Chewing-gum-et-spaghetti-par-Charles-EXBRAYAT-roman

Charles Exbrayat (1906 - 1989) est un auteur de romans policiers au parcours assez classique pour cette profession.

D’abord journaliste, critique littéraire, il écrit ensuite des scénarios pour adapter au cinéma des romans de Simenon et autres puis écrit des scénarios originaux, pièce de théâtre avant de se lancer dans la carrière de romancier policier un peu par hasard.

Et comme le hasard fait bien les choses, qu’il fait le bonheur des policiers, mais aussi de certains auteurs, il remporte très vite le prix du roman d’aventures dès 1958.

Si Charles Exbrayat est réputé dans le monde du roman policier, s’il aime à manier l’humour et si certains de ses romans ont été adaptés plusieurs fois au cinéma et à la télévision (dont sa série « Imogène » qui vit au petit écran Dominique Lavanant interpréter le rôle-titre), je n’avais pourtant, jusqu’à très récemment (c’est-à-dire ma précédente lecture) jamais fait connaissance avec sa plume.

C’est par l’intermédiaire de « L’inspecteur mourra seul » que je découvrais donc le style d’Exbrayat.

Si ce roman m’enthousiasma, on ne peut pas dire qu’il brillait par son humour débridé. Aussi, eus-je immédiatement envie de tester un roman un peu plus léger de l’auteur et comme j’adore les personnages récurrents, mais que j’ai un peu de réticence envers Imogène (allez savoir pourquoi), je décidais de me plonger dans la première aventure du commissaire italien Tarchinini, Roméo de son prénom, un personnage qui intervient, entre 1959 et 1983, dans 8 enquêtes.

Chewing-gum et spaghetti :

Tarchinini est rond, gourmand, volubile et un rien frimeur ; il est marié à Giulietta, ancienne reine de beauté devenue la mamma par excellence, irrésistible et soupe-au-lait.

Chez eux la vie n’est pas de tout repos, mais un mot règne en maître, l’amour… Ah, l’amour… Pour le commissaire Tarchinini, il est même l’unique et formidable ressort de tous les crimes.

Et les crimes ne manquent pas dans l’Italie d’Exbrayat. On y poignarde, on y, étrangle, on y fusille même à l’occasion.
Aussi, quand l’enquêteur Leacok arrive à Vérone pour s’initier aux méthodes policières européennes, il ne comprend rien à rien.
Nul doute que sa froideur toute bostonienne fera des étincelles auprès de l’exubérance italienne de notre héros…

Cyrus A. William Leacok, un jeune américain spécialiste en droit criminel, décide, avant de se marier avec la fille d’un millionnaire, dans le but d’asseoir sa position et de lancer, ensuite, sa carrière politique, de faire le tour du monde pour comparer les méthodes policières de divers pays.

Son périple passe immanquablement par l’Italie et c’est à Vérone qu’il fait étape. Là, le grand chef lui propose de faire équipe avec son meilleur commissaire, Roméo Tarchinini, un homme rond et jovial dont rien ne peut entacher la bonne humeur.

Alors que le corps d’un homme est retrouvé, en extérieur, mort d’une balle dans la tête, bien que l’arme ait disparu, Leacok ne tarde pas à conclure au suicide alors que Tarchinini, lui, voit là un crime. Les deux enquêteurs vont alors confronter leurs avis, leurs méthodes, mais également leur éducation, leur patriotisme, leur mode de vie, tout simplement.

Un « policier » américain qui fait le tour du monde pour se confronter aux méthodes policières de différents pays, voilà qui n’est pas forcément nouveau dans le monde de la littérature populaire.

En effet, Marcel Priollet, un quart de siècle auparavant, avait déjà eu cette idée qui lui inspirait l’excellente série « Old Jeep et Marcassin » où l’américain se confrontait, non pas à un italien, mais à un policier français.

Mais Charles Exbrayat, du moins dans ce premier opus, ne se contente pas de proposer deux personnages différents, voire opposés, et de faire de cette opposition le sel du roman. Non, l’auteur, plus que deux personnages, confronte deux méthodes policières, deux points de vue, deux générations, deux ambitions, deux modes de vie, deux cultures… deux mondes.

Le Nouveau Monde, illustré par le flic bostonien et l’ancien, avec le policier italien.

Et pour ce faire, il est vrai qu’Exbrayat enfile les clichés, clichés sur la rigueur, le puritanisme, l’instinct de supériorité des Américains et ceux sur le laxisme, la bonne humeur, la frivolité, l’optimisme italien. Clichés que l’on subit dès le titre, le chewing-gum symbolisant l’américain et le spaghetti l’italien.

Si tous ces poncifs servent l’histoire à venir et, surtout, l’antagonisme puis l’affection entre les deux personnages, s’ils sont également le point d’ancrage de l’ambiance légère et de l’humour, ils n’en sont pas moins, au départ, un peu indigestes au point qu’ils n’altèrent un peu la lecture et l’intérêt que l’on peut en retirer.

D’ailleurs, j’ai eu un peu de mal à vraiment apprécier le texte dans les premières pages, n’étant pas convaincu par les personnages.

Pourtant, une fois ces premiers poncifs avalés, force m’est de reconnaître que je me suis laissé prendre par l’ambiance, les personnages, l’ensemble et que le plaisir de lecture est devenu indéniable…

Alors, oui, l’intrigue est simple, même si l’auteur nous propose quelques rebondissements, et on ne s’extasiera pas sur le suspens quant à l’identité du tueur.

Mais là n’était pas le but, sans nul doute.

En effet, Charles Exbrayat ne propose pas un « Thriller », mais bien un roman policier à l’ambiance humoristique.

Et il faut bien avouer qu’après quelques pages, celles posant les personnages et le conflit, l’ambiance et le plaisir sont bien présents.

Dès lors, on s’amuse des offuscations de Leacok, puis, plus encore, de celle de Valérie, sa fiancée, on sourit également devant les frasques de la famille Tarchinini, de Roméo, bien sûr, de Giuletta, sa femme, mais également des nombreux enfants.

On s’amuse également du laisser-aller, par moment, de Leacok, de son futur beau-père, et des gags récurrents dont le fameux « E un americano » que Tarchinini clame aux autochtones pour expliquer le comportement ou l’offuscation de Leacok.

En plus, l’auteur nous livre un pan de la culture gastronomique italienne à travers une liste non exhaustive de plats spécifiques du pays.

Au final, un roman policier léger et drôle dont le début, un peu indigeste, pose les bases permettant de mieux déguster la suite.