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Revenons aux aventures de Jack Desly, le gentleman cambrioleur né de la plume de Claude Ascain alias Henry Musnik.

Pour rappel, Henry Musnik, bien que né au Chili en 1895, fut l’un des plus importants pourvoyeurs de la littérature populaire fasciculaire française.

Son immense production, signée de nombreux pseudonymes (Claude Ascain, Gérard Dixe, Pierre Olasso, Jean Daye, Pierre Dennys, Alain Martial, Florent Manuel, Chistian d’Axel, Paul Braydunes, Pierre de Queyrac, Henri d’Alzon…) est certes gonflée artificiellement par les multiples rééditions, les textes retouchés en changeant les noms des personnages en les signant de différents pseudonymes et, dit-on, de traductions pirates d’épisodes de séries de langue anglaise (comme Sexton Blake), elle n’en demeure pas moins impressionnante sur seulement 30 ans. Et encore, on ne peut comptabiliser toutes les nouvelles publiées dans les magazines, ni les articles, car Henry Musnik était également journaliste sportif, mais pas que…

Si l’auteur s’est exercé aux différents genres à la mode à son époque, c’est principalement vers le genre policier que sa plume s’est dirigée.

Il n’est donc pas étonnant de constater qu’Henry Musnik développa un nombre incroyable de personnages récurrents. Si rares ont eu l’honneur d’une série éponyme et dédiée (on citera Mandragore, par exemple, pour rester dans le genre policier), la plupart de ses héros virent leurs aventures noyées dans la masse de collections généralistes parmi les textes de nombreux autres auteurs.

C’est pour les éditions Ferenczi et leurs collections policières (« Police et Mystère », « Police », « Mon Roman Policier », « Le Verrou »…) que Musnik développa plusieurs de ces personnages, dont Jack Desly, un cambrioleur sympathique toujours accompagné de son domestique Annamite, Nan-Dhuoc.

C’est dans la collection « Police et Mystère » que le lecteur de l’époque a pu découvrir, parmi les centaines de titres la composant, 25 aventures du personnage, toutes signées Claude Ascain, et ce à partir de 1937.

« Le ricanement dans la nuit », n° 293 de ladite collection, est la 13e aventure du cambrioleur et est parue à la fin décembre 1937.

LE RICANEMENT DANS LA NUIT

Jack DESLY, le gentleman cambrioleur, décide de louer sous un faux nom un appartement dans un château de Touraine accueillant de riches touristes pour des congés de plusieurs semaines.

Son but n’est pas de prendre du repos, mais de profiter du séjour pour lister et évaluer les bijoux des différents hôtes puis de se les approprier avant de mettre les voiles.

Un matin, Miss Bullspeed, fille d’un millionnaire américain, assure avoir reçu la visite, durant son sommeil, d’une créature bondissante qui s’est envolée par la fenêtre.

Bientôt, dans la nuit, se font entendre d’étranges ricanements et cris gutturaux dans le parc.

Or, Jack DESLY n’est pas au bout de ses surprises. Après avoir fait main basse sur le collier de Miss Bullspeed, il apprend par Nan-Dhuoc, son serviteur annamite chargé de vendre l’objet à un receleur, que les perles composant la parure sont fausses…

Décidément, il se passe de drôles d’événements au château de « La Huchette »…

Jack Desly et Nan-Dhuoc se font passer pour des touristes en réservant chacun un appartement, sous une fausse identité, dans le château de La Huchette en Touraine. Le but ? Observer les riches hôtes de passages afin de profiter d’une nuit pour subtiliser leurs bijoux. Mais des choses étranges se passent à la Huchette, la nuit.

Déjà, Miss Bullspeed prétend qu’une étrange créature est entrée dans sa chambre et s’est enfuie, à son réveil, par la fenêtre. Ensuite, des cris gutturaux retentissent parfois la nuit.

Enfin, quand Jack parvient à s’approprier un collier de perles, Nan-Dhuoc, qui devait l’apporter à un receleur, lui apprend que celui-ci est faux.

Et puis, cette Miss Anthony qui semble en savoir plus qu’elle n’en dit ! et le propriétaire du château, le vieux de Valdier, qui se promène, la nuit, dans le parc…

On retrouve donc Jack Desly et Nan-Dhuoc dans une aventure d’un peu plus de 18 000 mots. Aventure classique puisque l’on y croise à la fois les deux héros, mais également, vers la fin, l’inspecteur Arthème Ladon, l’ennemi juré, mais pas tant que ça, de Jack Desly.

Classique aussi à cause du cadre, un château, mais également du nœud de l’intrigue qui repose sur un sujet déjà de nombreuses fois usitée par de nombreux auteurs de littérature populaire, depuis Edgar Alan Poe jusqu’à Henry Musnik en passant par H.R. Woestyn, Marcel Priollet et tant d’autres.

Je ne ferais pas beaucoup de mystère sur ce « nœud », l’illustration de la couverture d’origine étant par trop explicite.

Pour ce qui est du reste, du texte à proprement parler, je dois avouer que, si j’ai souvent eu la dent dure avec l’auteur, notamment pour ses fascicules de 32 pages, et pour certains en 64 pages, j’apprécie tout particulièrement les aventures de Jack Desly et de Nan-Dhuoc.

On notera le traitement de l’Annamite, que ce soit par Jack Desly, qui l’apprécie, et, surtout, par les autres. On constera alors, qu’heureusement, les mentalités vis-à-vis des étrangers ont bien évolué (malheureusement pas chez tout le monde) et que, même les propos de Jack Desly choqueraient dans la bouche d’une personne de nos jours.

Certes, le sujet fait que le texte a un peu vieilli, mais, tout de même, le récit est plaisant à lire et Jack Desly et Nan-Dhuoc forment un bien sympathique duo.

Au final, nouvelle aventure de Jack Desly, nouveau plaisir de lecture, un petit récit policier d’aventure fort sympathique.