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Quand on parle de littérature populaire policière fasciculaire, difficile de ne pas évoquer Henry Musnik, un écrivain né en 1895 au Chili et qui fut également journaliste, principalement sportif.

Sous de très nombreux pseudonymes (Claude Ascain, Pierre Olasso, Alain Martial, Pierre Dennys, Florent Manuel, Jean Daye, Gérard Dixe et bien d’autres), il signa un nombre impressionnant de fascicules d’aventures, jeunesse, fantastiques, mais, surtout, policiers.

Si, en étudiant sa production, on se rend compte qu’elle comporte de nombreuses rééditions et réécritures (certains parlent même de traductions pirates d’épisodes de séries fasciculaires anglo-saxonnes), elle n’en demeure pas moins extrêmement bien fournie.

Dans ces très nombreux titres policiers, le lecteur pourra croiser plusieurs personnages récurrents, dont plusieurs avatars d’Arsène Lupin, comme Robert Lacelles, Mandragore ou encore Jack Desly.

Et c’est ce dernier que l’on rencontre dans « La curieuse affaire Mansfield » publié en 1937 au sein de la collection « Police et Mystère » des éditions Ferenczi sous la forme d’un fascicule de 64 pages signé Claude Ascain et contenant un récit indépendant d’environ 18 000 mots.

Parmi les plus de 400 titres signés divers auteurs que compte cette collection, on en trouve 25 mettant en scène le gentleman cambrioleur Jack Desly et son fidèle serviteur annamite Nan-Dhuoc. 

« La curieuse affaire Mansfield » est la 14e aventure du héros. 

LA CURIEUSE AFFAIRE MANSFIELD

Jack DESLY, gentleman cambrioleur, est en repérage dans un palace quand il remarque le manège de deux individus louches abordant un des clients.

Immédiatement, il suspecte des aigrefins à la recherche d’un pigeon à plumer.

Bientôt, le trio part dîner.

Pourtant, Jack DESLY est étonné, peu de temps après, qu’un des escrocs revienne récupérer les bagages de la « victime ».

Poussé autant par la curiosité que par l’espoir d’un profit, Jack DESLY, ayant appris que les valises ont été portées dans une pension de famille, décide d’y louer également une chambre.

Quelle n’est pas sa surprise de constater que « voleurs » et « volé » habitent l’établissement et sont devenus très amis…

Jack Desly, gentleman cambrioleur, passe son temps dans les palaces. Pour se détendre, pour jouer au rat d’hôtel, mais aussi pour faire des repérages. Alors qu’il est dans ce dernier cas dans le hall du Cosmopolit, il observe un jeune homme au teint halé, qu’il soupçonne venir d’une colonie. Bientôt, celui-ci est abordé par un individu que Jack soupçonne être un « confrère » venu appâter le pigeon. Amusé, il suit la conversation et constate qu’un troisième individu se joint au duo. Bientôt, les deux amis décident d’amener leur nouvelle connaissance dîner. Jack Desly décide de profiter de l’absence du colonial pour aller fouiller les bagages dans sa chambre, mais un garçon d’hôtel vient prendre les bagages avant qu’il ait eu le temps de les ouvrir.

Surpris, par un départ si brusque, il l’est encore plus en voyant que c’est l’un des deux aigrefins qui est venu récupérer les valises pour le compte du voyageur.

Curieux et pensant qu’il y a de l’argent à se faire, Jack Desly décide de se renseigner et apprend que les bagages ont été amenés dans une pension.

Le lendemain, il décide d’y loger incognito, mais constate que, bizarrement, le colonial et les voleurs logent dans cet établissement et, qu’en plus, ils semblent très liés…

On retrouve donc Jack Desly, un peu (pas assez) Nan-Dhuoc, son fidèle serviteur annamite et même l’inspecteur Arthème Ladon, l’ennemi de Jack.

À partir d’une intrigue assez simple, basée sur la difficulté de s’assurer de l’identité d’une personne ayant longtemps vécu dans des pays exotiques (idée reprise pendant la première moitié du XXe siècle par de nombreux auteurs de récits policiers), Claude Ascain nous propose un récit plaisant, dans la lignée des précédents, dans lequel il distille tous les ingrédients qui composent sa série. Un peu d’aventure, d’esprit chevaleresque, d’humour, soit porté par la personnalité de Nan-Dhuoc ou bien par les mésaventures d’Arthème Ladon, une écriture fluide et une gestion correcte du format et de la narration.

Certes, il manque un peu de suspens ou de rebondissements, mais il faut bien admettre que ce n’est pas le fort des aventures de Jack Desly et que l’auteur n’a jamais cherché vraiment à aller dans cette direction.

Pour le reste, la lecture est très agréable même si j’ai toujours la sensation qu’il manque un peu de Nan-Dhuoc tant c’est le personnage le plus intéressant de la série selon moi.

D’ailleurs, si on analyse le Trium Vira de la série (Jack Desly/Nan-Dhuoc/Arthème Ladon), le héros, Jack Desly, est le personnage le moins original, le moins fouillé et, finalement, le moins attachant.

Pour autant, dans un format aussi court, les personnages sont rarement très attachants, car impossibles à dépeindre en détail.

Mais on remarquera, notamment chez Henry Musnik (mais pas que) que dans les aventures de gentlemen cambrioleurs, ce sont souvent le fidèle serviteur qui est le personnage le plus recherché et le plus amusant. C’est le cas chez « Mandragore » ou « Jack Desly » pour Musnik, mais également, par exemple, chez « Mister Nobody » d’Edward Brooker.

Au final, une petite aventure plaisante à lire, dans la directe lignée des précédents titres de la série.