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Dans le monde de la littérature fasciculaire policière, certains auteurs sont considérés (du moins par moi) comme incontournables, soit par l’immensité de leur production, soit par la qualité de celle-ci et, plus rarement, pour les deux.

Pour la qualité, je citerais des écrivains tels Maurice Lambert, Charles Richebourg, René Byzance.

Quant à la quantité, une notion bien moins subjective, comment passer à côté d’Henry Musnik, Marcel Priollet ou encore Paul Dargens.

Mais, contrairement aux autres noms cités, les deux derniers ont eu la lourde tâche d’essuyer les plâtres, puisqu’ils participent à l’une des premières collections fasciculaires policières destinées à regrouper des récits de différents auteurs : « Le Roman Policier » des éditions Ferenczi, à partir de 1919.

Si, pour l’occasion, Marcel Priollet met en scène des personnages différents dans ses récits, Paul Dargens, de son vrai nom Paul Salmon (1884 - 1965), lui, écrit quasiment que des enquêtes d’un seul et même héros : Luc Hardy, un jeune millionnaire devenu détective par goût de la justice et pour contrer l’ennui.

Ce sont alors plus d’une vingtaine d’aventures que Luc Hardi vivra au sein de cette mythique collection « Le roman policier », sous la forme de fascicules de 32 pages illustrés par l’excellent Gil Baer, entre 1920 et 1923.

La plupart, si ce n’est toutes ces aventures, comme beaucoup de titres de la même collection, seront rééditées, toujours chez Ferenczi, dans la collection « Police et Mystère », à partir du début des années 1930, sous la forme de fascicules de 64 pages avec photographie en couverture (représentant souvent la même scène que les illustrations de Gil Baer).

« L’agonie infernale » est un fascicule paru initialement en 1920 puis réédité en 1934.

L’AGONIE INFERNALE

Le bonheur de Bernard Dorval, grand métallurgiste parisien, est à son comble. Après une carrière fructueuse durant laquelle il a bâti sa fortune, Micheline, sa fille unique s’est fiancée et va bientôt connaître un mariage d’amour.

Mais le destin en veut autrement en faisant réapparaître dans l’existence de Dorval le comte de Valpreux, celui qui, jadis, fut son commanditaire.

Pourtant, il avait définitivement coupé les ponts avec lui en apprenant de quelles entreprises criminelles celui-ci tirait ses fonds.

Le comte de Valpreux, sans aucune gêne, exige la main Micheline, menaçant, en cas de refus, de le briser en révélant toute la vérité.

Heureusement pour Dorval, Luc HARDY, le célèbre détective millionnaire, ami de son futur gendre et présent pour les festivités, a surpris la conversation entre les deux hommes et décide de s’en mêler au péril de sa vie…

Bernard Dorval aurait tout pour être heureux. Une grande carrière dans la métallurgie, une fortune bâtie à la force du poignet, et maintenant sa fille unique, Micheline, qui vient de se fiancer avec l’homme qu’elle aime.

Mais ces fiançailles sont gâchées par l’apparition du comte de Valpreux, celui qui investit de l’argent au début de la carrière de Dorval, mais également celui avec qui Dorval avait coupé les ponts, après avoir remboursé ses dettes, en apprenant que ces fonds provenaient d’entreprises criminelles. Et voilà que le triste sir ose exiger la main de Micheline, menaçant de détruire à la fois le mariage de celle-ci et la carrière de Dorval en révélant tout.

Bernard Dorval est désespéré, mais l’ami du fiancé de sa fille, ayant entendu la conversation entre les deux hommes, assure Dorval qu’il va tout faire pour l’aider, et lui révèle sa véritable identité : Luc Hardy, le grand détective millionnaire. Mais ce dernier ne se doute pas des grands dangers qu’il va encourir.

Je retrouve donc Luc Hardy dans ce qui semble être sa 6e aventure (s’il n’en existe pas ailleurs des cachées) dans laquelle le détective millionnaire va encore se confronter à un dangereux ennemi à la tête d’une organisation criminelle.

Ce récit de 12 500 mots (dans sa version 1920) est composé des mêmes éléments que les enquêtes précédentes. Un style un peu daté (mais correspondant au début des années 1920), des méchants très méchants, un héros très courageux, fort, chanceux, aussi, de l’action, de l’aventure et quelques descriptions de personnages (courtes, mais plus présente que dans la plupart des fascicules de 32 pages de l’époque).

Alors, certes, l’intrigue est basique, simple, et, finalement, assez peu crédible dans les moyens déployés par les méchants pour éliminer les gentils, mais on peut faire le même reproche à des scénarios de séries, films ou romans actuels.

Effectivement, quand ils tiennent le héros en joue, préfèrent toujours utiliser, pour l’éliminer, une méthode moins rapide et définitive et qui lui laisse une chance de s’en sortir (sinon, il n’y aurait plus de héros).

Mais là, le méchant en fait beaucoup, beaucoup pour se débarrasser de deux personnes (Dorval et Hardy) et met beaucoup de moyens en place pour quelqu’un sensé être sans le sou (raison pour laquelle il veut épouser Micheline).

Cependant, on pardonnera à l’auteur dont le but est juste de proposer un récit rythmé par l’action et l’aventure, tâche dont il s’acquitte correctement.

Au final, un petit récit tirant plus sur l’action et l’aventure que sur le policier et dont l’intrigue est un peu tirée par les cheveux, mais qui se lit sans déplaisir à défaut d’enthousiasme.