NOB11

Arsène Lupin, le gentleman cambrioleur si cher à Maurice Leblanc, est probablement né, en partie, de l’inspiration de personnages littéraires (Arthur J. Raffles de Ernest William Hornung ; Le chevalier Dupin d’Edgar Alan Poe), peut-être également de celle de véritables cambrioleurs comme Marius Jacob (dont la vie est un roman)…

Toujours est-il qu’Arsène Lupin, incontestablement, fut source d’inspiration pour de nombreux auteurs, de tous pays, aussi bien scénaristes pour le cinéma ou la télévision que pour les auteurs de mangas, de romans, de feuilletons et de fascicules.

En matière de fascicules policiers, le demi-siècle qui suivit l’essor d’Arsène Lupin est fertile en clones, sosies ou personnages inspirés par lui.

Jack Desly, Madragore, Robert Lacelles, du seul Henry Musnik ; Théodore Rouma de Jean d’Auffargis ; Tancrède Ardant de Frédéric Sipline… j’en passe et des meilleurs.

Mister Nobody, né de la plume d’Edward Brooker, fait partie de cette longue liste.

L’auteur, de son vrai nom Edouard Ostermann (quoique son orthographe ne soit pas certifiée) est un écrivain assez énigmatique dont l’immense production peu se résumer ainsi : avant la Seconde Guerre mondiale, un nombre impressionnant de romans policiers ou d’espionnage ; pendant la guerre, des séries fasciculaires policiers ou d’aventures un peu fantastiques. Après 1947, le néant.

Dans les séries fasciculaires on retrouve donc les aventures de Mister Nobody, un gentleman cambrioleur. 16 titres de 16 pages, double colonne, comprenant des récits indépendants d’environ 12 000 mots.

Mister Nobody, dont on ne connaît pas la véritable identité, exerce en Angleterre, principalement, et vit en compagnie de son fidèle valet et partenaire de travail, Jonas Cobb, alias Froggy, car il a une tronche de batracien (mais la descente d’une compagnie de cosaques assoiffés).

« Bienfaiteur malgré lui » est la 11e aventure.

BIENFAITEUR MALGRÉ LUI

Mister NOBODY, le gentleman cambrioleur, vient de lire dans les journaux une bien triste nouvelle : Flora Bradkins, une jeune femme qu’il connut intimement jadis, s’est suicidée.

Elle aimait trop la vie, et si réellement elle s’est tuée, il devait y avoir une raison grave.

Par un courrier adressé poste restante à l’un de ses noms d’emprunt, Mister NOBODY apprend que la belle Flora fût poussée au désespoir par un riche homme d’affaires véreux, le genre de type pour qui la fortune passe avant tout.

Mister NOBODY décide alors de le punir par là où l’individu a péché, ce qui lui permettra d’obtenir vengeance et de renflouer ses caisses en même temps…

Mister Nobody est triste, la belle Flora, une jeune femme qu’il fréquenta dans le temps et pour qui il ressent toujours de la tendresse, vient de se suicider. La raison ? Un salaud l’a poussé à cette extrémité par ses chantages.

Le coupable ? Un riche homme d’affaires véreux.

Mais Mister Nobody compte bien venger la jeune femme et, pour cela, il décide de toucher son bourreau là où cela lui fera le plus mal : au portefeuille…

On retrouve donc Mister Nobody dans une nouvelle aventure, aventure à laquelle prend heureusement part Jonas Cobb (la caution humoristique de la série) et purgée de toute relation sentimentale, si ce n’est celle le liant à une femme du passé qui vient de se suicider.

Le récit est classique, mais la présence de Jonas Cobb rehausse un peu l’intérêt de la lecture, par rapport aux quelques épisodes dans lesquels il était absent. Effectivement, la relation entre les deux hommes et leurs dialogues sont sujets à un brin de raillerie caustique mêlé à une profonde amitié et un réel respect.

Pour ce qui est de l’intrigue, du classique également, mais le format ne permet guère à l’auteur de s’égarer sur des pistes vierges sur lesquelles aucun n’auteur n’a jusque-là égaré sa plume.

On retrouve, dans l’esprit de l’histoire, un peu de John Strobbins, de José Moselli, ou d’autres cambrioleurs-arnaqueurs du genre.

L’ensemble se lit donc agréablement, mais on ne peut donc qu’être surpris de la clémence de la vengeance de Mister Nobody. Clémence de ne s’attaquer qu’au porte-monnaie du responsable du suicide de la femme qu’il aimât, mais également clémence dans la ponction faite audit porte-monnaie. Clémence accrue par la révélation finale qui, loin de résonner comme une sentence, pourrait presque prendre des allures de chance.

Je dois également avouer que je n’ai pas saisi l’intérêt de la séquence dans la banque (qui est d’ailleurs illustrée sur la couverture) dans le plan de Mister Nobody.

Au final, un épisode plaisant à lire même s’il ne révolutionnera pas le genre.