CouvLEB

Jean des Marchenelles, de son vrai nom Jean Dancoine, est un auteur (et éditeur) assez mystérieux à notre époque tant on ne sait pas grand-chose de lui.

Difficile de trouver des informations sur lui. Il serait né dans le nord (ce que je veux bien croire) en 1913 et a été également auteur d’un bon nombre de pièces de théâtre.

Mais il œuvra également pour la littérature populaire fasciculaire (romans également) principalement dans un genre policier.

L’un de ses personnages récurrents (le seul ?) est un détective surnommé Le Sphinx. Francis Bayard, puisque c’est son nom, apparaît principalement, à partir de 1942, dans la collection « Police Privée » aux éditions S.I.L.I.C. dans une sous collection intitulée sobrement « Les aventures du détective Francis Bayard ».

Mais en épluchant la production de l’auteur, on retrouve trace de son héros dans d’autres collections et chez d’autres éditeurs comme « Collection Rouge » des éditions Janicot ou « Main Blanche » aux éditions S.P.E.

« Les esclaves blancs » est un fascicule de 32 pages initialement paru dans la collection « Police Privée » au cours des années 1940.

LES ESCLAVES BLANCS

Jean Dartois, jeune ingénieur, s’embarque à Marseille sur un cargo faisant route pour la Grande Comore où il est engagé et bien rémunéré par une nouvelle société de mines de cuivre pour trois ans.

Il laisse derrière lui Marie-Anne, sa fiancée, non sans lui promettre de lui écrire régulièrement.

Mais, après plusieurs semaines, Marie-Anne n’a plus de nouvelles de Jean et commence à s’inquiéter.

Elle ne cesse de repenser à un étrange et terrifiant passager croisé sur le pont du bateau avant le départ de son grand amour…

Un jeune ingénieur des mines décide de partir aux Comores parce qu’il y a trouvé une place bien rémunérée sur un contrat de trois ans, ce qui lui permettra, à son retour, d’assurer le train de son ménage avec sa fiancée.

Lors des adieux sur le paquebot qui va l’amener à destination, le couple est désagréablement surpris par un grand noir à la mine patibulaire.

Quelques semaines après le départ, alors que l’ingénieur avait promis d’envoyer régulièrement des lettres à sa fiancée, celle-ci n’a aucune nouvelle et commence à s’inquiéter. Dans ses songes cauchemardesques, elle revoit la face du grand noir et pressent que son fiancé est en danger.

Difficile de résumer ce récit de 8 200 mots.

Déjà, parce qu’il est court et donc qu’en dire trop reviendrait presque à tout dire.

Ensuite parce que le détective Francis Bayard, comme à sa presque habitude, apparaît sous ses traits très tardivement (ici, à l’avant-dernière page).

Enfin parce que, même s’il apparaît à la fin sous ses traits, il n’est présent, incognito que lors d’une très courte scène (même si le lecteur aguerri se doutera qu’il s’agit de lui).

Mais le récit est aussi ardu à résumer, car il n’entre pas réellement dans le genre récit policier, mais plus dans celui d’aventures. Du coup, l’intrigue (qui, de toute façon, aurait été simple du fait du format court) est ici quasi inexistante, même si l’auteur tente de noyer le poisson avec un rebondissement final.

Le récit est linéaire, on s’y attend dans le format fasciculaire, et n’a pas le temps de s’appesantir sur des sujets qui auraient pu être intéressants (comme la révolte des esclaves noirs et l’inversion des places).

Certes, là n’est pas le sujet et, de toute façon, le format ne se prête pas à ce genre de digression, mais tout de même. Cependant, on se doute qu’à l’époque, le sujet aurait été traité comme il a été ébauché : des blancs maltraitant des esclaves noirs : normal ; des noirs maltraitant des esclaves blancs = sauvagerie.

D’ailleurs, on notera, outre le mot « nègre » qui, de toute façon, à l’époque, était par trop usité, la réflexion (usuelle également à l’époque) faisant état du fait que tous les noirs et tous les Chinois se ressemblent.

Ces réflexions rétrogrades ont au moins l’intérêt de démontrer aux lecteurs actuels combien notre société a évoluée (pas assez cependant) même si certains d’entre nous sont demeurés au stade primaire.

Pour ce qui est du texte lui-même. Pas grand-chose à dire. Court, plaisant à lire, se basant sur un sujet un brin exotique à la mode à l’époque (celui des colons allant chercher fortune en exploitant des autochtones, que ce soit en Afrique, en Asie ou ailleurs), avec un brin de romance.

Au final, une aventure du détective Francis Bayard sans Francis Bayard, ou presque, mais qui se lit agréablement tout de même.