TA29

La guerre, c’est mal !

Bon, je ne gagnerai aucun prix de philosophie avec une telle assertion. Mais la Guerre, quand elle est racontée par Pierre Yrondy, ça peut parfois être drôle, du moins, plaisant.

C’est que ce que le bonhomme nous prouva en 1934 quand il conta les aventures de « Thérèse Arnaud, espionne française » dans une série de 64 fascicules de 32 pages, double colonne, contenant des récits indépendants d’environ 12 000 à 15 000 mots et publiée aux éditions Baudinière.

Le personnage de Thérèse Arnaud est probablement inspiré de la véritable espionne française Marthe Richard dont le capitaine Ladoux, du 5e puis 2e Bureau conta les aventures dans un livre en 1930 aux éditions du Masque, « Mémoires de Guerre Secrète II/Marthe Richard, espionne au service de la France » repris, du moins en partie, en 1931 dans le magazine « Lecture pour Tous ».

D’ailleurs, le fait que le capitaine Ladoux soit mort l’année précédant la sortie des aventures de Thérèse Arnaud et le fait que le chef de Thérèse Arnaud se nomme le capitaine Ladoux ne fait guère de doute sur l’inspiration.

Mais Thérèse Arnaud n’est pas seule, elle est secondée par de fidèles lieutenants : le colosse Malabar, à la fois chauffeur et monsieur muscle de la bande ; Friquet, le titi parisien gouailleur ; L’acrobate, souple et gymnaste capable de tout escalader et de se glisser partout ; Marcel, le scientifique qui décode tous les messages et révèle tous les indices à l’aide de ses machines et produits.

L’auteur de cette série, Pierre Yrondy, demeure énigmatique malgré son nom célèbre (il porte le même nom qu’un grand illustrateur ou qu’un photographe) et le fait qu’il fut probablement acteur et directeur de Théâtre.

Pour les passionnés de littérature fasciculaire, il est surtout l’auteur des aventures de Thérèse Arnaud, donc, mais également celui des enquêtes de « Marius Pégomas, détective marseillais » qui prit la relève, chez le même éditeur, de Thérèse Arnaud à la fin de la série.

On notera que Pierre Yrondy écrivit quelques romans policiers ou d’espionnage (en particulier « Jean Durand, détective malgré lui ».

« Mlle Doktor se trompe… » est la 29e mission de Thérèse Arnaud.

MADEMOISELLE DOKTOR SE TROMPE

Première Guerre mondiale !

À la gare de Petit-Croix, Thérèse ARNAUD alias C. 25, la célèbre espionne française et son Lieutenant Languille, déguisés en vieux couple, sont à la recherche d’une voiture pour rallier Pontarlier.

Languille se rend dans la rue, s’approche d’un véhicule, est agressé, kidnappé et transporté dans une salle d’où il ressort quelques minutes plus tard pour accompagner Thérèse ARNAUD dans l’auto.

Une demi-heure après, Languille sort de la même pièce pour rejoindre Thérèse ARNAUD qui l’attend sagement au Buffet.

Deux Languille, deux Thérèse ARNAUD, sans nul doute, forcément, un exemplaire de chaque est de trop, mais lequel ?...

Thérèse Arnaud et Languille, sous les déguisements d’un couple de vieux, débarquent à la gare de Saint-Croix et cherchent un véhicule pour se rendre à Pontarlier. Mais quand Languille en trouve un, il est agressé, enlevé et remplacé par von Hintzen, l’Homme aux Cent Masques, l’insaisissable espion allemand. Ce dernier va monter dans le véhicule avec Thérèse Arnaud et s’en aller.

Pourtant, quand Languille parvient à se défaire de ses liens et à revenir à la Gare, il y retrouve Thérèse Arnaud qui l’attend.

Sans le savoir, Thérèse Arnaud se retrouve avec un faux Languille et Languille avec une fausse Thérèse Arnaud.

Les hostilités vont pouvoir commencer à coups de faux semblants avant que les revolvers et les poings ne prennent la relève.

Dans cet épisode on retrouve donc deux ennemis jurés de Thérèse Arnaud et sa bande, des individus déjà croisés dans de précédents titres : von Hintzen, l’Homme aux Cent Masques, un spécialiste du déguisement et Mlle Doktor, une autre espionne allemande redoutable.

Pourtant, malgré ce casting de choix [même s’il manque Friquet et Marcel], le lecteur que je suis n’est pas pour autant comblé du fait d’une intrigue qui tourne un peu en rond.

Simple, elle l’est forcément du fait du format d’à peine 14 000 mots. Mais redondante à cause des faux semblants entre le faux Languille et le vrai, la fausse Thérèse Arnaud et la vraie, mais plus encore du fait que les uns et les autres, alliés comme ennemis, ne cessent de parvenir à s’échapper des mains de leurs adversaires même et surtout quand ces derniers pensent que la chose est réglée.

Von Hintzen s’était déjà échappé à plusieurs reprises par le passé, cette fois-ci, rien que dans cet épisode, il renouvelle son évasion par trois fois. Rien que ça.

Bien évidemment, on comprend qu’une fois l’intrigue déroulée, la place n’est plus suffisante pour la développer correctement et que, pour rester dans les clous, il est plus aisé d’offrir ces rebondissements prévisibles et agaçants.

Pour autant, après un épisode précédent des plus plaisants, celui-ci s’avère un peu lourd.

Pourtant, on y retrouve la plume si caractéristique [dans cette série] de Pierre Yrondy, qui s’évertue à ponctuer et à rythmer les événements à coups de phrases courtes, sans sujets ou en passant d’un temps de narration passé à une narration au présent. On y retrouve même les fameuses métaphores que l’on pouvait juger quelques fois hasardeuses, voire risibles, mais qui, pour moi, sont plutôt agréables et change des plumes fades et plates que l’on trouve trop souvent dans la littérature fasciculaire.

Alors oui, ces substitutions auraient pu être l’occasion de quiproquos cocasses et apporter une touche d’humour supplémentaire, mais il n’en est rien.

Reste une histoire simple et banale sans grand enjeu qui se lit sans déplaisir, mais sans plus.

Au final, un épisode un peu mou, reposant trop sur des rebondissements prévisibles et répétitifs, mais qui n’en demeure pas moins assez agréable à lire.