CouvLEEC

Attention, exercice de style, puisque je vais tenter d’écrire une critique sur un livre que j’aime beaucoup et dont j’apprécie énormément l’auteur, puisque lui et moi ne faisons qu’un (même si on est plusieurs dans notre tête).

C’est dire si je risque de manquer d’objectivité, mais qu’importe, vous êtes prévenus.

« L’Épistolier était chargé ! » est un roman de KAMASH reprenant les personnages qu’il avait créés en 2015 pour son roman « Marc-Antoine Decome détective ».

Mais, pour une fois, étendons-nous tout d’abord sur l’auteur, KAMASH, un plus très jeune auteur ayant déjà écrit une douzaine de romans dont six autour d’un duo de détectives, « Wan & Ted ».

Mais la vie de KAMASH est à elle seule… non, en fait, on s’en fout de sa vie, comme je le dis toujours, la seule chose qui compte chez un auteur, ce sont ses textes.

Aussi, passerai-je directement au roman, pour le replacer dans son contexte.

Le premier roman de la peut-être série (série elle sera si un jour sort un 3e opus), mettait en scène Marc-Antoine Decome, un ancien flic de la capitale qui courrait après l’argent, les filles et la boisson avant, un soir de beuverie, de tomber dans une piscine puis dans le coma.

À son réveil, six mois plus tard, tout avait changé. La vie (avancée de 6 mois), le temps, passé de l’hiver à l’été, les gens, le président (les élections présidentielles avaient eu lieu entre temps), mais surtout lui !

Physiquement, son teint, ses cheveux, tout a blanchi.

Mentalement, il rejette les femmes, l’alcool, l’argent.

Mais surtout psychiquement, car, il faut bien l’avouer, le gonze est devenu totalement azimuté, pensant voir chaque personnalité des gens qu’il croise.

Pour mettre son ancienne vie derrière lui, il décide de déménager et de devenir détective privé.

Il choisit la ville de Perpignan, d’un jet de pisse sur une carte, celui de son compagnon, un basset artésien nommé Commissaire Robert Roger, car, Marc-Antoine Decome est persuadé qu’il s’agit de son ancien chef, le commissaire Robert Roger, déguisé pour infiltrer un quelconque milieu (ba oui, il est déjanté, j’avais prévenu).

Sur place, à Perpignan, pour lui servir de secrétaire, d’assistant, de bonne à tout faire, il embauche un jeune de cité, Damien Österreichischer Ben Abdalla, un jeune homme né en Belgique, de mère autrichienne et de père algérien.

Les deux vont apprendre à s’apprécier, ce qui, au départ, n’était pas chose gagnée puisque Marc-Antoine Decome est raciste, misogyne, homophobe, qu’il se croit dans les années 50, parle dans un mélange d’argot, et se révèle un détective atypique tandis que Damien, au teint gris, au physique ingrat, et passionné de romans policiers n’a accepté le job uniquement parce qu’il avait besoin d’argent.

Le duo, trio avec le chien, avait alors affronté la terrible secte « Doble Castigo » dirigée par le cruel « El verdugo »

Ce roman, en plus d’être l’occasion de présenter des personnages décalés, ce qui semble être la spécialité de l’auteur (voir, par exemple « Le Psychopathe, le Dément et le Trisomique » dans lequel les deux enquêteurs sont un retraité en fauteuil roulant atteint de démence vasculaire et un trisomique) offre également un regard distancié sur la ville de Perpignan et sa région, lieu de villégiature de l’auteur.

L’Épistolier était chargé ! :

La réputation de Marc-Antoine DECOME n’est plus à faire. Ancien policier alcoolique et violent, il est devenu un détective irréprochable, si ce n’est son comportement loufoque et sa détestation de tous sauf de son meilleur ami, un basset artésien nommé Commissaire Robert.

Aidé par son fidèle lieutenant, un jeune issu de multiples immigrations, l’enquêteur s’est déjà imposé comme LE privé incontournable des environs de Perpignan.

Aussi, quand une sommité de la médecine se fait frapper par un inconnu à coups de clé anglaise, c’est immédiatement aux services de l’Agence M. A. R (Marc-Antoine et Robert) qu’il fait appel.

Mais une agression peut en cacher une autre et même, parfois, dissimuler un défi en forme de duel au soleil entre un shérif et un épistolier…

Selon les confidences de l’auteur, l’écriture de ce second roman a débuté dès le point final du précédent, KAMASH ayant déjà en tête une grande partie de l’intrigue qu’il voulait mettre en place.

Mais, parce que l’auteur est nombreux dans sa tête, il lui arrive de mener plusieurs projets de front (et des mains, car, s’il avait écrit le roman en tapotant sur son clavier avec son front, il lui aurait fallu 20 ans, au moins, pour le terminer) et parfois d’en privilégier un, ou un autre. Ce fut le cas, puisqu’il mena quatre romans alternativement et qu’il vint à bout des trois autres avant celui-ci, ce qui explique le temps écoulé entre la sortie des deux épisodes.

« L’Épistolier était chargé ! » (que j’aime ce genre de titres, c’est d’ailleurs ce que je préfère dans la littérature populaire), met en place un duel épistolaire, mais pas que, entre un mystérieux agresseur en série et notre duo (ou trio, devenu même quatuor depuis l’arrivée d’un autre chien à l’agence).

Car, l’Épistolier est joueur et c’est en s’inspirant d’un américain qu’il lance un jeu via Twitter en postant des messages codés permettant de retrouver, dans la ville de Perpignan, des enveloppes contenant un beau billet de cent euros.

Et comme Damien a besoin d’argent et qu’il se pense bon détective, il se lance lui aussi dans la partie tandis que, de son côté, son boss accepte comme client un directeur d’hôpital infatué qui lui demande de retrouver la personne qui l’a agressée à coup de clé anglaise…

Bien évidemment, comme il est souvent le cas dans ce genre de romans, les deux évènements ne vont pas tarder à se croiser et à n’en faire plus qu’un et les gens de l’Agence vont devoir arrêter un agresseur en série dont les attaques se font de fois en fois plus violentes et les armes plus dangereuses…

Qui a déjà lu KAMASH (si ce n’est pas votre cas, ne vous inquiétez pas, vous n’êtes pas le seul ou la seule et si c’est le cas, réjouissez-vous, si vous avez apprécié sa plume ou regrettez-le dans le cas contraire, de faire partie d’un groupe très réduit : le lectorat de l’auteur est très restreint tant ce dernier ne fait pas un grand effort pour faire connaître ses romans, à croire qu’il n’a pas plus d’ambition de célébrité que de richesse) reconnaîtra aisément sa plume, mêlant humour de situation, jeux de mots, assonances, recherche des mots perdus de notre langue…

Mais si ces caractéristiques étaient déjà présentes dans les autres romans de l’auteur, celui-ci nous propose ici un système narratif qui ne semble pas révolutionnaire au premier abord, puisqu’il utilise le concept du roman polyphonique, dont la narration alterne entre les points de vues de deux personnages. Un concept que l’on pourrait nommer biphonique ou « gymel littéraire ».

Mais là où l’auteur innove (ou pas, d’ailleurs, cela dépend si votre culture littéraire est supérieure à la mienne), c’est que cette narration est non seulement alternée, mais que chaque point de vue se chevauche, ce qui fait que l’on parvient, sur la plupart des situations, à obtenir le son de cloche de chacun des deux protagonistes.

On pourrait également ajouter que KAMASH s’amuse en amusant les lecteurs (du moins, faut-il espérer qu’il amuse le lecteur, car c’est avant tout pour cela qu’il écrit… non, en fait, il écrit d’abord pour s’amuser lui, ensuite, seulement, pour amuser l’éventuel lecteur), puisque celui-ci n’hésite pas à travailler sous la contrainte, tout comme dans le premier opus.

Effectivement, l’histoire est découpée en parties dont chacune a pour titre celui d’un roman policier français (tout comme dans le premier roman ceux-ci puisaient leur titre dans ceux de romans policiers du Grand Nord). Et c’est le titre de chaque partie qui va commander la suite de l’intrigue et de l’histoire, l’auteur les construisant en fonction de la dénomination de chacun.

Ainsi, l’auteur devient le premier lecteur de son propre roman ce qui, il faut bien l’avouer, lui permet d’être certain d’avoir au moins un lecteur satisfait : lui-même.

Si, il faut bien le reconnaître, les intrigues ne sont pas le fort de l’auteur (d’ailleurs, ce n’est le fort d’aucun auteur œuvrant dans le polar d’ambiance ou le polar humoristique), cela ne l’empêche pas, dans la série « M.A.D. » de tenter d’élever un peu son niveau.

Aussi, KAMASH, contrairement à sa série précédente, « Wan & Ted », n’appuie pas son histoire uniquement sur ses personnages, sur l’ambiance et sur l’humour, mais il tente aussi de livrer, tout comme dans le premier « M.A.D. », une intrigue qui se tienne et qui permette aux personnages de donner le meilleur d’eux-mêmes.

C’est donc également le cas dans cette histoire où le suspens n’est pas totalement absent.

Les lecteurs ayant apprécié le premier opus (il y en a, rassurez-vous) devraient donc apprécier ce second épisode.

Ceux n’ayant pas lu le premier épisode, peuvent sans soucis lire celui-ci, mais il est toujours conseillé de débuter une série par l’histoire liminaire, cela permet de mieux appréhender les personnages.

Un peu d’action, de suspens, de rebondissements, beaucoup d’humour, des personnages originaux, décalés et complémentaires, deux chiens (pour les amoureux des animaux), des jolis mots, quelques métaphores, un peu d’argot, forment les ingrédients de ce roman.

Au final, après la série « Wan & Ted », KAMASH se tourne vers des romans plus ambitieux, tant dans la forme que dans la fond sans pour autant jamais se renier ni renier ses premiers personnages et c’est un réel plaisir (ou pas, cela dépend des goûts) de suivre les aventures de Marc-Antoine Decome et Damien Österreichischer Ben Abdalla.