LH03

Je poursuis ma découverte de la plume de l’écrivain Paul Dargens, de son vrai nom Paul Salmon (1884-1965) qui, sous divers pseudonymes, dont celui déjà énoncé ou celui de Paul Darcy et d’autres, est l’auteur d’un grand nombre de fascicules jeunesse, sentimentaux ou policiers.

Bien évidemment, comme toujours, je ne m’intéresse qu’à la partie policière de la production d’un auteur et, surtout, celle concernant des personnages récurrents.

En la matière, on notera au moins deux héros Salmonien : Jacques de Villefort, et le détective Luc Hardy.

Le second étant antérieur au premier, j’ai donc naturellement débuté ma découverte par celui-ci.

Les aventures de Luc Hardy prennent leur source dans la mythique collection « Le Roman Policier » des éditions Ferenczi, une collection fasciculaire née à la toute fin des années 1910 et brillamment illustrée par Gil Baer.

Les titres de cette collection étant très difficiles à se procurer, certains étant introuvables et d’autres, même, non identifiés, je peux, heureusement, pour certains épisodes, m’appuyer sur des rééditions faites chez le même éditeur, dans la collection « Police et Mystère », au début des années 1930.

« Les pirates de la route » est un fascicule de 48 pages paru en 1920 et réédité sous la forme d’un fascicule de 64 pages en 1932. Il s’agit de la 3e aventure de Luc Hardy.

Cette critique s’appuie sur la version de 1932 :

LES PIRATES DE LA ROUTE

Pressé par un rendez-vous urgent avec un investisseur, Jacques Daubray, un industriel, laisse dans sa villa l’argent de la paie de ses ouvriers qu’il vient d’encaisser à la banque.

Pendant son absence, un individu tente de pénétrer chez lui, mais, surpris par Madame Daubray, il la poignarde avant de s’enfuir.

Malgré ses blessures, Madame Daubray est en état de décrire son agresseur, d’autant plus qu’elle le connaît : il s’agit de M. Talmont, l’homme que devait rencontrer son époux.

Jacques Daubray, clamant vengeance, fait appel à son ami Luc HARDY, le fameux détective millionnaire.

Tous deux vont se lancer sur la piste de Talmont sans se douter que celui-ci est un rouage de la terrible bande des « Pirates de la route » dont les méfaits ensanglantent la région…

Jacques Daubray s’est fait flouer. Un bandit s’est fait passer pour un homme d’affaires cherchant à investir dans son usine pour l’attirer loin de chez lui et en profiter pour pénétrer sa villa afin de s’emparer de la paie des ouvriers qu’il y avait déposé. Mais, surpris par la femme de l’industriel, le vilain a poignardé celle-ci avant de s’enfuir bredouille.

Même si son épouse s’en remettra, bien que vilainement blessée, Jacques Daubray veut la venger et fait appel à son ami Luc Hardy, un célèbre détective, pour l’aider à retrouver le fuyard.

Tous deux se mettent à sa poursuite et ne tardent pas à s’apercevoir qu’ils ont affaire à une bande organisée que l’on nomme « Les pirates de la route »

Je retrouve donc Luc Hardy pour la deuxième fois (je ne me suis pas encore procuré la deuxième aventure).

Si, dans le premier épisode, il était rapidement décrit, tant dans sa physionomie que dans sa mondanité, ici, l’auteur ne prend pas le temps d’une telle exposition, se contentant d’évoquer la célébrité du personnage.

Malgré tout, et comme dans le premier texte que j’ai lu, Paul Dargens prend un peu de temps pour présenter physiquement et sommairement les principaux personnages, une pratique pas si usuelle dans la littérature fasciculaire qui manque un peu de place pour cela.

Mais, le format d’origine étant encore de 48 pages (il passera à 32 par la suite), l’auteur peut encore se le permettre.

En ce qui concerne l’intrigue, elle ne vole pas haut (format court oblige) et la résolution de l’enquête s’appuie, comme trop souvent, beaucoup trop sur les hasards. Hasard mettant les gentils sur la piste de méchants. Chance permettant aux gentils d’échapper à la mort…

L’histoire, dans sa globalité, s’inscrit dans son époque, ce qui donne un certain charme désuet.

Désuétude accentuée par une plume manquant de maturité (ou de modernisme) et qui, là aussi, s’inscrit dans la norme de la littérature fasciculaire de son époque (heureusement, certains contemporains avaient une plume plus moderne).

On n’en saura pas beaucoup plus sur le héros avec cet épisode (tout a peut-être été dit dans le premier épisode), et c’est un peu dommage de ne pas étoffer un peu plus le personnage.

Malgré tout, la lecture n’est pas déplaisante, mais manque d’un petit plus pour se démarquer du tout venant.

Au final, un récit classique de la littérature fasciculaire policière des années 1920, plaisant, mais mettant en scène un personnage un peu fade.