NOB07

Depuis le succès du héros de papier Arsène Lupin de Maurice Leblanc, au tout début du XXe siècle, les personnages de gentlemen cambrioleurs n’ont cessé de pulluler dans la littérature populaire.

Certes, on pourra reprocher aux auteurs un manque d’originalité, ou un manque de scrupules à cloner le personnage d’un confrère, mais ce serait oublier qu’Arsène Lupin, lui-même, est un clone ou, du moins, un personnage inspiré par Arthur J. Raffles (peut-être lui-même inspiré par Rocambole de Pierre Alexis de Ponson du Terrail), le cambrioleur né de la plume de Hernest William Hornung, le beau-frère de Conan Doyle, en 1898.

Depuis, les lecteurs ont pu se plonger dans les aventures cambrioleurs calqués sur ce modèle : Edgar Pipe d’Arnould Galopin ; Le Saint de Leslie Charteris ; le baron Stromboli ou même John Strobbins de José Moselli ; Robert Lacelles, Jack Desly ou Mandragore d’Henry Musnik ; Théodore Rouma de Jean d’Auffargis… et bien d’autres encore.

En 1946, c’est au tour d’Edward Brooker (un bien mystérieux auteur de romans d’espionnages et policiers, de son vrai nom Édouard Ostermann dont on sait peu de choses, si ce n’est qu’il naquit en 1904 et que l’on ne trouve plus de traces de lui après 1947) de donner sa vision du gentleman cambrioleur avec Mister Nobody.

Mister Nobody, dont on ne connaît pas le véritable nom, vivra 16 aventures sous la forme de fascicules de 16 pages, double colonne, contenant des récits indépendants d’environ 12 000 mots.

« Évelyne » est la 7e aventure de Mister Nobody :

ÉVELYNE

Mister NOBODY se sent seul, il s’ennuie, depuis que son fidèle ami et serviteur, Jonas Cobb, alias Froggy, est parti à New York retrouver la riche Mrs White, dont il s’était épris lors de la traversée les ramenant, lui et son maître, de leur voyage dans les îles.

Aussi, pour se changer les idées, Mister NOBODY se rend dans un cercle afin de dîner et de jouer un peu.

Alors qu’il gagne avec une chance insensée à la roulette, il remarque une belle jeune femme qu’il ne semble pas laisser indifférente.

Il l’invite à discuter autour d’un verre, dans l’espoir dans apprendre plus sur cette inconnue. Mais cette dernière est récalcitrante à parler d’elle et n’accepte que de révéler son prénom : Évelyne.

Puis, elle prend congé de lui, refusant d’être raccompagnée, malgré la nuit venue.

Désireux d’en savoir plus sur celle qui a illuminé sa soirée, Mister NOBODY décide de la suivre discrètement.

Or, une fois dans la rue, il constate qu’Évelyne est assaillie par plusieurs hommes qui tentent de la faire entrer de force dans une voiture…

Jonas Cobb, alias Froggy, le fidèle serviteur et ami de Mister Nobody, déprime. Il n’en peut plus d’être séparé de son amour, la vieille riche Mrs White, avec laquelle, en plus d’un sentiment l’un pour l’autre, il partage surtout la passion de la dive bouteille.

Celle-ci l’ayant invité, par lettre, à la rejoindre à New York, il décide de partir la retrouver, laissant Mister Nobody seul.

Et seul, Mister Nobody s’ennuie. Aussi, un soir de déprime, il décide de se changer les idées en allant à son Cercle pour dîner et pour jouer.

Alors qu’il gagne à la roulette en jouant plusieurs fois d’affilé le 13, il remarque une belle blonde qui, elle aussi, le fixe. Délaissant le jeu, il invite à boire un verre et tente d’en savoir plus sur celle qui a déjà fait chavirer son cœur. Mais la demoiselle refuse de se livre, à peine lui apprend-elle son prénom, Évelyne, avant de s’en aller en pleine nuit.

Bien décidé à en apprendre plus sur elle, il décide de la suivre, mais, dans la rue, il voit un groupe d’hommes s’approcher d’Évelyne pour tenter de la faire monter de force dans une voiture…

Voilà ! Voilà ce que l’on pouvait redouter pour la série : le départ de Jonas Cobb, alias Froggy, le personnage qui mettait une touche d’humour et de bonne humeur dans des aventures assez classiques.

On redoutait cela depuis le précédent épisode et depuis qu’il s’était follement épris de Mrs White.

Jonas Cobb parti, l’auteur décide de mettre en place un nouveau « complice » pour Mister Nobody en la personne d’une jeune femme. Dès lors, on se doute que les touches d’humour se feront moindres (on voit mal Mister Nobody railler sa belle comme il le faisait avec son ami).

Fut-ce une tentative pour s’attacher de nouvelles lectrices, de la part de l’auteur, ou bien une volonté de tendre vers le récit sentimental ? Difficile de le savoir étant donné que l’on sait déjà si peu de choses sur l’auteur.

Toujours est-il que le récit devient alors moins drôle et encore plus classique, du coup. Pas de grande surprise, donc, en découvrant qu’Évelyne va devenir la comparse de Mister Nobody et l’aider dans ses combines en jouant, bien évidemment, l’épouse du gentleman, pour flouer son prochain.

Bien sûr, l’ensemble demeure agréable à lire, mais il est évident que les frasques de Froggy vont manquer, d’autant que, en lisant les titres des prochains épisodes, celui-ci ne reviendra pas avant le 10e épisode intitulé « Le retour de Froggy ».

Pas de doute qu’en attendant Évelyne joue le rôle de comparse (et peut-être même après, la lecture des épisodes suivants le dira).

Pour ce qui est de l’intrigue de cet épisode, comme pour les précédents, elle est extrêmement simple, voire même simpliste. Mais on ne lit pas ce genre de fascicules dans l’espoir d’y trouver du suspens.

Au final, un épisode forcément moins drôle (toute proportion gardée) que les précédents. L’absence de Froggy se fait lourdement sentir.