GM11

Une nouvelle fois je vais vous parler un petit peu de Henry Musnik, un auteur de littérature populaire fasciculaire né au Chili en 1895 et qui fut l’un des auteurs les plus prolifiques de sa génération.

Son immense production fut principalement (mais pas que) dirigée vers le genre policier.

À partir de la fin des années 1920, sous son nom et divers pseudonymes (Florent Manuel, Pierre Olasso, Claude Ascain, Alain Martial, Jean Daye, Pierre Dennys, Gérard Dixe… et bien d’autres encore), il signa un nombre considérable de fascicules autour de différents personnages récurrents souvent inspirés de héros de la littérature populaire dont, notamment, Arsène Lupin (voir ses personnages de Robert Lacelles, Mandragore ou Jack Desly, par exemple) ou celui de Fantomas ou Zigomar pour celui qui nous intéresse aujourd’hui.

Dans la collection « Police et Mystère » des éditions Ferenczi, une collection de plus de 400 fascicules de 64 pages, on retrouve deux récurrents de l’auteur, Jack Desly et le duo Daniel Marsant/Le Grand Maître.

Jack Desly, un gentleman cambrioleur, verra ses 25 aventures se mélanger, à partir de 1937, aux centaines d’autres titres d’autres auteurs.

Puis, en 1939, à la fin des aventures du voleur, Claude Ascain proposera celles d’un agent secret, Daniel Marsant, en lutte contre un génie du mal prenant de multiples personnalités, le Grand Maître, pour 17 autres titres..

Difficile de ne pas voir, dans cette lutte entre les deux ennemis, une inspiration des aventures de Fantomas contées par Pierre Souvestre et Marcel Allain.

Certaines de ces aventures seront rééditées, au début des années 1950, dans la seconde série de la collection « Police et Mystère » des mêmes éditions.

« La fournaise infernale » est le 11e épisode de la série.

LA FOURNAISE INFERNALE

Il se passe d’étranges événements, la nuit, dans la lande bretonne.

Des menhirs sont retrouvés au petit matin, détruits, comme fondus.

Des mares sont asséchées du jour au lendemain.

Les korrigans ! clament les autochtones, trop affolés pour sortir dès que le soleil s’est caché.

Mais un homme, lui, pense savoir ce qu’il se trame derrière ces faits mystérieux et dévastateurs.

Oui, Daniel MARSANT, agent des services secrets français, soupçonne le Grand Maître, le génie du mal, son farouche et insaisissable ennemi, d’être à l’origine du phénomène des « fournaises infernales »…

Près du Faou, en Bretagne, de drôles d’événements ont lieu. Des menhirs fondent, des mares s’assèchent et un braconnier est retrouvé mort d’une balle dans la tête au petit matin par un certain Pierre Lamont, un homme un brin curieux qui se balade, la nuit, dans les landes…

Henry Musnik ne change pas sa recette d’épisode en épisode.

Effectivement, « La fournaise infernale » est construite sur le même canevas que les dix épisodes précédents avec des personnages se cachant sous de fausses identités (que ce soit le Grand Maître ou Daniel Marsant) même si le lecteur reconnaît immédiatement à qui il a affaire.

Des événements troublants ont lieu quelque part. Ces faits attirent Daniel Marsant qui soupçonne, toujours à raison, le Grand Maître d’en être responsable. Les deux hommes se livrent alors à une lutte directe ou à distance, en fonction des épisodes… jusqu’à ce que Daniel Marsant pense avoir ou pouvoir capturer le Grand Maître et que celui-ci s’échappe in extremis et s’évapore dans la nature.

Le dernier chapitre est généralement consacré à l’explication des tenants et aboutissants, soit faits par Daniel Marsant à une tierce personne (son chef, par exemple) soit par une tierce personne à Daniel Marsant (ce qui est le cas ici).

Rien de nouveau, donc, dans cet épisode et si ce n’est une certaine redondance scénaristique qui ne devait pas gêner les lecteurs de l’époque (puisqu’ils lisaient les titres de la collection les uns après les autres et donc n’enchaînaient jamais deux épisodes de la série d’affilés), ces récits se lisent plutôt agréablement bien que je leur préfère les aventures de Jack Desly, un peu plus variées et plus ancrées dans le genre policier et avec un peu plus d’humour.

Pour autant, ceux qui ont apprécié les épisodes précédents n’ont aucune raison de détester celui-ci (l’inverse étant également vrai).

Pour ce qui est de l’intrigue, elle est, comme toujours, simple, voire simpliste, mais n’est que prétexte à la lutte entre les deux personnages. Avec 18 000 mots à sa disposition, l’auteur aurait pu tenter le pari de complexifier ses histoires, mais il a préféré conserver son schéma, une façon de se rassurer et d’écrire plus rapidement, très probablement.

Au final, un épisode dans la lignée des précédents et qui poursuit une série qui se lit agréablement, mais qui manque de surprise et d’exaltation.