TA30

Pierre Yrondy est un de ces nombreux auteurs de littérature populaire fasiculaire (mais pas que) que les lecteurs d’aujourd’hui ne connaissent pas sauf les férus de la littérature de l’époque qui, s’ils n’ont déjà lus, ont entendu parler de deux séries fasciculaires : « Thérèse Arnaud, espionne française », une série d’espionnage et d’action de 64 titres publiés par les éditions Baudinière en 1934 et la série qui lui fit suite : « Marius Pégomas, détective marseillais » de 35 titres.

Les deux séries ont le même format : fascicules de taille moyenne de 32 pages, double colonne, contenant des récits indépendants d’environ 12 000 à 14 000 mots.

À part cela, on pense que l’auteur fut acteur et directeur de théâtre (à moins qu’il ne s’agisse d’un homonyme) et qu’il écrivit quelques romans d’espionnage ou policier dont l’excellent « Jean Durant, détective malgré lui » publié, à l’époque, en feuilleton dans un magazine.

Pour en revenir à Thérèse Arnaud, le personnage est sans doute inspiré de la véritable espionne Marthe Richard et met en scène, outre l’héroïne, ses fidèles lieutenants : Malabar, l’homme fort ; Languille, l’homme souple ; Marcel, le scientifique et Friquet, le titi parisien.

« Une dangereuse machination » est le 30e titre de la série.

UNE DANGEREUSE MACHINATION

Première Guerre mondiale !

Stupeur rue Vaugirard, à Paris.

Un homme arrive en courant, ouvre une bouche d’égout et disparaît, bientôt rejoint par un autre lui tirant dessus.

Des agents de la maréchaussée, attirés par les clameurs de badauds atterrés, descendent à leur tour sous terre pour remonter, quelques minutes plus tard, un cadavre.

Le défunt porte des marques de strangulation, mais est mort de la suite de coups de couteau reçus dans le dos.

Pourtant, sa veste ne présente pas de stigmates de l’agression.

Dans une poche secrète du vêtement, on découvre des papiers d’identité au nom de René Ledeux : le véritable patronyme de Languille, l’un des plus fidèles lieutenants de la célèbre espionne française Thérèse ARNAUD alias C. 25

Languille est mort ! dans les égouts, assassiné par un espion allemand qu’il poursuivait. Mais, si Malabar, Friquet et Marcel sont dévastés et n’ont qu’une envie, en découdre avec l’ennemi, Thérèse Arnaud, elle, conserve son calme habituel et envoie Malabar se promener sur les quais…

Bientôt, Malabar revient… en compagnie de Languille. Celui-ci n’est pas la victime de l’égout, mais le bourreau et il a profité de la situation pour faire croire à sa mort. Thérèse Arnaud profite de la situation pour demander à Friquet de se faire passer pour l’agent allemand tué par Languille afin d’infiltrer un repère des espions ennemis et tirer un maximum d’informations…

Histoire classique dans la série, mais histoire qui manque un peu de rythme ou de sel. En tout cas, histoire qui laisse penser au lecteur (à tort) qu’il était bien facile d’infiltrer les réseaux allemands et, surtout, de se faire passer pour un autre auprès de ses proches à l’aide d’un simple maquillage.

Bien évidemment, les usurpations d’identité à coups de maquillage sont légion de la littérature populaire de l’époque et pas uniquement à cause de Fantômas.

Cependant, ce genre d’infiltration a pour défaut, dans la série, de casser le rythme et, surtout, de limiter l’action. Et c’est dans l’action que l’auteur et les personnages sont les plus performants.

On se retrouve donc face à une histoire dont l’intrigue est assez simple et dont l’action est assez peu présente. Du coup, pas un des meilleurs épisodes de la série.

Pourtant, on retrouve que Pierre Yrondy associe à la série, un style fait de phrases courtes et/ou dénuées de sujets pour dynamiser le récit, de changement de temps de narrations (même si ce n’est pas trop le cas dans cet épisode). Par contre, disparues les métaphores un peu hasardeuses qui prêtaient parfois à sourire, mais participent à conférer un style reconnaissable aux textes de la série.

Au final, un épisode qui manque d’action, donc, de rythme, mais qui se lit sans déplaisir.