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J’aime découvrir de vieux auteurs… si anciens qu’ils étaient déjà morts depuis belle lurette avant même que mes parents n’aient eu la bonne idée de se fréquenter.

D’autres fois, j’apprécie de faire la connaissance avec de jeunes auteurs. Jeunes de par leur carrière d’écrivain. Jeune, parfois, au point où je pourrais les appeler affectueusement « fiston » pour peu que j’apprenne à les connaître et à les apprécier. Cela ne me rajeunit pas, mais, heureusement, je fréquente peu de personnes et j’en apprécie encore moins.

C’est un peu dans le second cadre que je croise la route de Nicolas Duplessier, un auteur qui ne mérite pas le surnom suscité, parce que je n’ai discuté avec et, qu’en plus, il n’est pas assez jeune pour cela.

Ce livre a probablement été choisi, inconsciemment, du fait qu’une partie (ma préférée) de ma famille vient de Melun et que, moi-même, dans une autre vie, j’ai vécu dans cette région.

Peut-être est-ce juste l’idée d’un été pourri qui m’a enthousiasmé (j’aime les oxymores et être à contre-courant).

Bref, la lecture du jour se trouve être « Été pourri à Melun-Plage » de Nicolas Duplessier, son premier roman.

Été pourri à Melun-Plage :

Florian traîne son mal de vivre dans les rues de Melun, entre un boulot minable et une vie sentimentale sans joie.
De morose, son existence devient vraiment pourrie le jour où Roxane, l’ex-grand amour de sa vie, est portée disparue.
Très vite dans la ligne de mire des policiers, Florian doit mener sa propre enquête et se confronter à ses fantômes, découvrant une histoire qui le dépasse et la tonne d’emmerdes qui l’accompagne.
Été pourri à Melun-Plage est un roman noir et cinglant qui raconte la descente aux enfers d’un loser pas du tout magnifique.

Un pauvre type, désabusé de l’existence, vivant une relation plan-plan avec une femme, ayant un boulot de merde, des dettes, recroise, un jour, le grand amour de sa vie qui l’a plaqué par post-it. Ils couchent ensemble, puis la jeune femme disparaît non sans laisser un message affolé sur son répondeur réclamant son aide. Alors, le gus, Florian, va chercher à savoir ce qu’est devenue Roxanne, la garce, et, pour cela, va s’enfoncer jusqu’au cou et jusqu’aux coups dans une galère sans nom dont on ressort, généralement, les pieds devant.

Bon, voilà un roman qui divise, semblerait-il. Certains adorent, le ton décalé, la noirceur, le langage cru, l’histoire. D’autres détestent pour sa violence, sa vulgarité, ses personnages sans âmes…

Et moi, je dois dire que je navigue un peu entre les deux. Pas du tout gêné par la vulgarité inhérente à la narration à la première personne d’un gars paumé. Il est assez rare, quand on est dans ce cas, de dire « je commence à en avoir plus qu'assez » quand la situation devient pénible, on dira plus vraisemblablement un « fait chier ! » ou un truc du genre.

Certes, les allusions phalliques sont nombreuses, mais les mecs sont souvent obsédés par ce petit bout de leur personne. Mais, le problème est plus à mettre sur la recherche de la « punchline » ultime, la phrase-choc que tout le monde retiendra. John McLane clamait « Yippee Ki Yaï, pauvre con ! ». Florian, lui, évoquera plutôt des histoires de saucisses, chacun ses références.

Quant à ce personnage de « loser », difficile de le trouver original, mais, pour autant, il parvient à tenir la distance (courte, comme le roman) grâce à un certain rythme, une histoire pas trop simpliste, quelques rebondissements, et ce malgré des comportements de certains protagonistes, comme le héros, difficilement crédibles.

L’auteur ne se prend pas au sérieux, je n’entends pas par-là qu’il chercher à amuser la galerie tout en s’amusant lui, mais qu’il ne cherche pas à écrire « beau » ou « bon », mais à écrire « juste » même s’il met parfois un peu à côté.

Cependant, pour un premier roman, sa narration et, dans l’ensemble, sa plume sont plutôt maîtrisés, même s’il est, a priori, plus simple d’écrire un roman à la première personne, car cela permet, justement, d’écrire comme l’on cause, ce qui est moins le cas dans une narration à la troisième personne.

On reprochera à l’intrigue quelques facilités, quelques incohérences, qui sont pardonnables, et une fin, stupide, ou, du moins, dans laquelle le héros a une attitude totalement stupide et incompréhensible.

Au final, un premier roman qui ne coche pas toutes les cases du bon roman noir, mais qui ne s’en éloigne pas trop non plus. Prometteur, dirais-je.