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J’aurai tellement de choses à dire sur Maurice Lambert, du moins sur sa plume, ses récits, qu’au final je ne sais par où commencer.

Le début serait de dire que derrière ce pseudonyme se cache l’écrivain Georges O. Duvic (1900 - 1968), alias Géo Duvic, un journaliste, chansonnier et auteur de romans et de fascicules.

Ne m’intéressant qu’à la production policière des auteurs, et plus précisément, quand il y en a, aux personnages récurrents de ceux-ci, c’est donc vers le pseudonyme « Maurice Lambert » que je me tournais pour découvrir plume et héros de l’auteur.

Au début des années 1940, dans la « Collection Rouge » des éditions Janicot (une collection de fascicules de 32 pages, double colonnes), Maurice Lambert signe une vingtaine de fascicules dans lesquels on trouve plusieurs personnages récurrents.

Je mettrais de côté le commissaire Garnel, dont je n’ai trouvé, pour l’instant, que deux enquêtes, pour me concentrer sur trois autres enquêteurs : Le commissaire Mazère, l’inspecteur, devenu commissaire, Machard et le rentier-détective A. B. C. Mine.

Pour chacun des deux premiers investigateurs, on découvre quelques enquêtes dans d’autres collections et chez d’autres éditeurs comme « Énigma » des éditions Nicéa, « Main Blanche » des éditions S.P.E., « Police Express » des éditions A.B.C.

Quant au troisième, pour l’instant, hormis les 4 titres dans la « Collection Rouge », je n’ai découvert que deux minuscules enquêtes faisant suite à des récits indépendants, chez Nicéa.

Dommage, car A. B. C. Mine est un personnage à la fois original et attachant que j’aurais aimé retrouver plus souvent.

« L’affaire des deux Z » est une enquête d’A. B. C. Mine publiée vers 1944 chez Janicot.

L’AFFAIRE DES DEUX Z

L’affaire des deux Z, sans l’intervention du placide A. B. C. Mine, un policier devenu rentier et qui a pour manie de fourrer son nez un peu partout, n’aurait jamais défrayé les chroniques.

Pourtant, que deux négociants fortunés, l’un nommé Zaradjian, le second, Zagrominos, meurent, d’un arrêt cardiaque, le même soir, dans la même rue, avait déjà de quoi éveiller les suspicions.

Mais quand A. B. C. Mine apprend que chaque victime avait été dépouillée, l’un d’un portefeuille contenant une grosse somme d’argent, l’autre de bijoux, le hasard ne pouvait plus être invoqué pour expliquer ces vols consécutifs aux décès.

Et puisque hasard il n’y avait, A. B. C. Mine devait désormais résoudre un double homicide. Pour cela, il lui fallait découvrir comment les meurtres avaient été commis et par qui ?...

L’affaire des deux Z réservait encore beaucoup de surprises… surtout pour A. B. C. Mine.

Comme de coutume, A. B. C. Mine raconte à son ami écrivain, des enquêtes auxquelles il a participé. Dans le cas du jour : l’Affaire des deux Z, une histoire dans laquelle le meurtrier a utilisé une façon de tuer originale et qui sans la perspicacité serait demeurée un simple fait divers : deux hommes, Zagrominos et Zaradjian, meurent d’une crise cardiaque au volant de leur voiture, dans la même soirée, dans la même rue.

Mais Mine découvre rapidement que chacun a été dépouillé, qui de son portefeuille contenant 300 000 francs, qui d’un écrin contenant des bijoux de prix. Et une courte enquête lui démontre que chacun avait rendez-vous dans un hôtel avec un dénommé van Brooken. Mais aucun van Brooken dans cet hôtel, ni ailleurs.

Point de doute, les deux Z ont été attirés dans un piège, mais qui, et, surtout, grâce à quelle méthode, a-t-il pu assassiner les deux Z…

Je retrouve donc avec plaisir ce bon gros vieux et jovial A. B. C. Mine pour la quatrième fois.

Bien évidemment, et malheureusement, l’auteur ne va pas autant s’appesantir sur son personnage que dans la toute première enquête. Normal, il n’a pas besoin, les présentations ont déjà été faites et, surtout, il a un récit à mener.

Pourtant, malgré ce simple survol du personnage, celui-ci demeure bien plus savoureux que la plupart de ses confrères. Sa jovialité, sa rondeur, sa propension à se mêler de tout avec un sans-gêne assumé et toujours avec le sourire font de lui un personnage attachant et sa perspicacité et son intelligence, un enquêteur redoutable.

Si j’ai pour habitude de louer les qualités de Maurice Lambert, tant pour sa plume que surtout, pour sa maîtrise du format et sa propension à toujours proposer une intrigue intéressante et crédible pour l’époque, je dois ici mettre un léger bémol sur l’intrigue qui, si elle réserve des surprises et un double rebondissement final, pèche tout de même dans la seconde partie de son rebondissement (bien qu’à l’époque, cela devait passer plus facilement).

Mais c’est bien pour émettre une légère critique envers un auteur que je ne cesse d’encenser.

Car, excepté ce léger relâchement sur la qualité de l’intrigue, le reste est toujours d’un niveau remarquable dans un format pourtant contraignant.

Pourtant, on y réfléchissant un peu plus, je constate que, si les enquêtes d’A. B. C. Mine brillent par l’originalité du personnage, les intrigues mettant en scène le détective rentier sont elles un peu en deçà de celles dans lesquelles se débattent, par exemple, le commissaire Mazère ou l’inspecteur Machard.

Cette constatation confirme que dans un format aussi contraignant que le fascicule de 32 pages, il est extrêmement difficile de développer à la fois intrigue et personnages, raison pour laquelle, bien souvent, les auteurs ne se concentraient ni sur l’une ni sur les autres.

Maurice Lambert a souvent mis le curseur sur l’histoire, Mazère et Machard n’étant point des personnages très complexes ni très originaux. Mais quand il a eu la volonté de travailler plus son héros, par l’action de vases communiquant, les intrigues en ont un peu pâti. Pas très grave. On ne lui en voudra pas. Le manque de place n’étant pas de son fait.

Au final, une intrigue légèrement plus faible que d’ordinaire, mais un personnage principal que l’on a toujours plaisir à retrouver.