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Je poursuis ma découverte des aventures de A. B. C. Mine, un quinquagénaire rentier adorant les énigmes et les mystères, personnage né de la plume de Maurice Lambert, alias Géo Duvic, un auteur de littérature populaire qui œuvra dans les années 1940 à 1960.

L’auteur, bien que l’on sache qu’il était également journaliste spécialisé dans la pêche (ce qui le rapproche d’Henry Musnik), demeure de nos jours bien énigmatique.

Sa production fut principalement dirigée vers la littérature fasciculaire policière.

Je l’ai découvert à travers les enquêtes de deux de ses personnages récurrents : le commissaire Mazère et l’inspecteur Machard, et j’avais hâte de faire la connaissance avec cet étrange A.B.C. Mine.

Ce fut chose faite avec la première aventure du bonhomme : « M. Mine et l’homme immobile », une lecture enthousiasmante qui m’encouragea à déguster une seconde aventure du personnage.

Pour information, je n’ai identifié que 3 fascicules mettant en scène A.B.C. Mine, plus deux très courtes enquêtes publiées à la suite d’un texte de l’auteur chez Nicéa.

Les trois premiers titres ont été publiés dans la « Collection Rouge » des éditions Janicot, vers 1944-1945, sous la forme de fascicules de 32 pages double-colonne contenant des récits indépendants d’environ 12 000 mots. Le reste a été publié aux éditions Nicéa à la fin 1945.

« Le vieillard aux timbres » est donc la deuxième enquête d’Annibal Blaise Cyprien Mine.

LE VIEILLARD AUX TIMBRES

Depuis que les journaux ont publié son portrait pour saluer ses exploits d’enquêteur, le débonnaire A. B. C. Mine reçoit régulièrement des télégrammes le mandant pour une affaire.

Cette fois, le message provient de M. Arnal, un septuagénaire opulent craignant pour sa vie. Il accuse ses proches logeant dans les murs de son château de vouloir l’assassiner pour s’approprier ses timbres de collection d’une valeur inestimable.

Sur place, A. B. C. Mine fait la connaissance d’une galerie d’êtres acerbes, cruels, envieux, qui, tous, assument leur haine de M. Arnal.

Mais qui du vieil ami, du neveu, du fils, du beau-fils, de la fille ou de la femme sera assez courageux, vil ou cupide pour passer à l’acte ?

À moins qu’ils ne s’associent pour avoir la peau du vieillard aux timbres !...

Alors qu’A.B.C. Mine est une nouvelle fois chez son voisin et ami écrivain (que l’on soupçonne être l’auteur en personne, du fait que l’épilogue est narré à la première personne, comme dans le premier épisode), et s’étonne que le plumitif multiplie les meurtres dans son roman, ce dernier lui rétorque qu’un roman policier nécessite toujours un cadavre, voire au moins deux pour multiplier les pistes.

Alors, A.B.C. Mine, pour le contredire, décide de lui raconter la fois où il fut appeler chez un vieillard collectionneur de timbres qui redoutait que ses proches ne l’assassinent pour mettre la main sur ses pièces les plus chères.

À cette occasion, il fit la connaissance d’hommes et de femmes cyniques qui bien qu’étant amis, fils, neveu, fille, femme, beau-fils du vieillard aux timbres n’en nourrissaient pas moins contre lui les plus vils complots…

Je retrouve donc avec plaisir le fameux Annibal Blaise Cyprien Mine, ce rondouillard quinquagénaire rentier qui, pour passer son temps, s’amuse à résoudre des énigmes.

À travers ce récit d’un peu plus de 12 300 mots, l’auteur nous livre une galerie de personnages à la fois pathétiques et sans foi, qui ne vivent que pour dépouiller le vieillard.

Si dans le premier épisode, l’auteur avait pris le temps de présenter le personnage à travers une narration omnisciente ou bien la narration à la première personne du voisin auteur dans l’épilogue, ici, c’est surtout à travers les yeux des convives qu’A.B.C. Mine est scruté. Bien évidemment, la vision est biaisée par la volonté même de Mine de passer pour un idiot inoffensif, sa principale stratégie pour ne pas éveiller les soupçons ou les craintes.

Mais également, cette fois-ci, au lieu de parler pour noyer le poisson et espérer des révélations, A.B.C. Mine est plus à l’écoute.

C’est, de toute façon, cette galerie de personnage qui est le point central du récit et, en cela, je ne peux m’empêcher de rapprocher le texte d’un autre publié quelques années plus tard : « Le mystère de la Cabretto » une enquête du commissaire Jules Troufflard de Renée Byzance.

En effet, tant dans les suspects que, parfois, dans l’allure de l’enquêteur, les deux récits sont assez proches.

Si je retrouve avec un immense plaisir A.B.C. Mine, force est de constater que le personnage, une fois mis en place, est un peu moins drôle, touchant et complexe que lors de la présentation liminaire. Son être tout entier est alors moins original ou bien me suis-je très rapidement habitué à lui, un peu comme une personne qui, à peine rencontré, donne l’impression de la connaître depuis des années.

Pour autant, dans le format très concis du fascicule 32 pages, A.B.C. Mine fait figure d’OLNI, tant il se démarque de ses nombreux congénères enquêteurs.

En ce qui concerne l’intrigue, forcément légère du fait du format court, elle est sympathique à suivre même si on devine un peu trop rapidement le rebondissement final et bien que ce rebondissement soit en fait un double rebondissement.

Mais cela n’entache en rien la lecture d’un tel récit qui, on le sait, n’est pas là pour nous ravir par son suspens haletant.

On notera que, tout comme dans certaines enquêtes du commissaire Mazère ou de l’inspecteur Machard, Maurice Lambert fait une nouvelle fois référence à la série « Nick Carter », ce qui laisse entendre soit du succès retentissant soit, plus probablement, du goût de l’auteur et de ses souvenirs de lecture de sa jeunesse.

Au final, même si le récit est un peu en deçà du précédent épisode, celui-ci s’avère être très agréable à lire et démontre, comme à chaque confrontation avec la plume de Maurice Lambert, que celui-ci maîtrisait parfaitement le format fasciculaire dans lequel je ne l’ai, jusqu’à présent, jamais vu faillir.