Doum01

Nevers-Séverin est un pseudonyme utilisé par un auteur de littérature fantastique réputé pour signer des récits policiers (et un roman fantastique et quelques nouvelles et contes pour des magazines).

Derrière ce Nevers-Séverin se cache un dénommé Jean-Louis Bouquet (1898-1978) scénariste et écrivain passionné d’histoires fantastiques.

On notera que ce pseudonyme, excepté ledit roman fantastique, « Le Musée de la peur » et les nouvelles, n’a signé que des fascicules pour la « Collection Rouge » des Éditions Janicot entre 1942 et 1943 et dix nouvelles à ambiance policière pour le magazine « Confidences » en 1959-1960.

Pour Janicot, il signera 17 fascicules de 16 pages double-colonne dont trois « séries » de cinq fascicules autour de personnages récurrents.

« Les aventures de Doum », mettant en scène le journaliste Paul Dumviller.

« Les Mystères de Montmartre ».

« Drame aux quatre coins du monde », mettant en scène Jean Laventure surnommé « L’homme aux antipodes ».

« L’homme aux fétiches » est la première aventure du journaliste Paul Dumviller, paru en 1942 sous la forme d’un fascicule de 16 pages, double colonne, dans la « Collection Rouge » des éditions Janicot.

Elle sera rééditée, au sein d’un recueil de trois aventures de Paul Dumviller, sous le titre « L’Ombre du Vampire » (qui sera également le titre du recueil) en 1978 (les deux autres aventures seront rééditées dans un autre recueil titré « Irène, fille fauve »).

On notera également une autre édition, en 1972, dans la collection les « Chefs-d’œuvre du roman policier », dans un recueil déjà titré « L’Ombre du Vampire », regroupant les 5 aventures.

L’HOMME AUX FÉTICHES

Paul DUMVILLER, reporter de profession, a été bien étonné d’apprendre que celui que les journaux surnommaient « Le Vampire » n’était autre que son bon ami Claude Arlès.

Pourtant, celui-ci s’est rendu à la police pour avouer douze assassinats sanglants.

Un soir, Paul DUMVILLER, alias Doum, est abordé par un individu suspect dans lequel il peine à reconnaître Claude Arlès qui s’est s’évadé de l’asile d’aliénés où il était interné.

Arlès vient solliciter Doum pour l’aider à l’innocenter. Il prétend qu’une volonté étrangère l’a contraint à mentir, que son voisin, un homme roux au regard dérangeant l’a envoûté pour se dénoncer à sa place…

Une série de crimes ensanglante la capitale. Des femmes sont assassinées et leurs meurtres sont imputés à une même personne que les journaux surnomment « Le Vampire ».

D’ailleurs, un homme, Claude Arlès, a fini par se rendre à la police en avouant ses crimes.

Mais le suspect, interné à Saint-Anne, n’a pas tardé à s’enfuir.

Un soir, tandis que le journaliste Paul Dumviller traîne dans les rues, il est abordé par un individu louche, dans lequel il finit par reconnaître une connaissance, un ami, même : le fameux Claude Arlès.

Celui-ci le conjure de croire à son innocence. Il prétend qu’une volonté étrangère l’a contraint à mentir. Que son voisin, un roux à l’étrange regard, le maintient sous sa volonté et que celui-ci est le véritable « Vampire »…

Paul Dumviller, malgré un scepticisme dû à son esprit cartésien, décide d’enquêter pour connaître les dessous de l’affaire et innocenter son ami…

Dans ce court récit de 16 000 mots, Nevers-Séverin, Jean-Louis Bouquet, bref, l’auteur, dirige sa plume vers son genre de prédilection sans jamais l’y plonger totalement.

En effet, connu et reconnu pour ses récits fantastiques, l’auteur, n’ayant pu réellement, dans le milieu du cinéma, faire valoir ses histoires d’anticipation, décide de les coucher sur papier.

Quand l’éditeur Janicot lui propose d’écrire pour sa « Collection Rouge », une collection policière, Jean-Louis Bouquet est réticent. Le genre est trop formaté à son sens et il craint de ne pouvoir s’y épanouir.

Pourtant éditeur et auteur trouvent un accord et Janicot permet à Jean-Louis Bouquet, pour l’une des trois séries qu’il écrira pour sa collection, de dépeindre une ambiance fantastique, du moment que la résolution des crimes se fait dans un monde cartésien.

C’est le journaliste Paul Dumviller, surnommé Doum, qui sera alors chargé d’enquêter sur ses phénomènes aux apparences paranormales.

« L’homme aux fétiches », la première aventure, sera rééditée sous le titre « L’ombre du Vampire ».

N’assumant pas totalement cette compromission, ou par esprit de distinction, Jean-Louis Bouquet signera ces fascicules du pseudonyme de Nevers-Séverin.

Ainsi, si les crimes sont, au départ, empreints d’une atmosphère fantastique, comme le seront les suivants, l’enquête de Paul Dumviller démontrera que cette aura n’est que fiction, qu’apparence.

Difficile, donc, dans un format si court, de parvenir à la fois à dépeindre le côté fantastique puis de le faire retomber dans une normalité. On comprendra alors que les intrigues soient encore plus simples que dans d’ordinaires fascicules policiers.

D’ailleurs, Nevers-Séverin s’attarde plus sur les personnages secondaires, physiquement ou, plus sûrement, psychologiquement, que sur son héros.

Ainsi, le lecteur en connaîtra plus sur l’homme roux, sur Claude Arlès, que sur Paul Dumviller, le personnage pourtant récurrent de sa série.

Des crimes en apparences fantastiques, mais qu’un enquêteur ramène dans un domaine naturel et cartésien ne sont pas une nouveauté (on pensera, par exemple, au détective Lautrec de Maurice Boué, dans les années 1930).

Pourtant, il faut bien avouer qu’il s’agit là d’un épiphénomène, assurant, de ce fait, un intérêt certain aux récits de Nevers-Séverin.

D’autant que, si l’on peut reprocher, dans cet épisode, qu’une grande partie (la première) du texte soit dévolue à l’explication des évènements via la confession de Claude Arlès (ce qui a l’avantage d’économiser des mots, mais l’inconvénient d’être moins rythmé, moins vivant), il faut bien reconnaître que la plume de l’auteur n’est pas désagréable et, quand on comprend la volonté de l’auteur ou que l’on connaît la compromission dans laquelle il se trouve, l’ensemble du texte prend alors une autre couleur, un autre intérêt.

On peut trouver dommage que l’auteur n’ait eu l’espace pour développer plus la psychologie des personnages, pour mieux dépeindre les atmosphères si chères à sa plume, mais on appréciera tout de même le résultat, bien qu’incomplet, bien qu’imparfait.

Au final, quand un auteur de récits fantastiques s’essaye au genre policier sans vouloir totalement se renier, cela donne un texte d’un genre suffisamment particulier pour interpeler le lecteur. À lire plus pour l’ambiance que pour son héros.