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Lorsque, comme moi, on se passionne pour la littérature populaire fasciculaire policière, il est des noms d'auteurs à côté desquels il est difficile de passer, soit pour la qualité de plume soit pour l'immensité de la production.

Ainsi, impossible d'évoquer le sujet longuement sans jamais parler de Henry Musnik, Marcel Priollet, Rodolphe Bringer, Maurice Limat (je n'en ai pourtant pas encore vraiment parlé), Albert Bonneau (idem)... ou encore Paul Salmon.

Pour ce dernier nom, je vais remédier immédiatement, en partie, à cette lacune.

Effectivement, Paul Louis Victor Salmon (1884 - 1965), sous divers pseudonymes dont, principalement, Paul Dargens et Paul Darcy, est l'auteur d'un très grand nombre de fascicules policier (mais également d'autres de romances, d'aventures ou fantastiques).

Rien que pour la mythique collection « Le Roman Policier » des éditions Ferenczi, paru dans les années 1920 et illustrée magnifiquement par Gil Baer, l'auteur signa près d'une trentaine de titres de son pseudonyme Paul Dargens.

Si on se penche sur une autre collection mythique de l'éditeur, « Policier et Mystère », à partir de 1932, c'est près de 80 titres (dont les rééditions de la plupart des titres de la première collection évoquée).

Il est à noter que Paul Salmon partage avec un autre auteur de littérature policière, Louis Thomas Cervoni (alias Louis C. Thomas) d'avoir écrit une partie de sa production alors qu'il était aveugle. Il fut alors aidé dans sa tâche par sa femme, Léonce Germaine Pracheégalement auteur de littérature populaire.

Dans la collection « Le Roman Policier », sur les, il me semble, 28 titres de l'auteur, la plupart semble mettre en scène un même personnage : Luc Hardy, un millionnaire devenu détective par ennui autant que par goût de la justice.

« Les Masques Écarlates », paru en 1919-1920, semble être la toute première aventure du personnage (bien qu'il ait déjà roulé sa bosse selon l'histoire).

LES MASQUES ÉCARLATES

Lors d’une soirée donnée à l’hôtel Dourski, la fête bat son plein quand un cri terrifiant retentit. La comtesse Dourska est retrouvée en sang, un court poignard planté dans la poitrine. Heureusement, la lame a glissé sur une côte et le diagnostic vital n’est pas engagé.

Interrogée, la victime n’hésite pas une seconde à accuser Mademoiselle d’Ambrecourt, une femme dont son mari s’est épris. Cette dernière nie énergiquement et en appelle à l’honneur du comte Dorski pour l’innocenter. Mais à sa grande stupeur, le comte, après un long silence, confirme les dires de son épouse.

Deux jours plus tard, Luc HARDY, un jeune homme millionnaire féru de justice, devenu détective pour fuir l’ennui, se présente chez le père de la suspecte afin de lui proposer gracieusement son aide pour disculper sa fille.

Luc HARDY est alors loin de se douter des tenants et des aboutissants de l’affaire dans laquelle il va se lancer avec ferveur…

Lors d'une soirée dans l'hôtel Dourski, un cri éclate, la comtesse Dourska s'écroule, un poignard planté dans la poitrine.

Seulement blessée, elle parvient à accuser la jeune Mlle d'Ambrecourt, dont son mari semble épris.

Cette dernière nie totalement les faits et est encore plus abasourdie que le comte, après un grand silence, confirme les dires de sa femme.

Bientôt, un jeune homme se présente chez le père de l'accusée et se présente : Luc Hardy, un millionnaire qui, pour tromper son ennui et servir la justice s'est fait détective. Il assure M. d'Ambrecourt qu'il va prouver l'innocence de sa fille...

Autant le dire tout de suite, « Les Masques Écarlates » s'inscrit dans la droite ligne des petits récits policiers de l'époque. Aussi, on retrouve des thèmes usuels de l'époque (des nobles russes, une organisation criminelle secrète, des structures avec des mécanismes révolutionnaires, un spécialiste du grimage, un détective millionnaire qui œuvre non pas pour sa renommée ni pour l'argent mais uniquement pour la justice...

Ainsi, il n'y a d'originalité ni dans le personnage ni dans l'histoire. À peine notera-t-on la volonté de l'auteur de décrire, même de façon concise, physiquement chaque protagoniste au tout début du récit.

Pour la suite, avec une narration linéaire, l'enquête avance plus par l'action que par les réflexions et le héros découvre les tenants et les aboutissants rapidement et plus par chance qu'autre chose.

Question plume, elle est tout aussi classique que le reste et ne dénote ni un talent particulier ni d'un manque de talent, d'ailleurs.

L'ensemble se lit même plutôt agréablement et l'on peut être curieux de savoir ce que peut devenir Luc Hardy et ses aventures dans les textes suivants ou même la plume de l'auteur au fil du temps.

Au final, sans être original ni exaltant, ce récit propose ce que le lecteur de l'époque attend, sans plus value, cependant, mais peut-être viendra-t-elle par la suite.