LC03

La littérature populaire policière est, par essence, peuplée d’un grand nombre d’enquêteurs.

Si, la plupart sont, naturellement, des policiers, des personnages appartenant à d’autres corps de métiers n’hésitent pas, parfois, à mener leurs propres enquêtes.

Ainsi, les détectives sont également nombreux à vivre de telles aventures sur papier. On notera également des gentlemen cambrioleurs, des justiciers lambda, des libraires, de simples curieux…

Mais, après les policiers officiels ou privés, la profession la plus représentée dans le domaine, avec les écrivains, tous proches, est sans nul doute celle des journalistes.

L’un des premiers, du moins, en termes de célébrité, est sans nul doute Joseph Rouletabille.

Beaucoup plus récemment, Mikael Blomkvist, le journaliste de la saga Millénium n’a rien à envier, en termes de renommée littéraire à notre petit français.

Entre les deux, outre Tintin (plus aventurier qu’enquêteur), on notera Bill Disley de J. A. Flanigham, Paul Dumviller de Jean-Louis Bouquet, Einar le journaliste islandais de Arni Thorarinsson, et sûrement bien d’autres que je n’ai pas le temps de chercher.

Dans ce « bien d’autres », cependant, je pourrais rajouter Léonce Capoulin né de la plume de Amaury Kainval.

L’auteur, derrière lequel se cache probablement Émile Quintin (1885-1966), a développé, pour la collection fasciculaire « Le Roman Policier » des éditions Ferenczi, à partir de 1919, le personnage du journaliste de l’Étincelle, Léonce Capoulin. Plus que journaliste, l’homme est un véritable enquêteur qui se lance, par goût de la justice et de l’aventure autant que pour écrire de fameux article, dans la chasse aux criminels.

Il compte à son actif au moins une dizaine d’enquêtes. 6 pour la collection « Le Roman Policier » qui seront rééditées au début des années 1930 dans la collection « Police et Mystère » du même éditeur en compagnie d’un 7e titre (réécriture ? réédition ?) plus trois autres publiées, sous le nom d’Émile Quintin en 1947 dans la collection « Les Aventures fantastiques de Léonce Capoulin ».

« En plein mystère » est la troisième enquête du reporter, parue en 1920 dans la collection « Le Roman Policier » sous la forme d’un fascicule de 32 pages et rééditée dans un texte augmenté sous la forme d’un fascicule de 64 pages, en 1935, dans la collection « Police et Mystère ».

EN PLEIN MYSTÈRE

Léonce CAPOULIN, reporter à l’Étincelle, reçoit la visite de Mademoiselle des Roches, une jeune femme dont le père, médecin, est incarcéré pour un meurtre que, selon elle, il n’a pas commis.

Le journaliste écoute avec attention le récit de l’affaire et constate que tout pointe la culpabilité du suspect : des témoins l’ont reconnu sur les lieux de l’homicide, la victime a été égorgée avec son scalpel, de l’argent a été retrouvé chez le docteur… et bien d’autres éléments à charge, encore.

Mais, pour Léonce CAPOULIN, les preuves sont trop nombreuses, tellement évidentes et certaines dues à de si favorables hasards qu’il soupçonne qu’elles aient été fabriquées pour faire inculper un innocent.

Aussi, Léonce CAPOULIN décide-t-il de partir immédiatement dans le petit village où l’assassinat a été perpétré sans se douter qu’il va devoir combattre, au péril de sa vie, une terrible organisation criminelle…

Léonce Capoulin, reporter à l’Étincelle, est contacté par Mlle des Roches, la fille du docteur des Roches, qui vient le supplier de prouver l’innocence de son père arrêté pour le meurtre d’une jeune femme.

Toutes les preuves sont contre le médecin. Des témoins, l’arme du crime et plein d’autres.

Tant de preuves, si évidentes, voilà qui laisse le journaliste pantois. Persuadé que toutes ces preuves sont trop belles pour être honnêtes, Léonce Capoulin décide de se rendre dans le village où le crime a eu lieu pour mener son enquête. Là, il sera aidé par l’avocat du suspect, un jeune homme qui, en plus de vouloir défendre son client, a besoin d’innocenter le père de celle dont il est secrètement amoureux…

J’avais à peine découvert Léonce Capoulin dans la seconde enquête (toujours pas lu la première) puisque dans ce titre, le héros en était un autre journaliste, un américain du New-Daily, et Léonce Capoulin apparaissait à peine.

Ce récit était très plaisant à lire, notamment grâce à la présence du valet du journaliste américain dont la gouaille apportait une bonne touche d’humour.

Malheureusement, point de journaliste américain ici, encore moins de son valet, du coup, l’humour est totalement absent du récit.

Cependant, je découvre un peu mieux Léonce Capoulin même si le personnage n’est pas beaucoup dépeint par l’auteur.

D’ailleurs, Léonce Capoulin demeurant un peu flou, le lecteur ne peut que se pencher plus sur l’intrigue et c’est là que le bât blesse dans ce titre.

Certes, Léonce Capoulin a beau être sympathique et, surtout, chanceux, le fait que son enquête n’avance que par le hasard de découvrir des indices en tombant dessus ou, mieux et plus souvent, par les confidences que lui font des tierces personnes (confidences qui n’ont pas lieu d’être, soit parce qu’on ne confie pas ce genre de choses à un inconnu, soit parce que l’on ne confie pas ce que l’on a confié à celui qui confie à Léonce Capoulin, ce genre de choses) ou qu’il surprend en tombant parfaitement, par hasard, au bon moment et au bon endroit.

Trop de chances tuant le suspens et l’intrigue, le lecteur peine à vraiment s’intéresser à cette histoire qui, sous des dehors un peu compliqués, s’avère finalement très simple.

D’autant que la chance est toujours du côté du héros, même quand celui-ci émet des hypothèses à partir des éléments en sa possession. Des hypothèses qui, si elles ne sont pas si saugrenues, ne demeurent être que des hypothèses parmi tant d’autres possibles. Mais Léonce Capoulin choisit toujours la bonne.

En dehors de cela, les personnages ne sont vraiment pas fouillés et le style (dénué de l’argot parlé par le valet du journaliste américain) est un peu plat.

Dommage, car le second titre était prometteur et soufflait un petit vent de fraîcheur sur la littérature fasciculaire de l’époque, alors que celui-ci s’inscrit parfaitement dans ce qui se faisait dans la collection.

Rien de nouveau ni d’exaltant, donc.

Au final, un titre qui déçoit par rapport au précédent, moins drôle, moins frais, des personnages plus manichéens et, surtout, moins fouillés et une intrigue qui n’avance qu’à coup de chance, de confidences peu crédibles et de hasards.