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Paul Dargens, de son vrai nom Paul Salmon (1884 - 1965) est un auteur qui partage plusieurs points communs avec l’écrivain Louis C. Thomas.

Déjà, ils ont tous œuvré pour la littérature populaire fasciculaire policière (Paul Dargens beaucoup plus et bien avant Louis C. Thomas, mais il est né 37 ans plus tôt aussi).

Ensuite, parce qu’ils utilisèrent plusieurs pseudonymes. Paul Darcy, Paul Dancray, Robert Navailles, pour le premier, Thomas Cervion, René Thomas, Jacques Griss, Louis Thomas, pour le second.

Puis, ils ont tous les deux travaillé pour les éditions Ferenczi. Paul Dargens pour plusieurs collections policières (« Le Roman Policier », « Police et Mystère », « Police », « Crime et Police », « Mon Roman Policier ») ; Louis C. Thomas, sous le pseudonyme René Thomas, pour la collection « Mon Roman Policier ».

Enfin, parce que les deux auteurs ont écrit une partie de leur production alors qu’ils étaient aveugles.

Tous les deux furent aidés dans cette obscure tâche, par leur épouse.

En fait, Louis C. Thomas se lança dans l’écriture après sa cécité. Paul Dargens, lui, perdit la vue en cours de carrière.

Mais revenons-en à Paul Dargens.

Dès 1920, pour la collection « Le Roman Policier » des éditions Ferenczi, Paul Dargens créa le détective Luc Hardy, un jeune millionnaire se lançant dans la carrière de détective par ennui et goût de la justice.

On retrouvera le personnage dans plus d’une vingtaine de fascicules de 32 pages au sein de cette collection.

Comme beaucoup de titres de cette collection, ces aventures seront rééditées sous la forme de fascicules de 64 pages (avec une légère réécriture pour augmenter la taille des textes d’environ un tiers) à partir de 1932 dans la collection « Police et Mystère » des mêmes éditions Ferenczi.

« Le Triangle Noir » est une aventure de Luc Hardy parue en 1921 dans la première collection, réédité en 1934 dans la seconde. 

LE TRIANGLE NOIR

Une organisation criminelle, « Les Compagnons du Triangle Noir », sème la terreur dans Marseille en rançonnant les industriels et les armateurs et en incendiant les entrepôts ou les biens des réfractaires.

La Chambre de Commerce des Bouches-du-Rhône, devant l’incapacité des autorités locales à mettre un terme aux agissements de la bande, fait appel au détective millionnaire Luc HARDY.

Ce dernier, présent dans la ville depuis une semaine, rend visite à Roger Mareuil qui a cherché à le contacter par deux fois.

Celui-ci, en présence de son adorable épouse Colette, explique à Luc HARDY avoir reçu une lettre signée d’un triangle noir, réclamant cent mille francs, menaçant de détruire son cargo s’il refuse et de le tuer s’il prévient la police.

Durant la conversation, Luc HARDY apercevant une voiture s’arrêter juste en face de la fenêtre donnant sur la rue, se lève et se précipite sur son interlocuteur… un coup de feu éclate !

Luc Hardy est appelé à Marseille pour démanteler Les Compagnons du Triangle Noir, une bande organisée rançonnant les industriels de la région.

Alors qu’il se rend chez une des victimes de menaces de la part de la bande, un coup de feu éclate…

Une nouvelle fois, Paul Dargens nous livre un récit policier d’aventures dans la veine des précédentes aventures de Luc Hardy et de ce qui se faisait à l’époque (début des années 20) dans le monde de la littérature populaire policière fasciculaire.

On y retrouve ainsi des éléments récurrents du genre : la bande organisée ; des menaces ; séquestrations ; déguisements ; des pièces secrètes ; actions ; poursuites ; dangers…

Si rien n’est surprenant dans ce nouveau récit, force est de constater que l’auteur enchaîne ses péripéties avec un bon dosage et propose une histoire agréable à lire à défaut d’être originale.

On retrouve également les descriptions de personnages que Paul Dargens a l’habitude de proposer, contrairement à la plupart de ses confrères, mais également une double histoire, qui, bien sûr, fini par se croiser, entre les aventures de Luc Hardy et les mésaventures de l’inspecteur Léonce Brochard, se rendant à Marseille où il vient d’être affecté.

Il y a fort à parier que cette seconde histoire fut amplifiée dans la version sur laquelle s’appuie cette critique, c’est-à-dire la réédition de 1934, le fascicule de 64 pages, car cette version atteint 17 000 mots là où la version 32 pages de 1921 doit probablement faire moins de 13 000 mots. En tous cas, les malheurs de Léonce Brochard existent dans la version d’origine (que je ne possède pas), car l’illustration de Gil Baer servant de couverture à cette version concerne les mésaventures du policier.

Il me semble que la plume de Paul Dargens commence à s’aguerrir au fil du temps et que ce titre est mieux maîtrisé que les précédents autant au point de vue de la narration que du style. À voir avec les suivants.

Au final, une aventure plaisante, rythmée, possédant tous les bons ingrédients d’un récit policier d’aventure de l’époque.