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La littérature populaire fasciculaire est peuplée d’écrivains méconnus, depuis oubliés, et, parfois, d’auteurs totalement inconnus. Inconnus, car, les rares personnes étant dans le secret des Dieux (de la plume) du nom de la personne se cachant derrière le pseudonyme utilisé, n’ont pas partagé ce secret et, avec le temps, peu de chance que celui-ci réapparaisse un jour.

C’est le cas de J.A. Flanigham, un auteur dont la production s’étale entre 1945 et 1959 (a-t-il été publié avant ? Après ? Peut-être, mais sous un autre pseudonyme).

Durant cette courte période d’activité, l’auteur s’est principalement voué au genre policier, développant, pour cela, plusieurs personnages récurrents.

Si l’on peut citer, par exemple, les deux aventuriers modernes Dick et Betty (qui ont dû vivre une demi-douzaine d’aventures) ou encore les membres de l’Agence de détectives Garnier (6 aventures), l’auteur s’est principalement consacré à un personnage (en plus de tous les récits indépendants) : Bill Disley, un reporter détective anglais, aidé par son fidèle ami boxeur et ex-pickpocket Jeff et parfois par Martin, inspecteur à Scotland Yard.

Si l’on excepte les rééditions (entre la collection « Murmure d’Amour » des éditions du Moulin Vert à la collection « Police-Roman », des éditions Lutèce), Bill Disley vécut tout d’abord 28 courtes aventures, que ce soit en format 16 pages, double colonne, ou 32 pages, simple colonne, voire 48 pages, simple colonne.

Pas facile de s’y retrouver, entre les rééditions éponymes et celles changeant de titres.

Il faut croire que le personnage eut du succès, car les éditions Lutèce lui offrirent une nouvelle collection, pour de nouvelles aventures, plus longue (la taille d’un petit roman) sous la forme de fascicules de 128 pages, dans une collection, à partir de 1951, nommée « Aventures de Bill Disley » comprenant 12 aventures.

Puis, à partir de 1955, une autre collection lui est dédiée, toujours chez Lutèce, titrée « Nouvelles aventures de Bill Disley » et comprenant 13 fascicules de 128 pages.

Certains titres, peu, dans l’ensemble, résultent de réécriture des premières aventures de Bill Disley.

Tout cela pour dire que ce bonhomme de Bill Disley, pour avoir eu autant de collections à son nom, a dû avoir beaucoup de succès à son époque.

Et c’est tout à fait normal que le personnage et attachant, Jeff s’avère très drôle, la relation entre les deux est touchant et, surtout, l’auteur démontre une belle plume avec une maîtrise d’un format court et, surtout, l’excellence de ses incises insérées dans les dialogues et qui permettent de bien cerner les personnages à faible renfort de mots.

Bref.

J’adore Bill Disley, j’adore Jeff, j’adore la plume de J. A. Flanigham, quel que soit l’auteur qui se cache derrière le pseudonyme et je ne saurais que trop vous encourager à lire ses récits, qu’ils concernent Bill Disley, Dick et Betty, les membres de l’Agence Garnier, mais également tous ses romans policiers publiés, entre autres, dans la deuxième série de la collection « Police et Mystère » des éditions Ferenczi.

« Le mystère « Lady Gordlay » » a été publié en 1946 dans la collection « Murmure d’Amour » des éditions du Moulin Vert. Il n’a, apparemment, pas eu le droit à une réédition dans la collection « Police-Roman ».

LE MYSTÈRE « LADY GORDLAY »

Bill DISLEY, le reporter détective du « Star Express » est convié par Lady Gordlay à une soirée qu’elle organise.

Rien d’étonnant à cette invitation puisque Bill DISLEY connut Lady Gordlay quand elle était encore Bette Garcia, une célèbre actrice londonienne qu’il interviewa et avec qui il flirta un peu.

Mais Lady Gordlay compte surtout sur la présence du journaliste, car elle a reçu une lettre de menaces signée d’un As de Cœur, la prévenant qu’il allait y avoir du « sport » durant sa petite party.

Et, effectivement, alors que la fête bat son plein, les lumières s’éteignent, des cris retentissent et quatre hommes masqués surgissent, arme au poing…

Bill Disley, le reporter du Star Express, reçoit un carton d’invitation de la part de Lady Gordlay, pour sa fête. Celle-ci explique, dans une lettre accompagnant le carton, qu’elle a reçu un courrier de menaces lui disant qu’il y aurait du sport durant la soirée.

Comme Bill Disley l’a connue quand elle était encore une célèbre actrice, et qu’ils ont eu un flirt, elle compte sur lui pour être là en cas de grabuge.

Et, au cours de la soirée, comme dans les films ou les romans, les lumières s’éteignent, des cris retentissent et des hommes masqués et armés débarquent pour prendre les bijoux des invités. Mais Bill Disley, après le départ des bandits, découvre un bracelet appartenant à Lady Gordlay, mais dans un endroit où les criminels ne sont pas passés…

Autant le dire tout de suite, « Le mystère « Lady Gordlay » » n’est pas une des meilleures aventures de Bill Disley et encore moins l’un des meilleurs textes de l’auteur.

Déjà, parce que ce titre fait partie des premiers publiés (la troisième aventure) et que le personnage de Jeff n’est pas encore très mûr et très présent dans l’histoire.

Sa relation avec Bill est encore un peu distante et c’est vraiment la proximité entre les deux personnages qui va mettre du sel dans les récits.

Ensuite, parce que, J. A. Flanigham, dans ces récits courts, utilisait des intrigues simples, ce qui est normal vu la concision des textes, mais qui, souvent, s’appuyaient sur des ficelles un peu grosses.

Qu’importe, l’intérêt des textes venant de la plume de l’auteur et de la relation Bill-Jeff.

Mais quand ladite relation en est encore à ses balbutiements et qu’en plus, la plume n’est pas à son paroxysme, on comprendra qu’une intrigue très moyenne ne permettra pas de combler les manques.

Aussi, la déception est présente durant la lecture.

Déception de voir un Jeff un peu pâlichon. Déception à propos des fameuses incises. Déception d’un rebondissement éculé (du moins de nos jours, tant il a été utilisé par les auteurs).

Une déception par rapport à l’exigence que je suis en droit d’attendre d’un auteur que j’adore. Mais un récit qui n’est pas pour autant désagréable à lire, J.A. Flanigham demeurant bon même quand il est moyen.

Au final, une aventure décevante de la part de Bill Disley et de J. A. Flanigham, mais qui reste agréable à lire.