvent voire toujours la même, compter sur le hasard pour apporter des fausses pistes et de suspects innocents.

C’est une nouvelle fois le cas dans cette histoire qui, en plus, sur le fond, rappelle quelque peu une autre enquête de Sébastien Renard, « La maison de la falaise ».

Cependant, on ne peut occulter que cette facilité, même si elle est quasiment inhérente au format (mais certains auteurs ont démontré que ce n’était pas une fatalité) gâche un peu le plaisir de lecture puisqu’on ne peut s’empêcher de remarquer ce hasard comme le nez d’un nasique au milieu de sa figure.

On notera également que Sébastien Renard apparaît bien tardivement et bien brièvement même si c’est bien lui qui résout l’enquête.

Mais si on parvient à faire abstraction de ces défauts, le texte est plutôt agréable à lire et comble sympathiquement un petit moment de lecture. On ne lui en demandera pas plus.

Au final, petit récit, petite lecture, petit plaisir… et c’est déjà pas mal.