NOB03

Je poursuis ma découverte de la série fasciculaire « Mister Nobody – l’Homme au masque de satin ».

Celle-ci, publiée en 1946, comporte 16 titres de 16 pages contenant, chacun, un récit indépendant d’environ 13 000 mots et contant les aventures d’un gentleman cambrioleur, Mister Nobody, et de son valet, ami et complice, Jonas Cobb alias Froggy (car son visage ressemble à une face de batracien).

L’auteur en est Edward Brooker, un auteur assez mystérieux et dont on ne sait pas grand-chose à part, qu’il semble que son vrai nom soit Édouard Osterman et qu’il soit né en 1904.

Toujours est-il qu’après avoir écrit un bon nombre de romans policiers et d’espionnages avant la Seconde Guerre mondiale, puis des séries d’aventures ou d’anticipation, par la suite, on ne trouve plus de traces de lui après 1947.

« La grande colère du Chief-Inspector Fox » est le 3e épisode de la série.

On notera que les couvertures sont, autant le fond que l’illustration, en bichromie, les traits en noir, le reste d’une couleur différente pour chaque titre.

On notera également que certaines illustrations sont signées Robert Dansler (les autres étant probablement à mettre également à son actif).

LA GRANDE COLÈRE DU CHIEF-INSPECTOR FOX

Branle-bas de combat à Scotland Yard !

Mister NOBODY, l’insaisissable gentleman cambrioleur n’en finit plus de faire parler de lui.

Cette fois, c’est le Premier ministre d’un état du Moyen-Orient venu à Londres pour signer un important traité qui en est pour ses frais : sa bague dont l’émeraude enchâssée vaut une fortune lui a été dérobée.

Scotland Yard promet une récompense de mille livres à qui aidera à l’arrestation de Mister NOBODY.

Pourtant, celui-ci est innocent du vol pour lequel il est accusé. Et, vexé que sa tête soit mise à prix pour une peccadille, mais aussi choqué qu’un individu se serve de son nom pour commettre ses larcins, l’homme au masque de satin est bien décidé à se venger de la police et de son « remplaçant ».

Le Chief-Inspector est en colère, il s’est fait remonter les bretelles par l’Intendant du fait de son incapacité à arrêter Mister Nobody, le gentleman cambrioleur qui sévit sur Londres et ailleurs. Sa rage, il la déverse à son tour sur ses subordonnées.

D’autant que, cette fois, Mister Nobody s’est attaqué à un émissaire d’un pays du Moyen-Orient venu signer un important traité en lui volant une bague de grande valeur.

Mais Mister Nobody n’a pas commis ce vol. S’accaparer les biens d’autrui, oui, mais pas au risque de mettre son gouvernement et la patrie en péril. Aussi, vexé, va-t-il chercher qui est ce voleur qui a osé se faire passer pour lui afin de se venger et rabattre le caquet de Scotland Yard…

Dans ce troisième épisode, on sent immédiatement que l’auteur cherche à s’affirmer et à affirmer ses personnages.

Pour ce faire, il cherche à faire marche Mister Nobody dans les pas de ses illustres prédécesseurs en faisant reposer ses intrigues sur les passages obligés d’un genre bien usité.

Ainsi, déjà, dans les épisodes précédents, les lieux des méfaits du cambrioleur étaient d’un « classicisme » assumé.

Ici, l’auteur s’attache à une autre coutume du récit de cambrioleur en confrontant son héros à quelqu’un qui emprunte son nom pour commettre des vols.

Maurice Leblanc l’avait déjà fait dans des aventures d’Arsène Lupin, Henry Musnik l’a fait également, c’est au tour d’Edward Brooker.

L’auteur semble également corriger un petit défaut que je notais dans le début de la série : l’absence d’un ennemi juré, comme le furent Ganimard pour Arsène Lupin, ou Arthème Ladon pour Jack Desly.

Ici, Edward Brooker introduit le personnage du Chief-Inspector Fox, un petit homme ventripotent et énervé, qui revient au moins dans l’épisode suivant et qui s’apprête probablement à prendre le rôle de l’ennemi récurrent du héros.

Pour ce qui est du reste, on retrouve tout de même beaucoup de choses de la série « Jack Desly » de Claude Ascain (Henry Musnik) tant dans les personnages secondaires que dans le style, mais comme certains soupçonnent Musnik d’avoir traduit de façon pirate des épisodes de séries anglo-saxonnes pour gonfler sa production, cette similitude est-elle à mettre sur ces séries-là ???

Dans le plaisir de lecture, on peut placer Mister Nobody à égale distance entre Robert Lacelles et Jack Desly (tous deux d’Henry Musnik) comme les textes le sont en termes de taille (10 000 mots/14 000 mots/18 000 mots) ce qui laisserait entendre que le plaisir, dans ce genre, serait proportionnel à l’espace alloué au récit. Qui sait ?

C’est peut-être d’autant plus vrai que l’on pourrait également rapprocher le plaisir de lecture à celui des aventures de Théodore Rouma, de Jean d’Auffargis dont les récits sont d’une taille équivalent.

Toujours est-il que, sans être exaltantes, ces aventures sont agréables à lire, sans prise de tête, et que le lecteur peut lire chaque récit d’un trait sans souci (moins de 100 minutes de lecture).

Au final, une série qui se met en place d’épisode en épisode et qui s’avère plaisante à défaut d’inoubliable.