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Je poursuis avec un plaisir sans cesse renouvelé ma découverte de la plume et des personnages de Maurice Lambert.

Maurice Lambert, de son vrai nom Georges Duvis (1900 - 1968) est un auteur de littérature populaire dont on sait peu de chose si ce n’est qu’il fut également chansonnier, qu’il écrivit des articles liés à la pêche et qu’il privilégia, dans ses récits, le genre policier.

J’ai déjà évoqué l’auteur pour deux de ses personnages récurrents, le commissaire Mazère et l’inspecteur Machard.

Je découvre aujourd’hui un autre de ses héros : A.B.C. Mine, un quinquagénaire rondouillard et jovial, rentier, ancien de l’administration (laquelle ?) et passionné par le mystère et les petits secrets de chacun. A.B.C. comme Annibal, Blaise, Cyprien.

J’ai pour l’instant identifié 5 enquêtes du personnage, seulement, dont 3 dans la « Collection Rouge » des éditions Janicot, en 1944 et les deux autres, beaucoup plus courtes, sont ajoutées à d’autres nouvelles de l’auteur ou d’un, dans des fascicules des éditions Nicéa en 1945.

« M. Mine et l’homme immobile » semble bien être la toute première aventure du personnage.

L’HOMME IMMOBILE

A. B. C. Mine, un quinquagénaire rondouillard et jovial, un soir neigeux, scrute, au chaud dans son appartement, par sa fenêtre, la rue vide devant chez lui.

Vide ?

Non, un homme emmitouflé fait les cent pas sur le trottoir, semblant mener une faction.

Cette attitude attise la curiosité de M. Mine qui, dès lors, ne peut s’empêcher de l’observer même quand le type s’adosse à un réverbère et ne bouge plus pendant de longues minutes.

L’individu immobile s’est-il endormi ? A. B. C. Mine est rapidement convaincu que son sommeil est désormais éternel.

Se vêtant chaudement, il dévale les escaliers pour se précipiter sur l’inconnu et constate que celui-ci est bien mort… d’une flèche en acier dans le cœur !...

M. Mine, un quinquagénaire opulent, dans tous les sens du terme, rend une visite inopinée à l’un de ses voisins dans l’immeuble où il vient d’emménager. Sans gêne, le bonhomme s’invite chez lui et lui explique qu’il a choisi de se présenter à lui plutôt qu’à d’autres, car seul lui semblait intéressant, du fait qu’il écrivait des romans policiers. D’ailleurs, Mine confesse à son voisin avoir lu son dernier roman et l’avoir trouvé… mauvais, pas crédible. Aussi, décide-t-il de l’inspirer en lui racontant une histoire qui lui est arrivée. Un soir neigeux, alors qu’il observe la rue vide de sa fenêtre, bien au chaud, il remarque un homme qui fait les cent pas puis qui s’immobilise contre un réverbère un peu trop longuement. Pensant tout d’abord que celui-ci s’est endormi, il est vite persuadé qu’il est en fait mort. Effectivement, quand il sort pour se diriger vers l’homme immobile, il constate que l’homme a le cœur transpercé par une flèche d’acier.

Maurice Lambert propose aux lecteurs un nouveau personnage et quel nouveau personnage ! On est loin de l’enquêteur classique dans le personnage de ce jovial rondouillard à la cinquantaine bien tassée, toujours souriant, de bonne humeur, à la limite, parfois de l’ironie.

Si le physique n’est pas sans rappeler Hercule Poirot, A.B.C. Mine n’a pas l’arrogance et l’ego démesuré du détective belge.

De plus, si Maurice Lambert évoque un peu le passé de son personnage, celui-ci admettant avoir fait partie de l’administration, sans vouloir en dire plus, ainsi que le fait que Mine soit connu pour des exploits passés, il n’en demeure pas moins très flou sur le reste. Seulement devine-t-on qu’il est célibataire, puisqu’il vit avec sa seule bonne Honorine.

Maurice Lambert, on le sait déjà en lisant les aventures des deux personnages précités, possède une parfaite maîtrise du format fasciculaire, tant dans la narration que dans la construction des intrigues.

Le seul reproche que l’on pouvait alors faire à ces récits, c’était de s’appuyer sur un héros un peu falot, du moins en ce qui concerne l’inspecteur Machard.

Alors, on se dit, d’entrée de jeu, à la lecture d’un prologue extrêmement bien senti, qu’avec un personnage un peu plus complexe et plus sympathique, que l’on va vraiment se régaler.

Et cette intuition se révèle juste.

Effectivement, malgré une histoire simple (format court oblige) et une fin qui se devine un petit peu trop vite (il faut dire que l’auteur distille quelques indices révélateurs durant son récit), quel plaisir de suivre l’enquête de ce jovial A.B.C. Mine.

À travers 12 900 mots Maurice Lambert livre ce qu’il y a de meilleur dans le genre et démontre qu’il était un spécialiste du genre et du format et, surtout, donne envie de retrouver le plus vite possible son personnage de A.B.C. Mine même si le lecteur (du moins, moi) est déjà triste à l’idée qu’il n’y a plus que 3 enquêtes et demie à découvrir.

Au final, excellent ! Maurice Lambert démontre une nouvelle fois sa parfaite maîtrise du genre et du format et, en prime, propose un personnage plus attachant et plus complexe que d’habitude.