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Raaa, qu’il en fit naître des vocations, le fameux Arsène Lupin, le gentleman-cambrioleur !

Certes, ce n’est pas le seul héros de papier dans ce cas et l’on pourrait citer, également, Sherlock Holmes, Fantomas et bien d’autres encore.

Mais force est de constater qu’Arsène Lupin est un exemple parfait pour démontrer que l’ambition des clones était à l’image de celle du format dans lequel ils évoluaient.

Effectivement, qui n’a jamais lu Arsène Lupin ignore probablement les moyens d’hommes, de matériel et de finance que celui-ci possédait pour mettre à bien ses coups.

Les mêmes personnes doivent également ignorer la complexité du personnage…

De tels moyens étalés sur la longueur d’un roman se réduisent drastiquement quand ils sont transposés dans un format fasciculaire, court par essence et par obligation.

Ainsi, la plupart des clones d’Arsène Lupin se voient dotés de moyens bien plus minces, mais également d’un caractère plus élémentaire (mon cher Watson).

C’est ainsi que le gentleman-cambrioleur de fascicule ne possède généralement qu’un comparse, son valet, son majordome, son domestique, quoi, et vole pour assurer son train de vie et non plus avec les ambitions extraordinaires que pouvait avoir le personnage de Maurice Leblanc.

Dans cette gamme de « modèles réduits », on trouve, en 1946, Mister Nobody, un gentleman-cambrioleur, héros d’une série de 16 fascicules de 16 pages, double colonne, contenant des récits indépendants d’environ 12 000 mots.

Il est secondé et accompagné par Jonas Cobb, son valet, qu’il surnomme Froggy du fait que la nature l’a doté d’un visage de batracien.

L’auteur : Edward Brooker, de son vrai nom Édouard Osterman, un mystérieux écrivain né en 1904 et dont on perd la trace vers 1947. Il laisse derrière lui comme héritage de nombreux romans policiers et d’espionnages publiés avec la guerre et quelques séries fasciculaires publiées durant la guerre (la seconde, bien évidemment), dont « Mister Nobody – L’Homme au masque de satin ».

« Aventure à New York » est le 5e épisode de la série.

AVENTURE À NEW YORK

Afin de se faire un peu oublier par Scotland Yard, Mister NOBODY, le gentleman-cambrioleur, se rend à New York, en compagnie de son fidèle valet Jonas Cobb, alias Froggy.

À la sortie d’une boîte de nuit, la voiture des deux hommes heurte une jeune femme qui traversait précipitamment la rue.

Mister NOBODY l’amène dans l’appartement qu’il loue afin qu’elle se remette de ses émotions.

Celle-ci ne tarde pas à leur avouer qu’elle s’est volontairement jetée sous ses roues pour en finir avec la vie pour échapper au chantage de son ancien amant. Le triste individu la menace de transmettre les lettres enflammées qu’elle lui a écrites durant leur relation à son mari, un marin violent qui n’hésiterait pas à la battre voire à la tuer s’il apprenait son infidélité.

Mister NOBODY, ne supportant pas la détresse d’une belle créature, lui porte secours et lui promet de récupérer les missives compromettantes…

Mister Nobody et Jonas Cobb, son valet, se sont exilés à New York pour se faire un peu oublier des hommes de Scotland Yard et du chief-inspector Fox.

Alors qu’ils sortent de boîte de nuit, un peu éméchés, Mister Nobody prend le volant, Jonas Cobb ne se sentant pas conduire, et il heurte une jeune femme qui a déboulé devant l’auto.

Celle-ci refuse d’être conduite à l’hôpital, d’ailleurs elle ne semble pas avoir grand-chose, mais accepte d’être conduite dans l’appartement de Mister Nobody pour se remettre un peu.

Là, elle avoue qu’elle a voulu se suicider en se jetant sous les roues de la voiture, car son ancien amant la menace de transmettre ses lettres enflammées à son mari qui n’hésiterait pas à la battre et même à la tuer.

Sensible au charme et à la détresse de la belle dame, Mister Nobody promet à celle-ci de tout faire pour lui récupérer son courrier intime…

Edward Brooker continue donc, d’épisode en épisode, à jouer avec tous les clichés du genre de récit de gentleman-cambrioleur, avec, cette fois-ci, le héros au grand cœur qui se charge d’aider une frêle et belle (elle doit être belle, c’est important) jeune femme en la débarrassant du danger qui la menace.

Certes, c’est plutôt classique comme intrigue, mais la série est faite d’intrigues classiques, ce qui colle un peu avec l’ambiance inspirée à la fois par le personnage copié et le format du récit.

Évidemment, on ne tarde pas à sentir qu’il y a un loup, d’ailleurs, l’auteur, à travers le comportement de la donzelle, aiguille le lecteur en ce sens. Mais ce n’est pas la révélation finale qui fait le sel de ce genre de récit, aussi, on lui pardonnera.

On regrettera un peu le manque d’humour qui s’était installé dans les deux précédents épisodes, Jonas Cobb se retrouvant un peu trop en retrait.

Cependant, l’ensemble, sans être original ni inoubliable, se lit agréablement, ce qui est le but premier de la littérature fasciculaire.

La question que l’on se pose est : le prochain épisode sera-t-il la suite directe de celui-ci ? Ou bien Nobody sera-t-il confronté à une tout autre histoire ?

On le saura à la lecture du titre suivant.

Au final, un récit classique et plaisant à défaut d’être exaltant.