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Poursuivons la découverte de la série « Mister Nobody - L’homme au masque de Satin » d’Edward Brooker, une collection de 16 fascicules de 16 pages contenant des récits indépendants d’environ 12 000 mots et publiée aux Éditions et Revues Françaises en 1946.

Sous le pseudonyme d’Edward Brooker semble se cacher un certain Édouard Osterman, un né en 1904, probablement en Autriche et dont on perd la trace en 1947.

Il fut l’auteur d’un grand nombre de romans policiers et d’espionnage avant, durant la Seconde Guerre mondiale, de se consacrer, pour les éditions ERF, à des séries d’aventures, d’anticipation ou policières telles « Pao-Tchéou, le maître de l’invisible », « Cheston Buxter, du Special Squad » et « Mister Nobody - L’homme au masque de Satin ».

Mister Nobody (dont on ignore la véritable identité) n’est qu’un succédané de tous les gentlemen cambrioleurs qui pullulent dans la littérature populaire depuis le succès du personnage d’Arsène Lupin de Maurice Leblanc.

À défaut, comme son illustre pair, d’avoir des moyens en hommes quasi illimités, probablement du fait du format court, Mister Nobody, lui, ne peut compter que sur son valet, Froggy, de son vrai nom Jonas Cobb.

Cette réduction du « gang » à deux unités, dont l’une est le maître et l’autre le valet se retrouve fréquemment dans la littérature populaire fasciculaire des années 1930 à 1950, notamment chez Henry Musnik qui, sous son nom et pour la série Mandragore, reproduisit un tel schéma, comme il l’avait déjà fait, à la fin des années 1930, sous le pseudonyme de Claude Ascain, avec un autre cambrioleur : Jack Desly.

Comme souvent, c’est le majordome qui se charge de la part humoristique de ce genre de série (tout comme Nan-Dhuoc pour Jack Desly ou Joseph Bloque pour Mandragore), quand le maître, lui, s’octroie le côté charmeur et charmant.

« Le sourire de Vénus » est le second épisode de la série.

LE SOURIRE DE VÉNUS

Mister NOBODY, cambrioleur de son état, est descendu sous couverture dans un chic hôtel cannois afin de prendre des congés bien mérités après une « affaire » fructueuse.

Accompagné de son fidèle majordome Jonas Cobb, alias Froggy, il profite du farniente dans le but de lier connaissance avec une jeune et jolie marquise française.

Pendant ce temps, bien qu’il lui soit interdit de boire en « service », Froggy se rend au comptoir pour se renseigner auprès du barman à propos de la clientèle de l’établissement.

Il apprend qu’un riche diamantaire hollandais est arrivé dans le palace et qu’il est en possession du « Sourire de Vénus » une inestimable gemme.

Mister NOBODY ne compte pas laisser une si belle occasion…

Après s’être approprié le collier de lady Clayworth, Mister Nobody décide de prendre du bon temps, avec son valet Froggy, en descendant sous de fausses identités dans un palace de Cannes.

Sur place, Froggy, bien que son maître lui ait interdit de boire, se rend au bar pour faire causer un peu le barman et en apprendre sur la clientèle.

Les renseignements font état de la présence d’une riche diamantaire hollandais et d’un bijou de grande valeur : « Le sourire de Vénus ».

Mister Nobody ne peut laisser passer une chance de renflouer définitivement ses caisses et envisage un plan pour entrer en possession de l’inestimable gemme.

Le lecteur retrouve donc le duo dont il a fait la connaissance dans le premier épisode : le gentleman cambrioleur, Mister Nobody, et son valet et complice, Jonas Cobb.

Après un premier passage obligé du genre dans une soirée mondaine, c’est à un autre espace de prédilection des gentlemen cambrioleurs que s’attaquent l’auteur et les personnages : le palace.

Personnages classiques, lieux classiques, méthodes classiques, le lecteur habitué au genre littéraire de l’époque ne sera donc ni dépaysé ni surpris d’autant que d’autres occurrences communes se retrouvent dans l’histoire.

On notera que la touche d’humour est un peu plus présente que dans le tout premier épisode et est toujours au détriment du valet, ici. C’est avant tout et surtout à travers le vice du bonhomme et son attrait pour l’alcool que ces traits d’humour passent. Là non plus, rien d’extraordinaire ni d’original, mais ce genre de littérature n’est pas là pour faire dans l’originalité et je serais même tenté de dire, bien au contraire.

Le format fasciculaire, effectivement, oblige les auteurs, par sa concision inhérente, à emprunter les chemins les plus connus pour, à grande économie de mots, permettre aux lecteurs d’entrer dans l’histoire et de s’attacher à des personnages qu’il semble déjà connaître avant même de les croiser.

Aussi, on ne pourra reprocher ce travers qui fait presque partie de la charte de la littérature policière fasciculaire.

Pour ce qui est du reste, si on se doute des deux rebondissements du récit, celui-ci n’en demeure pas moins plaisant à lire, même si on regrettera que l’auteur reste à ce point dans les clous et ne tente jamais quelques embardées.

Au final, un peu plus agréable à lire que le premier épisode, « Le sourire de Vénus » donne le ton de ce que sera probablement le reste de la série. Un bon divertissement, sans plus d’ambition.