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On peut être un écrivain sans écrire de romans !

On peut être un écrivain sans que ses écrits soient publiés sous la forme d’un livre !

On peut être un grand écrivain sans être connu de la majorité !

Un homme donne raison à ces trois assertions, son nom : José Moselli. Son surnom : « L’écrivain sans livre ».

Né en 1882 et mort en 1941, José Moselli fut un auteur très prolifique dont l’immense production ne fut destinée qu’à des magazines jeunesses dans lesquels, entre 1909 et sa mort, soit pendant une trentaine d’années, il publia un nombre impressionnant de feuilletons d’aventures, policières ou d’anticipation dont certains s’étaleront sur plus de 15 ans à raison d’une page ou deux par magazine.

Souvent, ses textes étaient accompagnés de bandes de dessins illustrant le récit.

Sous son nom ou divers pseudonymes dont, notamment, Jacques Mahan ou Pierre Agay, l’homme destina l’ensemble de son travail à un éditeur : Offenstadt.

Après une fugue, à 13 ans, José Moselli s’embarque sur des bateaux en tant que mousse. Il parcourut les mers et les océans de la planète pendant quelques années avant rentrer en France et, après quelques péripéties, s’installer définitivement sur terre et se lancer dans l’écriture.

De l’ancre à l’encre, son expérience marine nourrira sa plume, car ses personnages, tout comme lui, parcourront les mers et les pays du monde, offrant ainsi à de jeunes lecteurs, le besoin de dépaysement et d’exotisme qu’ils réclamaient.

Mais ne nous trompons pas, la littérature jeunesse de l’époque n’était pas forcément une littérature simple, voire simpliste.

Ses multiples héros sont alors des aventuriers (Marcel Dunot), des voleurs (John Strobbins ou le baron Stromboli) ou des détectives (Jean Flair, Iko Terouka, M. Dupont, le Club des Trois…)

Et c’est dans cette dernière catégorie que se classent Tom Browning, l’américain et Césaire Rabascasse, le bordelais, deux détectives ayant monté ensemble l’agence Browning et Cie et qui vivront diverses aventures et enquêtes entre 1922 et 1935 dans le magazine Cri-Cri.

Comme souvent et comme d’autres feuilletons d’autres auteurs (« Le petit détective » d’Arnould Galopin, par exemple) ces aventures peuvent se décomposer, à la lecture, en des histoires, des enquêtes, s’enchaînant sans distinction visible et que seuls les lecteurs peuvent identifier au fur et à mesure de leurs découvertes.

C’est également le cas pour « Browning et Cie » dont « Le yacht fantôme » est la 9e enquête : un récit de 18 500 mots.

LE YACHT FANTÔME

Trois personnes – l’une résidant aux environs de New York et les deux autres sur les côtes de l’île de Terre-Neuve – ont été assassinées à quelques heures d’intervalle et au moment de chaque crime, un petit yacht blanc a été vu non loin…

Ce bateau possède des papiers au nom de l’Anita de La Nouvelle-Orléans. Or, l’Anita n’a pas quitté ce port depuis des mois.

Le chef de la police de Saint-Jean de Terre-Neuve fait appel aux célèbres détectives Tom BROWNING et Césaire RABASCASSE.

Mais BROWNING, devant la faible récompense, préfère repartir pour New York afin de rendre visite à son frère, laissant à RABASCASSE le soin d’élucider l’« affaire du yacht fantôme »…

Césaire Rabascasse et Tom Browning sont appelés à Terre-Neuve par le chef de la police locale afin de les aider à résoudre la mystérieuse affaire du yacht fantôme.

En effet, à côté de New York, mais également sur les côtes de l’île de Terre-Neuve ont été assassinées plusieurs personnes et, à chaque fois, l’on a aperçu, non loin, un yacht ancré. Un yacht identifié comme l’Anita.

Mais, deux problèmes rendent la police circonspecte. Le premier est que l’Anita est en rade depuis des mois dans un port et n’a jamais bougé de sa place depuis. Le second, et le plus incompréhensible, le temps mis par le yacht pour se rendre d’un point à un autre, démontre que le navire se déplace à une vitesse jamais atteinte par aucun bateau…

La prime offerte par le chef de la police étant ridicule, Tom Browning préfère ne pas se fatiguer pour si peu et décide de partir à New York pour rendre visite à son frère. Pendant ce temps, Rabascasse décide d’enquêter de son côté.

On retrouve donc les deux détectives dans une nouvelle enquête.

Enquête qui, si elle débute, par une exposition des crimes et du problème, enchaîne ensuite par une narration plus classique.

En effet, une nouvelle fois, les deux enquêteurs vont se séparer volontairement. Si, d’ordinaire, c’est parce que chacun n’a pas la même idée sur la piste à suivre, ici, c’est plutôt parce que Browning décide de ne pas enquêter.

Mais, bien sûr, chassez le naturel, il revient au galop, et Tom Browning va se retrouver à investiguer tout de même.

Cependant, pour une fois, c’est l’américain qui aura plutôt la vedette dans le duo.

Bien évidemment, parce que José Moselli préfère probablement son personnage bordelais, l’américain devra encore beaucoup à son collègue même si, au final, ce sera lui qui aura mené la meilleure enquête.

Si l’histoire démarre avec un mystère intéressant, ce navire qui file à une vitesse hors norme, l’intrigue, elle, demeurera plutôt classique et le récit s’avère encore une fois bien rythmé, sans temps mort et très plaisant à lire, voire, même, plus plaisant à dévorer que les précédents épisodes.

Au final, un bon récit d’aventures policières mettant en scène deux détectives très différents, mais, finalement, complémentaires.