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Difficile de parler d’un auteur dont on ne connaît rien, ni sa vie, ni son visage, ni son identité, juste un pseudonyme et, encore, un pseudonyme dont ne sait s’il cache un homme, une femme ou un collectif (comme certains l’avancent).

Et pourtant, comme j’ai toujours l’habitude de le lire, la seule chose intéressant, chez un artiste, c’est son œuvre !

Et l’œuvre de J. A. Flanigham (puisqu’il s’agit de lui… ou d’elle… ou d’eux… ou d’elles), je commence un peu à la connaître à force de me plonger dans ses récits.

J. A. Flanigham eut une période d’activité (du moins sous ce pseudonyme) qui s’étale entre 1946 et 1959, treize petites années durant lesquelles il signa à peu près 90 titres, des fascicules contenant des récits entre 10 000 mots et 50 000 mots.

Le début de sa carrière (toujours sous ce pseudonyme) est destiné à la collection « Murmure d’amour » des éditions du Moulin Vert, à partir de 1946.

Pour l’occasion, il développe deux groupes de personnages récurrents.

D’un côté, le détective reporter Bill Disley, souvent accompagné de son fidèle Jeff, ancien boxeur et pickpocket et parfois de son ami de Scotlan Yard, Martin.

De l’autre, le couple d’aventuriers modernes : Dick et Betty Reutel, mondains et détectives

Les premiers personnages vivront près de 30 aventures dans un format court (16 pages ou 32 pages) qui seront rééditées par la suite dans la collection « Police-Roman ».

Les seconds en vivront moins de 10, de mêmes formats et parus et reparus dans les mêmes collections.

En plus de ces récurrents, on notera les membres de l’Agence Garnier, dont les 6 enquêtes furent destinées au magazine « Miroir-Police », puis quelques récits indépendants, dont tous les derniers, à partir de 1957, furent destinés à des collections Ferenczi : « Le Verrou » ou « Police et Mystère » 2e série.

Mais, revenons-en à Dick et Betty Reutel, puisque ce sont les personnages apparaissant dans le titre du jour : « La mort est dans le parc », un fascicule de 16 pages, double colonne, paru en 1946 dans la collection « Murmure d’amour » des éditions du Moulin Vert et qui ne semble pas avoir eu le droit à une réédition depuis.

LA MORT EST DANS LE PARC

Dick REUTEL, le premier détective d’Angleterre, est appelé par son ami l’inspecteur-chef Méricourt de Scotland-Yard, afin de l’épauler dans l’enquête sur le décès de William Garsson, retrouvé, au petit matin, dans le parc de sa propriété, une balle dans la tête.

Si Garsson n’est pas mort sur le coup, il n’en vaut guère mieux et, plongé dans le coma, il ne peut révéler l’identité de son assassin.

Méricourt compte sur le fait que William Garsson et Dick REUTEL se connaissant pour fréquenter tous les deux les milieux mondains, ce dernier lui sera d’un quelconque secours.

Mais très vite, Méricourt découvre des indices accusant un dénommé Rudy Meuller, un pseudo-artiste, bohème excentrique, beau et intelligent, ancien prétendant de Betty, l’adorable femme de Dick REUTEL

Dick Reutel, mondain et détective, est appelé par son ami inspecteur-chef au Yard, Méricourt, afin de lui apporter son expertise dans une affaire de meurtre. Effectivement, il connaissait et s’intéressait à William Garsson, qui fréquentait les mêmes milieux mondains que lui. Garsson a été retrouvé de bon matin, mort, dans le parc de sa propriété, une balle dans la tête.

Rapidement, Méricourt pense avoir trouvé le coupable, un dénommé Rudy Meuller, un pseudo artiste charmeur et excentrique que Dick connaît également, enfin, surtout sa femme Betty, que le poète courtisa avant qu’elle ne devienne Madame Reutel…

On retrouve donc le couple d’aventuriers modernes, ainsi qu’ils étaient surnommés à l’époque, et qui n’ont plus rien de moderne de nos jours étant donné l’aspect suranné et fleur bleue de leur relation.

Généralement, les aventures du couple sont à leur image : charmantes, douces, tendres, vieux jeu et un brin suranné.

C’est ainsi. Si on déteste le genre, autant passer à côté.

Que les lecteurs ayant aimé les premières aventures des Reutel se rassurent, c’est toujours le cas dans cet épisode.

Ce ne sera donc pas par là que le bât blessera, car, il faut bien le dire, le bât blesse quelque part.

Et ce quelque part, c’est un problème pour un roman policier, c’est l’intrigue.

Effectivement, dès que les personnages et le lecteur se retrouvent sur la scène du crime, le lecteur, contrairement au détective et à l’inspecteur-chef, a déjà résolu le meurtre, connaît le nom du meurtrier et commence à se douter de la manière dont le crime s’est produit.

Cette manière, il la devinera avec certitude plus tard, mais bien avant les personnages, ce qui gâche un peu la lecture de cette courte aventure.

Certes, on ne s’attend pas dans ce format court à ce que l’auteur nous propose une intrigue échevelée, un suspens insoutenable, il le voudrait qu’il ne le pourrait pas, pas assez de place.

Mais c’est mieux quand le lecteur ne découvre pas tout aussi rapidement d’autant que, si on analyse un peu la scène de crime, un simple examen aurait dû permettre aux policiers de deviner un peu ce qu’il s’était passé.

Bien évidemment, les lecteurs de romans policiers d’aujourd’hui ont été nourris aux Thrillers en tous genres et aux séries télévisées comme « Les Experts », mais même les flics de l’époque devaient avoir un minimum de méthodes et de connaissances pour deviner le pot aux roses de l’histoire.

Étant un peu sorti de l’histoire de par le fait de tout savoir, le lecteur, du moins, moi, j’ai eu, du coup, du mal à m’attacher au style qui, ne pouvant se cacher derrière une intrigue, révèle un peu, à cette lumière, toute la poussière qui s’est depuis déposée dessus.

Difficile, donc, de s’attacher à ces personnages que l’on a pu, pourtant, apprécier, justement pour cette désuétude.

Au final, quand le lecteur devine tout bien avant les enquêteurs, c’est un souci, surtout dans un récit policier.