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Je poursuis donc ma lecture de la série « Le Petit Détective » d’Arnould Galopin, une collection de 83 fascicules de 20 pages double-colonne contenant des textes à suivre d’environ 8 000 mots.

Pour rappel, cette série est parue à partir de 1934 et est censée être la dernière écrite par Arnould Galopin, un auteur de littérature populaire connu pour ses nombreuses séries interminables autour de jeunes héros ou de ses récits d’anticipation.

Je dis « censée », car, récemment, j’ai constaté que la série, à partir du fascicule n° 48, n’est plus l’œuvre d’Arnould Galopin, mais résulte de réécriture d’anciens textes. Les premiers récits adaptés sont nés de la plume de Jean Petithuguenin et date du début des années 1920. Le « Six billets de cent francs » est en fait une réécriture du titre « Le visiteur invisible » de Jean Petithuguenin, publié à l’origine en fin 1920 dans la collection « Le Roman Policier » des éditions Ferenczi.

SIX BILLETS DE CENT FRANCS

Alfred Barroux, voyageur de commerce, est inculpé pour le meurtre de son frère cadet qui vivait avec lui.

Rentrant une nuit, à l’improviste, alors qu’il était en tournée, il dit avoir découvert la victime et être descendu immédiatement prévenir le concierge pour qu’il contacte la police.

Mais tous les indices l’accusent.

Criant pourtant son innocence, Alfred Barroux fait appel au détective Gaston CERVIER qui accepte, en compagnie de son jeune secrétaire Jean TIXIER, de se rendre sur les lieux du crime pour commencer leur propre enquête…

Un fratricide ? C’est en tout cas pour cette hypothèse que penche la police chargée de l’enquête sur le meurtre de Georges Barroux, un jeune homme sans ressources vivant chez son frère Alfred, un voyageur de commerce avec lequel il est en conflit à cause de ses mauvaises fréquentations et son manque d’envie de travailler.

Alfred Barroux, en tournée, est rentré à l’improviste, en pleine nuit, chez lui, et prétend avoir découvert son frère mort.

Ce dernier a été étranglé. Personne n’est entré dans l’immeuble après lui (à part Georges). Personne n’en est sorti durant la nuit…

Mais Alfred réclame la présence du détective Gaston Cervier, seul capable de prouver son innocence…

Quand on sait que ce titre est une réécriture légère d’un fascicule de 32 pages et quand on connaît le format d’origine, on sait que le texte va s’étendre sur environ 14 000 mots (ce qui est le cas) et donc que l’auteur va être contraint à une concision que Arnould Galopin, lui, n’avait pas puisque certaines enquêtes de Gaston Cervier et Jean Tixier dépassaient les 50 000 mots.

Cette concision inhérente au format d’origine implique donc une intrigue légère, une enquête rapide, une résolution express et un manque de rebondissement, ce que la série évitait généralement jusque-là.

Ainsi, la fluidité et le rythme de la série avec ses nombreux rebondissements, même si ceux-ci, à force, étaient un peu redondants, qui étaient les principaux atouts, disparaissent avec l’auteur.

Difficile d’appréhender alors la suite comme des fascicules et de n’en attendre pas plus que ce que l’on peut attendre du format quand on a été habitué à un autre format, donc à une autre narration, un autre genre.

Ce manque d’appréhension nuit donc gravement à la lecture, du moins dans mon esprit.

Ajoutons à cela que le texte, son contenu, ses sujets, sont antérieurs à la série de près de 15 ans, et que cela se ressent également dans l’ambiance générale.

Enfin, n’oublions pas que le texte d’origine met en scène un seul héros, Fred Cabosse. La réécriture tente de faire vivre deux personnages : Jean Tixier et Gaston Cervier. Ainsi, là où, de la plume d’Arnould Galopin et ses histoires, étaient adaptées à cette dualité, chacun ayant un rôle, une attitude, ce n’est forcément plus le cas dans ces réécritures.

Non pas que l’ensemble soit désagréable à lire, mais si on le juge en fonction des circonstances temporelles et de format de la série, forcément, cela lui porte préjudice.

Ainsi, on regrettera que l’enquête soit si simple : deux interrogatoires, une filature et hop, tout est découvert.

Dans un fascicule de 32 pages, cela ne choque pas, on s’y attend.

Dans cette série, on n’est pas habitué à cette concision et c’est regrettable.

Au final, réécrire des textes travaillés dans la concision pour les intégrer dans une série qui, au contraire, contient des textes travaillés dans la longueur, n’était pas forcément l’idée la plus judicieuse.