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Fut une époque, pour écrire des romans policiers, si l’on était un homme, il fallait prendre un pseudonyme anglophone pour attirer le lecteur.

Fut une époque, pour écrire des romans policiers, si l’on était une femme, il fallait prendre un pseudonyme masculin pour attirer l’éditeur.

Mais, quelle que soit l’époque, un écrivain demeure un écrivain et, au final, seuls ses récits, sa plume, son style, sa maîtrise des ambiances ou de la narration restent.

Du coup, peu importe que derrière le pseudonyme Mario Ropp (qui n’est pas anglophone, du coup), se cache Marie-Anne Devillers !

Peu importe ? Vraiment ? Pas si sûr, surtout lorsque l’on découvre cette information après avoir lu un de ses romans… ce qui est le cas, pour moi.

Marie-Anne Devillers, née en 1917 et morte en 2007, si elle utilisa plusieurs pseudonymes, est principalement connue sous le nom de Mario Ropp. Elle signe, sous ce nom, près de 150 romans dont la très grande majorité fut destinée à la collection « Spécial Police » des éditions Fleuve Noir.

« Un très long cheveu » paru en 1963 dans la fameuse collection policière.

Un très long cheveu :

Alors qu’il est en planque dans un bistrot pour surveiller un immeuble dans lequel loge le suspect d’un hold-up, l’inspecteur Silond est confronté au meurtre d’un jeune homme dans un appartement du bâtiment voisin.

Les suspects ? Les trois femmes occupant l’appartement, une mère et ses deux filles, dont l’une a de très longues nattes.

Silond ne tarde pas à apprendre que chacune d’entre elles a été la maîtresse de la victime…

L’inspecteur Silond est un célibataire endurci qui vit seul depuis la mort de sa mère et qui a pour unique distraction de s’occuper de ses canaris, passion qu’il a héritée de sa maman.

Alors qu’il planque avec un collègue dans un café pour surveiller un immeuble dans lequel vit le suspect d’un hold-up, il remarque, dans la rue, une jeune femme ayant de très longues nattes. Celle-ci entre dans le bistrot accompagnée par un jeune homme et s’installe à la table voisine.

Quand le suspect sort de chez lui, le collègue se lève après avoir parlé avec Silond. La jeune femme, qui a entendu la conversation, apprend alors qu’ils sont policiers.

Au bout de quelques minutes, elle ressort pour entrer dans un bâtiment de l’autre côté de la place.

Quelques heures plus tard, alors qu’il vient de quitter le café, Silond est rejoint par la fille aux nattes qui lui demande de venir chez elle : elle a trouvé un cadavre dans la chambre de sa sœur.

Autant le dire tout de suite, l’intrigue est à la fois très basique et très masculine dans son idée centrale (un homme qui se tape toutes les gonzesses et qui est assassiné. Forcément, ses maîtresses sont suspectes, d’autant qu’il s’agit d’une mère et de ses deux filles).

Pourtant, dès les premières lignes, du moins, dès l’apparition de la fille aux nattes, il y a un je ne sais quoi dans l’ambiance qui retient l’attention. Une certaine mélancolie, une douceur, un parfum très léger, bien loin de l’esprit que l’on attend d’une telle histoire.

Cependant, il faut bien avouer que même le personnage de Silond se démarque du portrait usuel du policier. Grand et long (« Si long ! Si long, comme un jour sans pain ! », dixit ses collègues), vivant avec sa mère, puis, seul, après le décès de celle-ci, s’occupant de nombreux canaris, ne sortant pas, doux, calme....

— En tout cas, c’est une vraie femme ! bougonna Silond en posant son chapeau au bord de la table.
— Pourquoi tu dis ça ?
— Parce que, avec ses sacrés cheveux, elle a trouvé le moyen d’intéresser les hommes, même sans être belle !

Aussi, le texte prend une tout autre tournure en apprenant que l’auteur, au lieu d’être un homme, est, en fait, une femme. Car, c’est bien cette empreinte féminine que l’on ressent tout du long du roman.

Devant probablement respecter les codes du roman noir à l’américaine, un monde très macho, fait de durs à cuire et de femmes vénales et vénéneuses, Mario Ropp a probablement, involontairement ou non, distillé des touches féminines à travers son roman : un flic, doux, vivant toujours dans les murs de sa mère, ayant gardé la passion pour les canaris de celle-ci, qui, entouré de belles femmes, sera attiré par la moins jolie.

Et tout le texte, ainsi, étire en filigrane un léger voile parfumé qui rend l’ensemble moins brutal, moins macho, moins masculin et qui, au final, donne une ambiance particulière et originale assez appréciable. C’est, d’ailleurs, cette ambiance qui sourde dès les premières lignes qui m’a charmé malgré une intrigue qui manquait de punch.

Au final, un roman empreint d’un charme évident, dû autant au talent de l’auteur, qu’à sa véritable identité.