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La littérature populaire fasciculaire est un monde à la faune multiple et protéiforme.

Les différents auteurs ayant œuvré à son épanouissement et, à travers elle, au plaisir des lecteurs, bien souvent, à l’époque, issus du monde dit populaire, d’où l’appellation, ont eu des parcours divers.

Certains étaient d’obscurs auteurs qui le sont depuis demeurés.

D’autres, après avoir fait leurs armes dans cette littérature contraignante, se sont épanouis par la suite à travers des romans à succès et sont devenus, depuis, des auteurs cultes comme Léo Malet, Georges Simenon, Frédéric Dard…

Des auteurs eurent leur part de succès durant leur vivant, ont été des romanciers à succès, puis ont sombré, au fil des années, dans un anonymat immérité, comme Rodolphe Bringer ou H.J Magog, par exemple.

D’autres encore, n’ont produit que pour cette paralittérature ou presque et, malgré une production imposante, sont désormais devenus totalement inconnus des lecteurs.

L’un des plus flagrants exemples, même s’il ne travailla pas directement pour la littérature fasciculaire, mais pour les feuilletons de magazines, est indéniablement José Moselli dont j’ai déjà beaucoup parlé.

Mais comment ne pas citer également des auteurs tels Marcel Priollet, Henry Musnik, Albert Bonneau, Maurice Limat… et bien d’autres encore.

Parmi ces derniers, difficile de ne pas évoquer Paul Dargens, de son vrai nom Paul Salmon (1884 - 1965), aussi connu sous le pseudonyme de Paul Darcy.

L’auteur est à considérer pour être un des premiers à avoir utilisé un personnage récurrent au sein de collections généralistes (un procédé cher à Henry Musnik).

Effectivement, dès 1920, pour la collection « Le Roman Policier » des éditions Ferenczi, Paul Dargens met en scène le détective millionnaire Luc Hardy. Si le personnage n’est pas très original, le style ne l’est pas plus, l’auteur, au début de sa carrière, se contentant de livrer ce que l’on attend de lui, un récit d’aventures policières tenant sur une douzaine de milliers de mots.

Pour la collection, Paul Dargens livrera plus de 20 aventures de son personnage qui seront disséminées dans les plus de 200 titres auxquels participeront des auteurs comme Marcel Priollet, Jean Petithuguenin, Georges Spitzmuller, Rodolphe Bringer, Marcel Vigier, Jules de Gastyne, Georges Grison, René Schwaeblé, Henry de Golen, H. R. Woestyn et consorts…

Ces aventures, comme beaucoup de titres de la collection, seront rééditées à partir de 1932, dans la collection « Police et Mystère » du même Ferenczi.

« L’homme aux cent visages » est paru en 1921 sous la forme d’un fascicule de 32 pages contenant un récit de 12 500 mots et réédité en 1935 sous la forme d’un fascicule de 64 pages avec un récit probablement un peu rallongé.

L’HOMME AUX CENT VISAGES

Soir de fiançailles, à l’Hôtel Ferney, entre Suzanne Ferney, la fille du grand raffineur, et Raymond de Rigny, un attaché d’ambassade.

Pour l’occasion, un bal costumé est organisé.

Durant les festivités, Suzanne s’étant esseulée, est abordée par le prince d’Arrighéra, un soupirant dont elle avait repoussé les avances. Il menace de la tuer si, dans la semaine, elle ne rompt pas avec Raymond de Rigny.

Affolée, celle-ci raconte tout à son futur mari qui, pour la protéger, décide de faire appel à un de ses amis, Luc HARDY, le détective millionnaire.

Mais le prince d’Arrighéra est un adversaire bien plus redoutable que Luc HARDY ne le pense et la lutte va être farouche et dangereuse…

Cette fois-ci, Luc Hardy, le détective millionnaire, doit aider un ami à protéger sa fiancée menacée par un prétendant refusant d’être repoussé et l’ayant menacée de mort. Mais ledit prétendant va s’avérer être machiavélique et très dangereux.

Bon, j’ai fait un résumé court, car il n’y a pas grand-chose à dire sur ce récit que je n’ai déjà dit sur les précédents si ce n’est que tout ce que j’ai pu raconter s’avère encore plus exact ici.

Effectivement, Paul Dargens nous livre un récit policier d’aventures dans l’exacte lignée de ce qu’il se faisait à l’époque dans le genre et dans le format, sans jamais y apporter une once d’originalité ni une certaine plus-value (si ce n’est les quelques descriptions de personnages que se permet l’auteur contrairement à ses confrères).

Ainsi, sans être indigent et tout en apportant un certain plaisir de lecture, plaisir s’appuyant, certes, sur son côté suranné (ce qu’il n’avait pas à l’époque), le récit ne fait qu’accumuler les poncifs et les passages obligés du genre.

Les gentils très gentils, les méchants très méchants, des déguisements en veux-tu en voilà, des passages secrets, des pièges, des courses poursuites, les moments où le héros croit avoir gagné, mais où le vilain s’enfuit ; d’autres moments où le vilain pense avoir piégé le héros, mais où celui-ci parvient à se tirer du guêpier indemne, la douce romance, le happy end et j’en passe et des meilleurs.

La lecture des aventures de Luc Hardy ne change alors pas de la lecture des aventures de Paddy Wellgone de H. R. Woestyn (autres que l’excellent roman « L’énigme de la malle rouge ») ou des divers détectives de Marcel Priollet pour la même collection et d’autres enquêteurs croisés à la même époque dans un format identique.

Si l’ensemble se lit avec plaisir, on regrettera que l’auteur n’ait pas tenté d’apporter un petit plus à ses récits comme le fit, dans la même collection, par exemple, un Marcel Vigier qui, dans son duo d’enquêteurs Florac et La Glu, glissait une petite touche d’humour avec le second personnage.

Dommage.

Au final, un récit classique pour le genre, le format et l’époque qui se lit avec plaisir, mais auquel il manque un petit plus pour le démarquer du tout-venant.