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Je poursuis ma découverte des aventures de Léonce Capoulin, reporter à l’Étincelle avec le titre « La nuit rouge » un récit initialement paru en 1921, sous la forme d’un fascicule de 32 pages, au sein de la collection « Le Roman Policier » des éditions Ferenczi.

Notons que le titre, comme beaucoup de la même collection, fut réédité (dans une version un peu allongée, probablement), au sein de la collection, « Police et Mystère » des mêmes éditions, en 1935, sous la forme d’un fascicule de 64 pages.

Pour rappel, ces aventures sont signées Amaury Kainval, un pseudonyme cachant très probablement l’auteur Émile Quintin (1885-1966), comme le laisse sous-entendre la parution, en 1947, de la collection « Les aventures fantastiques de Léonce Capoulin » signée donc, Émile Quintin.

Avant cette nouvelle vague d’aventures, Léonce Capoulin semble avoir vécu 7 enquêtes : 6 publiés au sein de la collection « Le Roman Policier » et une 7e découverte dans la collection « Police et Mystère », à moins que celle-ci soit une réédition d’un autre titre.

« La nuit rouge » est la 4e enquête de Léonce Capoulin.

LA NUIT ROUGE

À Rochefort, le commissaire Mercadier est dérangé, en pleine nuit d’hiver, par la propriétaire de l’hôtel l’Épi de Blé : on a assassiné un client dans une chambre.

Le temps de s’habiller, de se rendre à pied sur place, et stupeur, le cadavre a disparu.

Alors que Mercadier commence son enquête, un agent le prévient qu’un autre meurtre a été commis en pleine rue, et que la victime et son meurtrier ont été emmenés au poste.

Mais, une fois au commissariat, nouvelle déconvenue, tous deux se sont volatilisés.

Ne voyant pas comment démêler cette inextricable affaire, Mercadier décide de faire appel au « savoir-faire » du journaliste Léonce CAPOULIN.

Le commissaire Mercadier aime sa vie tranquille à Rochefort. Aussi, n’est-il pas content d’être réveillé en pleine nuit pour un meurtre. Se déplacer, dans la nuit froide et les rues enneigées, voilà qui n’est pas pour lui plaire. Pourtant, suit-il tout de même, en maugréant, la patronne de l’hôtel l’Épi de Blé, venu le chercher après avoir découvert le cadavre de son unique client, suite à des bruits suspects dans sa chambre et un coup de feu qui a éclaté.

Mais il était dit que cette nuit serait pénible pour Mercadier, ce sommeil interrompu brutalement, ce froid, la neige, agressé, sur le trajet, par un ivrogne et, sur place, un cadavre qui a disparu. Et si c’était tout, mais non, un agent vient le chercher pour lui dire qu’un crime a été commis dans la rue, que le meurtrier a été arrêté et que lui et sa victime ont été conduits au commissariat. Mais, arrivés au commissariat, les deux hommes, le vivant comme le mort, se sont également volatilisés…

Ne sachant plus où donner de la tête, Mercadier décide alors de faire appel au talent du journaliste Léonce Capoulin, réputé pour avoir déjà démêlé plusieurs affaires sordides…

On retrouve donc, tardivement, le journaliste Léonce Capoulin dans une enquête des plus mouvementées et complexes.

Des corps qui disparaissent, des assassins qui s’évaporent, des témoins qui cachent des informations pour ensuite en livrer sans retenue, un suspect qui s’échappe et est retrouvé, qui avoue, mais pas tout, des bijoux, un sac, des diamants, des vieillards, des ivrognes, des femmes de chambre…

L’auteur nous propose donc là une intrigue bien moins simple que de coutume dans ce format fasciculaire. Il est certain que si le commissaire nage dans son enquête, le lecteur ne comprend pas mieux que lui les tenants et les aboutissants de l’affaire.

Mais, heureusement, après une longue introduction pour présenter les évènements et un premier chapitre fort plaisant à lire puisqu’en quelques lignes, l’auteur apporte d’abord un peu d’humour et de légèreté avec la mauvaise humeur de Mercadier puis plusieurs sources de mystères avec des faits étranges et surprenants puis avec des témoignages discutables.

Et il faut bien avouer que les faits étranges vont se succéder tout au long du récit, étranges pour le lecteur comme pour le commissaire ou le juge d’instruction, mais moins étrange, semble-t-il, pour Léonce Capoulin.

Il faut dire que le journaliste à sa méthode. Au lieu de se contenter des évidences, il s’attache aux faits, aux témoignages et aux indices qu’il découvre au fur et à mesure.

Pour autant, il faut bien l’avouer, le lecteur ne possède pas tous les éléments pour raisonner aussi bien que le journaliste. D’autant plus que l’histoire est un brin tirée par les cheveux et que l’on peut se demander, malgré les explications, pourquoi tel ou tel protagoniste a eu telle ou telle réaction. Mais, bref, on ne va pas se plaindre, pour une fois qu’un auteur tente de complexifier son récit.

On pourra se plaindre, par contre, que le héros du récit, Léonce Capoulin en personne, ne soit toujours pas plus étoffé et que l’auteur conserve son personnage dans un certain flou artistique. Peut-être compte-t-il sur le rapprochement que feront les lecteurs de l’époque avec le personnage de Rouletabille de Gaston Leroux dont le succès au moment de la publication des aventures de Léonce Capoulin ne se dément pas depuis près de 15 ans. Peut-être que le lecteur actuel, lui, identifiera moins facilement le personnage de Kainval à celui de Leroux.

Bref, c’est tout de même fort étonnant que l’auteur s’appesantisse plus sur des personnages secondaires que sur son héros.

Pour le reste, une histoire plaisante, embrouillée à souhait même si, à la fin, les révélations sont un peu décevantes. Mais n’est-ce pas toujours le lot des romans policiers actuels ?

Au final, un récit de 18 500 mots (version 1935 ; 13 000 mots version 1921) très agréable à lire qui propose une intrigue prenante malgré des révélations un peu décevantes.